L’enseignement et la recherche en Algérie: Héritage du passé et enjeu de l'avenir  (: 1re partie: )

Lesoir; le Mercredi 17 Decembre 2014
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Par Dr Mohamed Larbi Ould Khelifa
Il n’est pas dans notre intention, en écrivant ces lignes, de faire le
bilan d’un secteur stratégique alors que l’Algérie célèbre le
cinquantième anniversaire du recouvrement de sa souveraineté et amorce
le projet national d’édification de ce que 132 années de colonialisme
ont causé comme destruction, mais il serait judicieux de rappeler les
statistiques de 1960 du cabinet du gouverneur général français.

Selon l’historien (Ch. Ageron), elles répertoriaient un taux de 87%
d’analphabétisme chez les garçons et 93% chez les filles ; partant de ce
constat et pour faire face à cette situation catastrophique, les
responsables politiques, cadres chargés de la planification et de la
gestion ont depuis le début placé le secteur de l’éducation en tête de
liste des priorités nationales, d’où la décision de l’Etat de dispenser
un enseignement gratuit et d’œuvrer à sa généralisation dans les villes
et les campagnes, et d’élargir l’alphabétisation des filles à travers
tout le territoire national, ce qui aura un impact positif sur
l’évolution de la société à moyen terme, car la femme instruite détient
l’une des clefs de la citoyenneté active. Nul doute que l’une des plus
importantes réalisations concrétisées durant le demi-siècle dernier
demeure la démocratisation de l’éducation et de l’enseignement à travers
le pays. Cette orientation est restée constante même au début des années
soixante et au milieu des années quatre-vingt, lorsque l’Etat manquait
de ressources.
Cette orientation est restée une préoccupation pour les dirigeants qui
se sont succédé aux postes de responsabilité au sommet de l’Etat et même
s’il existe des «volontés» prônant le tri sélectif par«classe sociale»,
elles n’ont cependant pas réussi à changer l’orientation générale de
démocratisation de l’enseignement jusqu'à présent, pour de multiples
raisons, dont :
1- La référence à la Déclaration fondatrice de la révolution de Novembre
1954 qui a proclamé que l’un des plus grands objectifs de la révolution
est l’édification d’un état démocratique et social. Et la dernière
exigence signifie non seulement l’égalité des chances entre tous les
citoyens mais surtout l’aide aux plus défavorisés, démunis ou isolés
géographiquement de bénéficier de l’enseignement et de la formation dans
les différents cycles.
2- La lenteur de l’apparition au grand jour des différences entres les
classes sociales pour des raisons historiques et culturelles. Il est, en
effet, bien connu qu’une partie des anciens notables s’apparentait à
l’administration coloniale, de gré ou de force, même si certaines
personnes de cette catégorie avaient apporté différentes formes de
soutien à l’armée et au Front de libération nationale durant la lutte
armée. Cette situation a laissé une mauvaise impression, notamment chez
ceux de la génération qui a souffert des affres de l’armée coloniale et
de ses agents, parmi les notables, en plus des mercenaires parmi les
harkis.
3- La distinction de classes est associée aux politiques de l’Etat et à
ses choix idéologiques, ce qui n’était pas possible avant 1962, la
société algérienne étant scindée à l’époque, d’une part, en une minorité
de colons européens jouissant des droits de citoyenneté en dépit de
l’existence de la même classe représentée dans leur société d’origine
(France) et d’autre part, une majorité appelée autochtone, dont une
partie pouvait accéder à un niveau proche de la minorité européenne, à
condition de se rapprocher de sa culture et de son mode de vie tout en
exigeant qu'elle soit à son service.
4- Toutefois la distinction entre les couches sociales n’était pas
forcément liée à la richesse, mais pouvait également l’être à la
descendance et à l’appartenance.
La lignée honorable (Imbradhan) ou au réseau des zaouïas disséminées sur
tout le territoire, et dont les cheikhs et ceux qui relevaient de ses
structures jouissaient d’un grand respect et d’une grande considération
pour des raisons traditionnelles et religieuses, ainsi que pour les
services rendus au sein de son entourage et particulièrement aux plus
démunis ; à l’exception de ceux qui étaient asservis à l’administration
coloniale, durant la première moitié du siècle dernier notamment.
