LA CHRONIQUE DE BOUDJEMAA MEZIANE: Gun ? No, thanks !

Lesoir; le Mercredi 26 Decembre 2012
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Dans le pays de la Liberté, on canarde des chérubins au nom de la sacrosainte liberté de posséder, de porter des armes et de s'en servir, soi-disant pour se protéger. Dans les pays où les armes sont en principe interdites, ce sont les Etats, seuls détenteurs de permis de tuer, qui bombardent leurs populations et les torturent. Dans les pays «civilisés», le nombre de morts par balles va bientôt rejoindre celui des victimes de la route ou celui du tabac contre lequel on prétend lutter simplement en augmentant le prix du paquet de clopes. En réalité, ce sont les Etats et en particulier ceux qui fabriquent et vendent des armes (Etats-Unis, Chine, Russie, France, Grande-Bretagne, Italie...) qui sont les premiers responsables des désordres et de la violence dans le monde. En second seulement viennent les Etats utilisateurs. Le pire, c'est que les pays avancés ont atteint un niveau de développement qui leur permet de se protéger ; seul le rebut de l'humanité paye le prix fort et ce sont malheureusement ses cris et ses protestations qui indignent le monde civilisé et bien-pensant. Il n'y a aucune raison, à mes yeux, de croire que les hommes vont un jour devenir raisonnables et bons et justes : ces vertus doivent faire l'objet d'une conquête quotidienne. Bien sûr, l'humanité a beaucoup gagné en progrès et en lumière, mais chaque progrès nous renvoie plus loin dans notre barbarie et nos égoïsmes, et cette barbarie n'est malheureusement pas le triste apanage d'une engeance particulière : elle est parfaitement partagée. Nous avons seulement fabriqué les filtres qui permettent de la rendre moins frappante : de savantes compromissions. L'image de l'enfant à la trompette (auparavant, ce fut celle d'une cantatrice en herbe, une merveille absolue) est certes émouvante et je confesse que j'ai eu des picotements aux yeux. Nous devons tous tout faire, à notre niveau et avec nos petits moyens, pour qu'au moins une majorité d'enfants dans le monde puisse jouer de la trompette, du violon ou du piano ou simplement apprennent à lire et à écrire, aient de l'eau potable et leur ration alimentaire quotidienne : c'est l'une des rares façons de sauver leurs petites âmes de la dévastation organisée par les adultes civilisés et marchands d'armes qui comptent sur ce sinistre commerce pour équilibrer leurs balances commerciales. C'est exactement comme l'environnement : on n'est même pas d'accord sur le diagnostic (c'est l'activité humaine qui empoisonne l'atmosphère). Quant à lutter contre l'empoisonnement, les égoïsmes triomphent et les raouts périodiques n'y changeront rien. Lorsque je vois l'aspect que prend en chaque mois de décembre, la fièvre du sacre de l'Enfant, je me dis que la manipulation est souveraine et que nous y apportons notre contribution. Le jour où les enfants de Gaza ou d'Alep ou de Tombouctou joueront de la trompette devant un public attentif et émerveillé, il sera possible de parler d'humanité. Pour le moment, il suffirait qu'ils ne reçoivent pas d'obus sur la tête. Pardon, en ces temps de lumière, de grâce et de joie de venir avec une telle gravité rappeler l'envers du décor : il y a toujours une certaine culpabilité à être heureux au milieu des souffrances. Sans qu'il y ait de la responsabilité de chacun d'entre nous en particulier, il y a toujours une responsabilité collective. La vie n'est pas un mille-feuille fait de tranches superposées, elle est un tout dont les éléments se tiennent, comme les doigts de la main ou tout simplement comme n'importe quel organisme vivant : la vie, comme la mort, le traverse tout entier. Paix sur terre à tous les hommes de bonne volonté et paix et joie pour tous les enfants du monde. Meilleurs vœux de bonheur, de santé et de réussite !
B. M.

Categorie(s): voxpopuli

Auteur(s): B. M.

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