Kiosque arabe: Une bonne éducation pour une croissance

Lesoir; le Vendredi 6 Decembre 2013
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Par Ahmed Halli
halliahmed@hotmail.com
Hors
de toute considération idéologique, il y a une raison essentielle pour
laquelle il ne faut jamais laisser l’éducation aux charlatans : son
impact sur la croissance. Celle-ci ne peut être durable et élevée qu’à
la condition d’un système éducatif performant. Ce dernier y contribue
par deux leviers fondamentaux : l’amélioration de la productivité du
travail (amenant à un PIB en niveau plus élevé) et l’accroissement des
capacités d’innovation de l’économie (amenant à un taux de croissance
plus élevé). Sur cette relation, la théorie économique n’a pas l’ombre
d’un doute depuis que Hanushek et Woessmann ont modélisé la relation
entre le taux moyen de croissance et des mesures composites de qualité
du capital humain en 2011.
Il reste cependant à identifier «les réformes éducatives qui
permettraient d’améliorer durablement et significativement les
performances des élèves» par «des évaluations micro-économétriques et
des calculs coûts-bénéfices».
C’est ce que se proposent de faire Arthur Heim et Jincheng Ni, deux
experts français de France Stratégie, dans une récente contribution
théorique(*).
Le lien établi sur 160 pays entre le PIB par habitant en 2009 et le
nombre moyen d’années d’études des hommes de 25 ans et plus, à partir
des données de l’Institute for Health Metrics and Evaluation (un
institut de statistique sur la santé publique, à Seattle, dépendant de
l'Université de Washington, et financé notamment par la fondation
Bill-et-Melinda-Gates) et de la Banque mondiale, indique qu’une année
d’études supplémentaire est associée en moyenne à un niveau supérieur du
PIB par tête d’environ 30%.
Reprenant les travaux d’Eric Hanushek - Professeur à Stanford et éditeur
du Handbook of the Economics of Education 2011 - et d’autres
institutions, comme le Washington Center for Equitable Growth ou l’OCDE,
les deux auteurs de la Note d’Analyse reproduisent pour le cas français
les calculs empiriques qui cherchent à évaluer l’impact sur la
croissance à long terme d’une amélioration des performances du système
éducatif. Ils se proposent, par ailleurs, «de discuter la validité de la
méthodologie employée et plaident en faveur d’un conseil auprès des
décideurs en matière de politiques éducatives qui s’appuient sur des
évaluations micro-économétriques solides menées sur des expérimentations
ou des réformes antérieures».
La référence première ici renvoie à Eric Hanushek et Ludger Woessmann
qui ont entrepris de «constituer une mesure de la qualité du capital
humain à partir du niveau des connaissances acquises en utilisant les
résultats de trente-six tests administrés, à douze occasions, aux élèves
de près de cinquante pays entre 1960 et 2000».
A la lumière de ces tests, on estime qu’un pays qui parviendrait à
augmenter de façon durable son niveau de capital humain d’environ 100
points de score PISA(**)(ce score somme les performances en
mathématiques et en sciences, après avoir initialement mis l’accent sur
la lecture) verrait sa croissance rehaussée d’environ 1 point de PIB par
an à très long terme (60 ans).
Les travaux d’Hanushek et Woessmann ont été utilisés pour simuler ce
qu’un pays gagne à augmenter le capital humain de sa population, via une
réforme éducative.
Il reste à savoir comment obtenir une amélioration de la performance
éducative.
Comme dans toutes les sciences humaines, là aussi il n’y a pas de schéma
«clé en main» efficace d’allocation des ressources en éducation et les
seules dépenses d’argent ou de recrutement de personnels n’assurent pas,
à elles seules, une hausse des compétences des élèves. Des analyses plus
fines doivent être menées pour déterminer l’impact de réformes
éducatives spécifiques.
Les arbitrages requis par les différentes alternatives de politiques
éducatives suggèrent que soit couplée l’approche par le calcul
socioéconomique des projets éducatifs à des travaux micro-économétriques
analysant l’effet des politiques éducatives sur le niveau de compétences
des élèves et leurs productivités futures.
Une synthèse d’autres recherches indique quelques pistes de réformes
intéressantes.
A ce titre, il est suggéré des «interventions précoces intensives»,
c'est-à-dire une prise en charge des enfants bien avant l’âge de l’école
dans des programmes axés sur le développement de l’enfant encadré par
des professionnels expérimentés et fondés sur des cursus de recherche.
Il est également suggéré des «dispositifs de remédiation comme les
écoles d’été tôt dans la scolarité et même des tailles de classes
réduites en cycle 1 (surtout en éducation prioritaire)».
II est enfin relevé l’intérêt, comme cela s’est fait aux Etats-Unis,
pour des «écoles à chartes (charter schools)» qui sont des
établissements scolaires financés par l’État fédéral, mais agissant
indépendamment du système scolaire public général. Elles sont une forme
d’éducation alternative.
Ainsi, «une réforme, en augmentant le score moyen des élèves,
permettrait de réduire les inégalités scolaires augmenterait la
croissance à long terme et réduirait les inégalités salariales»,
affectant incidemment la croissance et le développement.
A. B.

(*) Arthur Heim, Jincheng Ni, L’éducation peut-elle favoriser la
croissance ? France Stratégie, La Note d’Analyse, n°48, juin 2016.
(**) PISA, acronyme pour «Program for International Student Assessment»
(«Programme international pour le suivi des acquis des élèves» en
français) est un ensemble d'études menées par l'OCDE visant à mesurer
des performances des systèmes éducatifs des pays membres et non membres.
Leur publication est triennale. La première étude remonte à 2000.

Categorie(s): chronique du jour

Auteur(s): lesoir

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