5- Depuis des décennies, coexistent et s’entremêlent dans les villes
d’Algérie des catégories de population qui s’apparentent à ce qu’on
appelle aux Etats-Unis le melting pot, abstraction faite du revenu et de
la profession. Il est à noter que cette interaction a des motifs
historiques dus à l’exode durant la guerre de libération et le
regroupement des familles issues de la même région où l’on retrouvait
voisins, dans le même immeuble, le conducteur d’autocar, le directeur
d’une administration et le professeur d’université...
Par ailleurs, l’autorisation pour l’ouverture des écoles privées est le
prélude à un début timide de l’apparition de deux types d’enseignement,
l’un privé et l’autre public ; et qui pourrait s’étendre aux universités
et aux instituts supérieurs grâce à la coopération, selon le modèle des
universités américaines, en Égypte, au Liban et la Sorbonne, dans
certains pays du Golfe.
6- Derrière la critique du système éducatif pourraient se dissimuler
d’autres différends, notamment après l’adoption de l’école fondamentale
et de l’enseignement obligatoire jusque l’âge de 16 ans. Parmi ces
tendances :
6-1- La tendance chez une faible proportion issue de l’école française,
qui excluait les indigènes et la nostalgie envers ses méthodes, qui sont
certes remarquables de par l’expérience pédagogique accumulée, notamment
après les orientations de ce qui est connu comme l’école laïque de Jules
Ferry adoptée depuis 1905.
6-2- Le désir exprimé par des franges des générations précédentes et de
celles qui leur ont succédé dans la valorisation du français en tant que
langue et en tant que culture ; en effet une langue ne peut exister sans
culture et vice-versa, autrement elle demeurera une tradition orale
vouée à la disparition. La langue française reflète donc son
développement au cours des différentes étapes historiques, elle est
ainsi restée dans l’esprit et la conscience des Algériens l’image du
meilleur, du plus fort, du moderne et de l’art de vivre, en comparaison
avec la situation de leur pays qui stagnait dans le sous-développement,
héritage de plusieurs siècles, approfondi davantage par le colonialisme
qui a contribué à son appauvrissement et son ignorance et détruit les
structures traditionnelles de l’Algérie en quelques décennies
d’occupation.
6-3- Cette comparaison s’est répercutée sur la vision envers l’école qui
s’est éloignée, dans ses programmes et certaines de ses structures, du
modèle français. La critique a dans certains cas pris une coloration
idéologique où se rencontrent la gauche dite progressiste et la droite
dans l’habit du compradore et celui du technocrate et des factions de
courants nationalistes et islamistes qui appellent au retour à
l’authenticité ou à la résistance face l’occidentalisation sans
perspective d’avenir. L’intensité du conflit entre ces factions est
apparue, que ce soit au niveau de la répartition politico-idéologique
des membres de la commission Benzaghou au début de la dernière décennie,
ou dans les propositions de la réforme de l’enseignement tel qu’apparues
à la fin des années soixante-dix, après que feu Mostepha Lacheraf fut
nommé ministre de l’Education et qu’il ait entrepris de revoir les
orientations de l’école fondamentale et écarté ceux qui la soutiennent.
Aux éléments du conflit suscités et notamment au début des années
quatre-vingt, s’ajoutent la revendication amazigh dans les écoles et la
généralisation de son enseignement dans les plus brefs délais au sein de
tous les établissements scolaires algériens et la mise en œuvre des
moyens de préserver son patrimoine et redynamiser sa culture, ce qui
entre, en somme, dans le cadre d’une revendication légitime, qui ne
concerne pas une région bien déterminée, car la langue amazighe fait
partie du patrimoine de tous les Algériens et ne constitue pas une
ethnie, une lignée ou un élément de division entre les citoyens. Il est
possible après uniformisation de ses dialectes et un consensus autour
des caractères de sa transcription, et son développement dans divers
arts et sciences, un enrichissement linguistique unifié, qu’elle
devienne comme la langue arabe, une langue et un patrimoine universels
et non pas un prétexte et l’appui à une autre langue importante du fait
d’une histoire qui s’étend à 132 ans, ou un simple argument pour
affaiblir l’arabe et l’amazigh. Et nous n’ignorons pas de par
l’expérience dans différentes situations les difficultés que connaît la
langue arabe, langue de communication et de travail, et les efforts
nécessaires pour rattraper le train du progrès en matière des sciences,
des arts, et des lettres, mais elle demeure néanmoins une langue qui
rassemble, et un pôle fondamental de l’identité pour la plupart des
Algériens.
Et en fin de cette approche, nous nous interrogeons : mais où va l’école
algérienne ?
