Histoire du drapeau algérien: La fille de Messali Hadj répond à Chawki Mostefaï

Lesoir; le Mercredi 4 Decembre 2013
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Ce n’est pas la première fois que Mostefaï Chawki
revendique la paternité du drapeau algérien. Ses dernières déclarations,
fantaisistes, voire «abracadabrantesques» et complètement erronées, me
donnent enfin l’occasion de cette mise au point afin de clarifier
définitivement l’histoire du drapeau national.
Concernant les arguments fantaisistes présentés par Mostefaï au sujet de
la manifestation du 1er Mai 1945, j’y reviendrai pour avoir vécu ces
évènements et cette période à un autre niveau que lui, mais pas avant de
citer un court extrait de mon ouvrage relatif à l’histoire du drapeau :
«Une vie partagée avec Messali Hadj, mon père» (Ed. Lazhari Labter et
Hibr Ed.). Cette histoire du drapeau qui a également inspiré le roman
historique de Mohamed Benchicou «La Parfumeuse» (Ed. Koukou en 2012).
Je cite (page-32) : «En 1933, l’Etoile Nord-Africaine est autonome, elle
possède un programme politique : l’indépendance, la lutte contre
l’impérialisme et le passage obligé par la Constituante souveraine élue
au suffrage universel pour garantir les libertés démocratiques. Elle est
régie par des statuts précis, possède également un journal, invente le
drapeau algérien – celui que tous les médias qualifieront de drapeau du
FLN pendant la guerre de Libération – elle a un siège central officiel
situé au 19, rue Daguerre, dans le 14e arrondissement de Paris.
Je reviens sur la conception du drapeau algérien, le seul héritage
historique, ô combien symbolique, de l’Algérie actuelle, qui,
miraculeusement, a été épargné et a survécu aux multiples ruptures du
mouvement national.
Je tiens avant de poursuivre mon récit à démentir solennellement ici les
polémiques actuelles visant à déposséder l’Etoile de l’initiative de sa
création. Ces polémiques sont alimentées par des imposteurs qui pensent
ainsi faire oublier leurs errements passés. Dans ses Mémoires, mon père
écrit au sujet du drapeau : «Le 5 août 1934, plus de huit cents
Algériens ont assisté à une assemblée générale de l’association. La
réunion revêtait une grande solennité car, pour la première fois, on
présentait le drapeau algérien vert et blanc frappé d’un croissant
rouge. J’avais l’honneur de prononcer le discours d’ouverture devant ce
drapeau hautement tenu et entouré d’une garde d’honneur. A la vue de ce
spectacle grandiose, les Algériens se sont levés comme un seul homme, en
priant et en applaudissant. Des cris de Vive l’Algérie, Vive
l’Indépendance, Vive l’Etoile Nord-Africaine ont fusé dans toute la
salle. Jamais une telle cérémonie n’avait eu lieu depuis 1830, date à
laquelle notre patrie nous avait été ravie…» Je ne terminerai pas cette
digression sans ajouter que Mme Messali, ma mère, travaillait à l’époque
dans une entreprise de dessin industriel située rue Servan dans le 11e
arrondissement de Paris et de fait, elle était la plus qualifiée pour
concevoir et élaborer ce drapeau.
L’historique de l’emblème national replacé ici dans son contexte par le
père du nationalisme algérien lui-même, et consigné dans ses Mémoires
n’est pas discutable. Le drapeau actuel de l’Algérie est identique à
celui créé en 1934 par Émilie Busquant, militante à part entière de
l’Etoile Nord-Africaine et épouse de Messali.
D’autre part, je tiens à dire afin qu’il n’y ait pas de confusion dans
l’opinion, que les péripéties fantaisistes évoquées par Mostefaï sont
fausses et extravagantes.

