FATWA CONTRE LE CHRONIQUEUR KAMEL DAOUD : Le silence assourdissant de la justice

Lesoir; le Jeudi 18 Decembre 2014
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L’appel au meurtre contre le chroniqueur et écrivain,
Kamel Daoud, lancé sur internet par le chef d'un parti salafiste non
agréé, Abdelfattah Hamadache, souvent invité sur des plateaux de
télévision, a suscité l’indignation au sein de la corporation des
journalistes et chez la classe politique. Dénonçant cet appel au crime,
ils exigent la poursuite en justice de son auteur. Si le concerné a
déposé, hier, une plainte contre l’auteur de cet appel, le ministère de
la Justice quant à lui, n’a toujours pas réagi.

Rym Nasri - Alger (Le Soir)
La «fatwa» émise par le chef d’un mouvement salafiste appelant à
l’assassinat de Kamel Daoud n’est pour ce journaliste et écrivain que la
conséquence de «beaucoup de laxisme». Selon lui, cela démontre la
«faiblesse» de l’Etat et l’«impunité» qui sévit dans la société. Le
journaliste et écrivain a déposé, hier, une plainte contre l’auteur de
cet appel. Indignation, dénonciation et révolte au sein de la
corporation des journalistes. Le Syndicat national des journalistes
(SNJ) dénonce avec force cette «fatwa». «L’obscurantiste islamiste vient
de lancer une fatwa appelant à l’assassinat de notre confrère Kamel
Daoud. Peu nous importe les motivations de ce charlatan. En tant que
Syndicat national des journalistes, nous considérons que la fatwa en
question est en soi un acte terroriste qu’il convient de traiter comme
tel», a indiqué le secrétaire général du SNJ, Kamel Amarni.
Comme à ses habitudes, le SNJ se porte de manière «spontanée et
solidaire» avec le confrère Kamel Daoud. Il appelle ainsi les autorités
habilitées à prendre «des mesures répressives notamment judiciaires
contre l’auteur de la fatwa et aussi pour assurer l’intégrité physique
de notre confrère».
De son côté, le collectif «Envoyés spéciaux algériens» affiche son
soutien «absolu» au journaliste et écrivain Kamel Daoud. Il qualifie
ainsi l’auteur de cet appel au meurtre de «terroriste». «Nous dénonçons
également et fermement le silence des autorités devant les graves
dérives du courant salafiste algérien», lit-on sur leur page Facebook.

Une dénonciation que la classe politique exprime également. «L’écrivain
et chroniqueur Kamel Daoud vient de faire l’objet d’un appel au meurtre
de la part d’un sinistre individu dûment connu des services de sécurité
pour ses dérapages et ses intimidations récurrentes. Il n’est pas à son
premier acte de défi et menace envers des personnes coupables à ses yeux
de revendiquer haut et fort leur liberté de pensée et d’expression.
Le précédent est extrêmement grave et confirme la démission de l’Etat et
de sa justice, incapables d’assurer la défense des citoyens contre les
extrémismes et les injustices», souligne le RCD (Rassemblement pour la
culture et la démocratie), dans un communiqué. Assurant son «entière
solidarité» au journaliste et à toute l’élite intellectuelle, le RCD
tient pour responsables «les autorités contre toute atteinte à
l’intégrité morale et physique d’un des membres de la corporation
journalistique qui a payé un lourd tribut».
De même, les éditions Barzakh dénoncent. «Kamel Daoud est victime d'un
appel au meurtre lancé par un salafiste, un de ces sinistres charlatans
qui sévissent en toute impunité sur la toile, à la télévision et dans
les mosquées». Un agissement que l’éditeur qualifie de «gravité sans
nom». Affichant leur «totale solidarité» avec l’écrivain, les éditions
Barzakh se demandent «si la justice et l'Etat de droit existent encore
en Algérie ou si la violence — morale, bientôt physique — est devenue la
norme».
Selon l’éditeur, «au-delà de Kamel Daoud, et après l'affaire du film de
Lyès Salem L'Oranais et du livre de Meriem Bouzid, c'est le champ de la
pensée libre, de la recherche et de la création artistique qui sont
visés là».
D’ailleurs, une pétition a été lancée sur Facebook pour condamner les
appels au meurtre par le chef salafiste algérien, contre le journaliste
Kamel Daoud et appelle par la même le ministère de la Justice à
poursuivre l’auteur de cette incitation pour appel au meurtre.
D’une aussi grande gravité, cet appel au meurtre n’avait pourtant pas
fait réagir le ministère de la Justice. Contacté hier, le département de
Tayeb Louh n’a pas daigné nous fournir une réponse. Et pourtant le
ministère de la Justice a vite fait de réagir en ordonnant une enquête
sur une vidéo, largement partagée, sur les réseaux sociaux montrant un
enfant manipulant un couteau sous l’incitation d’un proche. L’affaire
Daoud est pour le moins aussi grave pour que la chancellerie
s’autosaisisse.
Ry. N.

Réaction de la laddh
Alerte sur l’intolérance et la violence
«La LADDH vient de prendre connaissance de menaces à l’égard du
journaliste et écrivain Kamel Daoud suite à la publication de son livre.
La LADDH rappelle que la liberté d’expression est une liberté
fondamentale et que nulle personne ou groupe ne peut la restreindre ou
l’interdire, a fortiori par la contrainte et la violence.
La LADDH exprime ses préoccupations face à la montée de
l’intolérance. Elle se solidarise avec Kamel Daoud et condamne toute
violence sous quelque forme qu’elle soit. La LADDH réaffirme le droit à
l’expression pour tout citoyen et rappelle l’obligation de l’Etat à
assurer la sécurité et la protection des citoyens et leurs biens.»
Le président,maître Benissad Noureddine

Le RCD réagit
«L’écrivain et chroniqueur Kamel Daoud vient de faire l’objet d’un
appel au meurtre de la part d’un sinistre individu dûment connu des
services de sécurité pour ses dérapages et ses intimidations
récurrentes. Il n’est pas à son premier acte de défi et menace envers
des personnes coupables à ses yeux de revendiquer haut et fort leur
liberté de pensée et d’expression.
Le précédent est extrêmement grave et confirme la démission de l’Etat et
de sa justice, incapables d’assurer la défense des citoyens contre les
extrémismes et les injustices.
Le RCD exprime son entière solidarité à Kamel Daoud et à toute l’élite
intellectuelle et tient pour responsable les autorités contre toute
atteinte à l’intégrité morale et physique d’un des membres de la
corporation journalistique qui a payé un lourd tribut.»
Le RCD

NORDINE AÏT HAMOUDA :
«Nous sommes tous des Daoud»
«J'ai appris avec consternation une fetwa venue d'un autre âge prononcé
par un émir salafiste à l'encontre de l'écrivain Daoud. Si depuis
quelque temps nous constatons la manipulation par le pouvoir de ce
courant intégriste, je reste choqué par la non-convocation par la
justice de cet «émir» qui lance des condamnations à mort aux citoyens
algériens.
L'absence de l'Etat devant des faits aussi graves prouve encore une fois
que le courant intégriste a toujours été manipulé. La semaine dernière,
c'était Madani Mezrag l'assassin, aujourd'hui cheikh (...).
Ayant perdu définitivement la bataille militaire, ce courant veut gagner
la bataille politique.
Pour ma part, je me considère solidaire de Monsieur Daoud et des idées
qu'il défend, car, aujourd'hui, nous sommes tous des Daoud. Ils ne
passeront pas !»
N. A.-H.

Categorie(s): actualités

Auteur(s): N. A.-H.

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