Où aboutira le débat à son sujet ? (Un débat qui doit se poursuivre à
l’instar de tous les systèmes éducatifs dans le monde). Réussirons-nous
à édifier une école fidèle dans ses contenus à notre parcours historique
et à l’expérience de notre peuple et qui en même temps contribue au
développement de la société à sa modernité, à savoir son avenir ?

Un système, deux options
D’aucuns s’accordent à dire que le système éducatif et l’enseignement
supérieur sont le point de départ pour s’affranchir du
sous-développement culturel et accélérer le processus de développement
et la libération progressive de la dépendance dans trois secteurs
principaux : l’industrie l’agriculture, et les services. La voie vers
cet objectif commence par l’intégration du savoir, des technologies et
la nécessité d’investir dans la recherche scientifique théorique et
pratique pour le développement (R. D.). La voie vers le progrès et la
prospérité ne peut se concrétiser sans l’équation suivante :
Savoir-Avoir-Pouvoir. Nous ne sommes point partisans du tout blanc ou du
tout noir, et savons de par notre modeste expérience dans deux secteurs,
l’éducation et l’université, que tout le système se trouve au centre de
la problématique du sous-développement social économique et culturel. En
effet, ce système est appelé, d’une part, à concevoir un présent et un
avenir différent de la réalité en cours, voire meilleur et que notre
système éducatif et universitaire doit choisir entre se limiter à former
une élite privilégiée et diffuser l’enseignement et la formation
supérieure à l’horizontale ; dans la première option, notre pays peut
réussir à former une petite élite dans ce que l’on appelle les pôles
d'excellence au milieu d’une grande majorité de titulaires de diplômes
supérieurs, qui ne reflètent pas toujours l’étendue de leur
qualification dans leur domaine de compétence. Quant à la seconde
option, la priorité est accordée à la diffusion horizontale de
l’enseignement et la formation supérieure et dans ce cas la majorité en
nombre absorbe la valeur qualitative et annule son effet ou diminue son
rendement en matière de développement. Mais où est l’intérêt d’une élite
isolée vivant dans les hautes sphères et incapable de diffuser le
savoir, voire même de s’adresser à son peuple ? A quoi servent des
centaines de milliers de diplômés supérieurs, la plupart sur papier
seulement ?
L’option n’est pas un dilemme, elle réside dans les méthodes et les
formateurs qualifiés et l’évaluation objective des acquis scolaire et
universitaire ainsi que la participation de l’environnement, de la
famille aux autres organisations de la société, au soutien à l’éducation
et à la formation supérieure et la mise à profit des technologies
modernes depuis l’enfance et permettre aux concernés de s’entrainer à
son usage à travers tout le territoire. Ceci est en réalité un problème
vécu par de nombreux pays de la région et même certains pays développés
d’Europe de l’Ouest et d’Amérique du Nord, et parmi les pays arabes, à
titre d’exemple, dont la plupart sont en marge du système libéral, ont
adopté un système éducatif et universitaire parallèle ou privé, en
parallèle des écoles et des universités publiques, telles l’Université
américaine au Liban et en Égypte, en Jordanie, au Maroc et en Arabie
Saoudite et la Sorbonne aux Emirats.
Certains chercheurs considèrent que ce système parallèle a mené à une
sorte de suprématie de classe quasi héréditaire pour certaines familles
jouissant de meilleures opportunités sur les plans matériel et social
leur permettant d’accéder à des postes politiques et par là même de
partager les revenus de la fortune et ce qu’elle engendre en puissance
et pouvoir. La preuve en est que dans certains de ces pays, le taux
d’analphabétisme et de pauvreté dépasse 50% de la population. Et même
dans les pays développés dans lesquels le système éducatif dans son
ensemble, même supérieur, essuie de nombreuses critiques axées sur son
archaïsme afin de rattraper et d’assimiler l’accumulation galopante de
connaissance et de technologie, de même que ces pays critiquent surtout
son attachement ferme au darwinisme, à savoir la prédominance permanente
du meilleur qui a mené à l’apparition d’un petit nombre de catégories
appelé les Youppie ou les Golden Boys, à qui s’ouvrent les portes des
universités de Harvard, des Machassussets, d’Oxford, et qu’on appelle
les Happy Few.

L'éducation et la formation universitaire sont-elles en marge du
développement ?
