Il sortira au printemps 2015: La revue Riveneuve consacre un numéro à l’Algérie

Lesoir; le Jeudi 18 Decembre 2014
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Riveneuve Continents est une revue littéraire
francophone qui existe depuis 2004. Ce trimestriel compte de nombreux
écrivains dans son comité de rédaction à l’instar Le Clézio, Jean-Michel
Djian, Lise Gauvin, Leïla Sebbar, Cheikh Hamidou Kane, etc.

Dirigée par le chercheur Gilles Kraemer, la revue fait également appel à
des rédactions temporaires selon les lieux et les thèmes qu’elle aborde
d’une édition à l’autre. Le 19e numéro qui paraîtra au printemps 2015
sera consacré à l’Algérie sous le thème «Nahda des lettres, renaissance
des mots». La rédaction en chef a donc lancé un appel à participation à
certains écrivains, journalistes et intellectuels algériens qui, chacun
selon ses sensibilités, ses souvenirs et ses approches, pourront
proposer des textes dans le cadre d’un argumentaire défini par la revue.
On y lit : «Guerre civile ? Décennie noire ? Ou rouge ? Waqt el-Youm ?
Parfois simplement, irhab. L'Algérie demeure confrontée à un double défi
: le nom qu’on ne trouve jamais et la violence qui reste toujours là,
suspendue dans l’air du temps des commémorations et des attentats
«résiduels», auxquels sont confrontées les lettres algériennes dans leur
foisonnement et dans leur recherche de l’espace littéraire». Bien que
cette mise ne contexte peut sembler redondante et éculée tant elle aura
marqué une grande partie des publications occidentales, et notamment
francophones, sur l’Algérie, ce 19e numéro n’est pas pour autant fermé à
une écriture résolument contemporaine, subjective et, parfois,
dissemblable à la stylistique des années 1990 communément qualifiée de
«littérature d’urgence».
C’est probablement ce recul et ce regard distancié mais toujours marqué
par une mémoire jamais apaisée que Riveneuve veut interroger. Même si
l’argumentaire insiste sur particulièrement sur la persistance de ce
passé au cœur d’un présent truffé d’amnésies forcées et de traumas
intériorisés : «La solitude de l’écrivain se nourrit paradoxalement,
dans l’acte d’écrire dans l’Algérie des années post-traumatiques, par la
connexion au présent et au monde.
Au présent des souvenirs et des commémorations ancrées dans la mémoire
collective d’une société meurtrie, une société qui ne veut même pas
reconnaître ses traumas pour avancer.
Un présent arrimé aussi à la volonté d’être ensemble, après la chute de
l’idéal du ‘‘frère’’, le ‘‘kho’ algérien, durant les années 1990 quand
des Algériens ont massacré d’autres Algériens. Ce que des textes
littéraires, de Boudjedra à Mimouni, ont souligné cruellement.»
On peut donc aller au-delà du souvenir sanglant pour plonger sa plume
dans une société à mi-chemin entre le cauchemar harassant des années de
meurtres collectifs et l’aspiration à une vie nouvelle : «Et dans le
même temps, la société algérienne montre des signes de résilience.
Malgré la grande incertitude dans laquelle la plonge la persistance au
pouvoir d’une génération mourante sans succession et l’absence de projet
de société, elle vit. Et l’on est tenté de dire qu’elle vit de plus en
plus collectivement. Etre ensemble à l’image de collectifs informels
dans lesquels se sont retrouvés syndicats autonomes, associations de
défense des citoyens, associations culturelles, etc., nés de luttes plus
ou moins récentes. Comment écrire dans cet entre-temps, le temps de la
reconstruction de l’être ensemble et celui de l'entre-tuerie nationale
?» lit-on encore dans l’argumentaire.
De ce fait, la revue Riveneuve veut questionner «ce défi presque
inconscient des lettres algériennes» ; celui de vouloir transcender les
limites de l’écrit-témoignage et oser une littérature inscrite dans
l’ici et maintenant mais aussi dans l’universel et l’humain. Pour
rappel, cette revue littéraire a sillonné les littératures du monde
d’Asie en Amérique latine en passant par l’Afrique et l’Europe.
Ses éditions s’intéressent aussi bien à des territoires qu’à des
thématiques liées à l’écriture. Ses derniers numéros ont traité par
exemple de «L’art en exil», «Maroc : les lettres portuaires», «Vietnam :
la beauté du lotus», ou encore «Harlem héritage».
Sarah Haidar

Categorie(s): culture

Auteur(s): Sarah Haïdar

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