Et je m’explique :
- Faire dire à Hocine Asselah, grand militant, cheville ouvrière du PPA
clandestin, particulièrement proche de Mme Messali qui était le
seul lien politique avec le chef du parti emprisonné au pénitencier de
Lambèse, «que le drapeau en mai 1945 était introuvable parce que
confectionné à un seul exemplaire» est une aberration.
Durant toute l’année 1936, alors que Messali faisait la promotion de
l’Etoile Nord-Africaine à travers toute l’Algérie, Mme Messali, établie
à Tlemcen, confectionne plusieurs drapeaux devant servir dans les
manifestations à prévoir, sur la machine à coudre de la famille
Guénanèche. Un de ces drapeaux a effectivement apparu à la manifestation
de 1937 au cours de laquelle, elle et Mohamed Khider seront arrêtés. De
1937 à 1945, ces drapeaux étaient précieusement protégés et camouflés
dans les familles nationalistes. Nous-mêmes à Boghari et à Chellala, en
résidence surveillée, en possédions un, bien caché en cas de
perquisitions… Il faut savoir également que nous y avons reçu plusieurs
fois, la visite de Hocine Asselah ainsi que celle de Lamine Debaghine.
De là à faire de Hocine Asselah «un missionnaire chargé de mettre la
main sur un drapeau introuvable» et aller même jusqu’à affirmer qu’il
«tenait d’un militant les couleurs de ce drapeau», relève d’une
imagination sans limites…

Par ailleurs :
- Au sujet de la participation du PPA au défilé du 1er mai 1945, je
préciserais que cela était une tradition depuis l’Etoile Nord-Africaine.
Ce 1er mai 1945 évoqué par Mostefaï est bien particulier et pourquoi ?
Parce qu’il s’inscrit en effet dans les «évènements dits du 8 Mai 1945»
et qui ont débuté à vrai dire à la mi-avril à Chellala, par
l’arrestation de Messali Hadj puis sa déportation au Congo-Brazzaville.
Cet évènement sera en outre le facteur déclenchant des importantes
manifestations du 1er et du 8 Mai 1945 avec de nombreux drapeaux, des
banderoles revendiquant la libération immédiate de Messali Hadj, le
droit du peuple algérien à son indépendance et la fin de la répression
colonialiste.
Ces manifestations s’élargiront à Sétif, Guelma et Kherrata, nous savons
comment elles seront réprimées dans le sang. Seulement désormais la peur
changera de camp…
M. Mostefaï, quant à lui, malgré son grand âge, garde une imagination de
jeune homme et ne recule devant rien pour satisfaire sa vanité, pas même
à se faire passer pour le concepteur de l’emblème national.
J’aurais aimé qu’il apportât une contribution à l’Histoire en nous
disant pourquoi et comment, par exemple, il a claqué la porte de la
direction du MTLD en 1951 avec quelques-uns de ses amis afin de faire
infléchir les positions de Messali Hadj sur une injonction des partis
réformistes de l’époque à laquelle il avait apporté toute son adhésion.
Cette injonction, véritable ultimatum lancé à Messali par Me Boumendjel,
le Dr Francis pour l’UDMA, Larbi Tebessi et Cheikh Kheirredine pour les
Oulémas exigeait :
- La dissolution du PPA
- La condamnation de toute action révolutionnaire et de tout terrorisme
passé, présent ou à venir.
- La renonciation à toute action auprès des Nations-Unies et de la Ligue
arabe.
- La cessation de tout rapport avec le Néo-Destour et l’Istiqlal.
«Tu es porté sur les registres du Gouvernement général comme un
révolutionnaire et un agitateur, cesse d’être un révolutionnaire pour
devenir un homme politique» se laissera à dire Larbi Tebessi.
Quel chemin parcouru pour celui qui adhérera au FLN et deviendra non
seulement un Moudjahid et aujourd’hui le voilà qui réclame la paternité
de l’emblème national... et l’imposture continue... !
Djanina Messali-Benkelfat

Categorie(s): contribution

Auteur(s): Djanina Messali-Benkelfat

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