Les établissements de formation scolaire et universitaire dans notre
pays sont confrontés à un isolement artificiel de leur environnement
économique, social et culturel et, dans certains cas, font quasiment
office de monastères fréquentés par des dévots qui psalmodient les mêmes
incantations. Cette situation est due à leurs contenus archaïques et à
l'inadaptation des dispositions réglementaires et législatives qui les
régissent et les gouvernent. A tout cela s'ajoutent la masse humaine
déferlant sur les mêmes structures et une foule innombrable d'élèves et
d'étudiants, sans aucune orientation scolaire ni suivi pédagogique,
outre le manque, voire l'absence d’outils éducatifs extra-scolaires,
notamment les publications se rapportant aux contes pour enfants et aux
connaissances scientifiques simplifiées sur l'être humain, la nature et
l'environnement, ainsi que les bandes vidéo qui présentent par des
méthodes captivantes, l'histoire, la civilisation et la géographie du
pays et en particulier la science-fiction ; les activités
ludo-éducatives en dehors de l’internet sont inexistantes. Les films et
les dessins animés projetés sur nos écrans sont, pour la plupart,
traduits d’œuvres produites en Europe, en Amérique ou au Japon.
S'agissant des matières d'éducation civique et religieuse enseignées,
celles-ci sont constituées soit de discours abstrait incapable de
qualifier un bachelier à remplir un formulaire de demande au niveau de
la mairie soit de discours sur des généralités ou des textes
moralisateurs qui n'inculquent guère les fondements du civisme chez les
jeunes. Quant aux universités et centres de recherche dont ils relèvent,
les préambules pompeux qui figurent au premier rang des plans de
développement et des déclarations officielles ne trouvent aucun écho
auprès des politiques culturelles, économiques et sociales.
En effet, dans la plupart des projets, l'expérience nationale est très
peu associée à la conception et à la mise en œuvre.
Ces missions sont, totalement, confiées à des bureaux d'études et
d'expertise étrangers. Il est certes évident que le transfert de
l'expérience scientifique et technologique s'avère une entreprise
difficile lorsque l'on se contente de l'importer clé en main, tandis que
nous restons en simples spectateurs et consommateurs. La richesse
financière actuelle dans les pays exportateurs de pétrole, qui commence
à inquiéter les dirigeants de plusieurs pays, n'est ni durable ni sûre.
Ce sont les compétences, les aptitudes et la bonne gouvernance qui
créent la richesse et la fructifie à long terme.
Cela ne signifie pas que notre système éducatif et universitaire soit
totalement faible et médiocre, il existe parfois des positions critiques
idéologiques et d'autres encore, au sujet de l'arabe considéré comme une
langue d'enseignement, ce qui suscite le mécontentement des monolingues
s’exprimant en langue française, ou en langue arabe, dans sa forme figée
et prédicatrice ; une troisième tendance l'attribue aux critères de
classement des universités, conformes aux modèles anglo-saxons, qui
penchent plutôt vers les recherches publiées en langue anglaise. Il
existe certainement des tentatives encore au stade expérimental,
d'actualisation du système éducatif tant dans ses méthodes que dans ses
contenus. Il ne fait aucun doute qu'il faudrait une période non moins
inférieure au temps qu'il faudra au système depuis le cycle primaire à
la post-graduation pour pouvoir porter un jugement sur le produit d'un
système de formation et de recherche.
Dans notre pays, cette conception doit atteindre un degré élevé de
précision et d'exactitude pour qu'elle puisse répondre à des principes
intellectuels basés sur l'expérience nationale et une volonté de
développement qui dépend essentiellement de l'être humain qui en est la
première et l'ultime priorité, car toute erreur dans cette conception
aurait des effets préjudiciables qui se répercuteraient sur toute une
génération. De plus, la réitération des tentatives de réforme dans un
laps de temps court, à la manière des campagnes saisonnières,
transforment les établissements d'éducation et de formation en «cobayes»
dans un laboratoire d'expérimentation, sans aucune perspective
stratégique pourtant indispensable à un secteur considéré comme vecteur
de développement et son enjeu majeur.
Les Etats-Unis, qui sont aujourd'hui une puissance globale dans le
monde, «global power», occupent le premier rang dans les domaines des
sciences et de la technologie parmi les pays avancés. Une étude a révélé
que le nombre d'entreprises économiques et technologiques françaises
dirigées par des diplômés issus des instituts supérieurs américains
avait augmenté et que 80% des diplômés de l'Institut Harvard d'économie
et de commerce, connu sous le nom de High School Harvard Business,
assumaient parfaitement des postes de directeur général et de
président-directeur général.
Les universités et centres de recherches spécialisés entreprennent des
études de suivi en vue d'évaluer leur produit en cadres qualifiés,
d'améliorer leurs programmes, moderniser leurs laboratoires et
perfectionner et recycler leurs enseignants, en fonction des dernières
nouveautés dans le monde du savoir et de ses outils. Certes, le recours
à ce type d'évaluation n'est pas chose aisée dans notre pays, et ce,
pour diverses raisons, parmi lesquelles nous évoquons le fait que la
recherche scientifique est menée, en partie, dans les centres de
recherche et les universités à l'étranger. Parfois, ni ces recherches ni
les chercheurs ne reviennent au pays qui a pourtant pris en charge et
financé de telles missions, sans omettre l'hémorragie et la fuite des
cerveaux et des experts que connaissent tous les pays en développement
(le nombre d'Algériens hautement ou moyennement qualifiés ayant émigré
au cours des deux dernières décennies en France, au Canada, en Belgique
et dans d'autres pays au cours du dernier tiers du siècle précédent
s'élève à 40 000 ).
Les raisons de cette hémorragie sont objectives dans certains cas,
d'autres artificielles, parmi lesquelles nous citons : l'indisponibilité
de structures de recherche ou leur désorganisation ; la tendance erronée
à affecter les brillants chercheurs à des charges administratives et
routinières ; les incitations financières proposées aux chercheurs par
les universités, les centres de recherche et d'emploi à l'étranger,
notamment en Europe, aux Etats-Unis et dans les pays opulents du Golfe
(voir notre commentaire de l'étude A. El Kenz dans la revue Repères
n°03) ; l'inadaptation aux conditions de la recherche dès le retour au
pays ; le degrés de confiance à l'égard des compétences nationales ; le
recours excessif aux bureaux d'études étrangers. Tous ces facteurs ont
pour effet de freiner l'accumulation de l'expérience et de l'expertise
et d'accroître les coûts, auxquels s'ajoutent l'incapacité de suivre
l'évolution rapide de la technologie et le manque flagrant de
techniciens qualifiés dans la maintenance et la modernisation des
équipements industriels qui finissent au bout d'un certain temps par
tomber en «désuétude» et les investissements consentis l'auront été en
pure perte. Les exemples sont nombreux. Nous citons les équipements
hospitaliers, les systèmes d'irrigation et de distribution d'eaux, les
cimetières d'équipements et de machines en milieux urbain et rural dans
plusieurs parties du pays. Il est prématuré de faire une évaluation du
système Licence, Master, Doctorat (LMD) adopté dans l'enseignement
supérieur en Algérie, dès lors qu'il est nécessaire d'évaluer son
produit en matière de compétences moyennes et supérieures dans un délai
qui peut durer une décennie entière, après l'obtention du diplôme et la
pratique sur le terrain. Les meilleurs spécialistes dans le domaine de
la technologie, comme l'a déclaré le Professeur René Maheu, ancien
directeur de l'Unesco, ne peuvent faire avancer le progrès s'ils ne sont
pas soutenus dans leurs actions par des hommes sages qui tiennent les
commandes et incitent les milieux urbains et ruraux à la fois à tirer
parti de l'évolution et du progrès, ce qui est l'axe majeur de programme
du président Abdelaziz Bouteflika depuis son élection en 1999.
S'agissant de l'accumulation des connaissances au sein des universités
algériennes, appelées à produire la recherche fondamentale et théorique,
leur rendement scientifique et pratique est largement inférieur à leur
nombre — près d'une université ou centre universitaire dans chaque
wilaya —, en plus des laboratoires et des centres de recherche qu'elles
dirigent ou qui leur sont rattachés. En effet, leur résultat ne
transparaît guère à travers la bonne gouvernance et le savoir-faire et
encore moins en comparaison avec le nombre de recherches publiées dans
les revues mondiales pertinentes dont le nombre dépasse deux mille,
notamment celles publiées dans les livres des résumés périodiques. En
réalité, rares sont les revues algériennes qui méritent de porter le
qualificatif de «pertinentes».
Il faut souligner un certain imbroglio répandu autour du fait que les
sciences humaines et sociales devront être reléguées au rang des
commodités superflues dont on peut se passer, de l'avis de certains, ou
comme disait le philosophe, feu Mohamed Aziz El Ahbabi, elles ne sont
que «verbiage», se référant à ce qu'il qualifie de «détails» qui
dominent l'essentiel, et au fait également que la préoccupation majeure
devra être orientée vers les mathématiques, la physique et les sciences
naturelles.
Cette orientation est sans nul doute erronée puisqu’elle découle de
l'impact produit par l'aspect apparent et direct de la modernité et du
progrès scientifique et technologique, après le choc provoqué par
l'occupation française de l'Algérie et la prise de conscience
douloureuse du fossé qui nous sépare des industries et des technologies
des pays en provenance d’autres contrées. Ceci est exact. Cependant, aux
Etats-Unis d'Amérique et en Europe de l'Ouest, le progrès ne s'est pas
limité à ces seuls domaines, mais il était et reste encore un progrès
sur tous les fronts.
En effet, la preuve est que nous nous appuyons aujourd'hui sur des
études faites par ces pays, sur notre histoire et notre société et que
nous avons besoin d'expertise, plus particulièrement, d'une
bibliographie et d'éclaircissements émanant des chercheurs en matière de
politique, de culture et d'éducation concernant l'Algérie. Le progrès
scientifique ne peut se réaliser en séparant les branches et les
domaines de la connaissance où les méthodes, les découvertes et les
résultats interagissent entre eux. Dans l'arbre de la science, il ne
peut exister de branches «méprisables», d'autres «respectables». En
effet, Mohammed Arkoun a signalé la faiblesse des recherches dans le
domaine des sciences religieuses, dont la majeure partie n’atteint guère
le niveau de celles qui avaient prévalu au cours du quatrième siècle de
l'hégire. Il est nécessaire d'ajouter que l'institution universitaire
qui est apparue en Algérie, pour la première fois en Afrique du Nord en
1909, était étrangère aux Algériens, à l'exception d'une minorité ne
dépassant guère, jusqu'en 1962, les 3,8% du nombre total d'étudiants
européens. De plus, l'université qui est aujourd'hui attribuée à
l'Algérie mérite d'être qualifiée de «nationale», après la grande
réforme introduite par le défunt ministre de l'Enseignement supérieur,
Mohamed Seddik Benyahia, à la fin des années 1970 du siècle dernier,
digne d'être considéré comme le père de l'université algérienne
nationale.
L'histoire de la création de certaines universités réputées pour leur
excellence dans la recherche scientifique, les inventions et les
découvertes montre qu'elles remontent à plus de cinq siècles, alors que
d'autres universités dans les régions arabes et islamiques ont cessé
d'exister ou sont restées figées. Parmi les universités célèbres, nous
citons : l'université de Cambridge fondée en 1209, l'université d'Oxford
créée en 1167 en Grande-Bretagne — ces deux universités avaient
dispensé, trois siècles auparavant, un enseignement religieux et
relevaient de l'Eglise —, l'université de Rostock en Allemagne fondée en
1419 et enfin l'université de Berkeley. Il s'avère inutile de verser
dans la polémique à propos du classement des universités, suscitée par
Shanghai ou Berkeley, et à laquelle les instances académiques de
l'université d'Alger, la première et la plus ancienne ou celle de Bab
Ezzouar, rétorquent que le niveau de la formation supérieure dans notre
pays reflète, en tout état de cause, la réalité culturelle et sociale
ainsi que l'écart qui sépare l'Algérie des pays leaders.
Le rattrapage ou la réduction de cet écart requiert de la part de
l'élite politique et scientifique un effort concerté à long et à moyen
terme, accompagné d'une volonté de construire le progrès. C'est l'être
humain qui crée les ressources et les moyens et non l'inverse. Or,
toutes les fois que la question est posée à l'un d'eux à propos de la
faiblesse du produit universitaire, la réponse donnée a trait le plus
souvent à l'insuffisance de moyens et du budget, etc.
Compte tenu de l'évolution effrénée des technologies modernes, il existe
une relation entre les différentes étapes de l'enseignement et la
formation professionnelle, en ce sens que la formation des travailleurs
et des fonctionnaires compétents et leur apprentissage aux différents
métiers leur permettent d'évoluer dans leurs spécialités qui se comptent
par milliers, y compris dans l'industrie artisanale.
L'écart dans le secteur de la formation professionnelle est probablement
aussi important que celui constaté dans les cycles de l'enseignement à
tous les niveaux qui transparaît à travers la médiocrité des produits et
la lenteur des délais de réalisation.
M. L. O. K.
(A suivre)

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