LA MÉMOIRE ET LE COMBAT DE ABANE RAMDANE ÉVOQUÉS DANS UNE RENCONTRE ORGANISÉE À TIZI-OUZOU: La vérité sur l’assassinat de l’architecte du Congrès de la Soummam, un tabou ?

Lesoir; le Jeudi 27 Decembre 2012
2

La vérité sur l’assassinat, avant ou après l’indépendance, de certaines figures de la Révolution et de la guerre de Libération nationale, à l’instar de Abane Ramdane, est-elle en passe de devenir une sorte de tabou originel qu’il n’est pas bon d’évoquer au risque de diviser les Algériens ?
Si elle ne fâche pas encore, puisque l’assassinat de Abane, comme
beaucoup d’autres acteurs de la guerre, par ses compagnons de lutte est
du domaine public et que beaucoup de noms impliqués dans la liquidation
de ce personnage-clé de la révolution sont évoqués publiquement et dans
certains manuels d’histoire, la question divise. Au point, chose
inédite, de soulever une petite controverse opposant ceux qui
considèrent que la divulgation de ce genre de crimes politiques est un
acte qui contribue à la paix des mémoires et à la connaissance de la
vérité sur l’histoire de la Révolution et ceux pour qui poser ce genre
de question relève de la subversion qui peut nuire à la cohésion
nationale et diviser les Algériens. Des positionnements et des clivages
qui ont surpris plus d’un, venus assister à la rencontre organisée en
hommage à Abane Ramdane à la Maison de la culture de Tizi-Ouzou par le
comité du village Azouza, l’Organisation nationale des Moudjahidine, la
Direction de la culture et l’A.P.C de L-N-Irathène. «J’aurai aimé que le
débat s’ouvre sur la vie, le combat et sur l’héritage de Abane Ramdane
et non sur son assassinat», dira Ali Abane, l’un des neveux de A.
Ramdane pour qui les circonstances et les noms de ceux qui sont
impliqués dans son assassinat «relèvent du domaine public.» Et à un
autre neveu de Abane de renchérir : «parler de son assassinat qui n’est
pas un secret, est un débat stérile. Le vrai débat est de se
réapproprier son héritage intellectuel, ses idées et son combat pour
permettre à l’Algérie d’avancer. Cessez de poser les questions qui
divisent les Algériens», dira le parent de Abane s’adressant à la salle,
sur un ton excédé. Le débat en restera là, puisque ni Ali Haroun,
présent dans la salle et interpellé sur l’implication ou non des
services secrets égyptiens qui auraient inspiré l’assassinat de Abane,
ni d’autres anciens moudjahidine n’ont donné suite à une question qui
n’arrête pas de brûler les lèvres et d’agiter l’opinion depuis des
années et qui s’interroge toujours sur les noms de ceux qui ont
assassiné celui sur qui tout le monde est d’accord pour dire qu’il a été
l’architecte du Congrès de la Soummam et celui qui a donné son second
souffle à la Révolution. Ali Abane qui parlera de la vie et du parcours
révolutionnaire de son oncle paternel, aura ces mots qui donnent un
aperçu sur son profil psychologique: «Abane Ramdane était un homme
déterminé », témoignera-t-il. « Il avait une conscience éveillée pour
l’indépendance de son pays, dès son jeune âge, attitude qu’il a
manifestée et par laquelle il s’est fait remarquer au lycée de Blida, à
Larbaâ-Nath-Irathène et lors de l’exercice de ses fonctions de
secrétaire de Mairie où il avait des démêlés avec l’administrateur. »,
dira encore Ali Abane qui témoignera du charisme, de l’intelligence et
des capacités de leader et d’organisateur de Abane. Dès sa sortie de
prison et son arrivée à Alger, il a réussi à relancer la Révolution sur
les plans logistique, politique et organisationnel ; il a réussi à
unifier les rangs de la Révolution, à unir les partis politiques
algériens autour de l’objectif commun qui était l’indépendance de
l’Algérie. Il était le père des institutions de la Révolution dont il a
empêché la désintégration grâce à l’organisation qu’il a imprimée à
celle-ci.», dira encore l’orateur qui reviendra sur l’épisode de la
fameuse réunion du CNRA au Caire d’où Abane reviendra amer et dépité il
reviendra aussi sur les divergences qui l’opposaient aux membres du CCE
qui lui ont valu sa liquidation «parce qu’il gênait les intérêts de ses
adversaires au sein de la révolution. » Sur son prétendu autoritarisme
comme cela lui a été reproché, Ali Abane est catégorique : «Il n’a rien
d’un dictateur, il était plutôt intransigeant et avait un
franc-parler.», Ajoutant : «Ceux qui l’ont tué ont commis une erreur.»
Ouali Ait Ahmed, ex-officier de l’ALN, qualifiera Abane de «personnage
monumental ». L’Algérie a raté un virage historique avec son
assassinat», regrettera l’ancien moudjahid qui était intarissable sur
les qualités de« visionnaire et maître à penser de la Révolution »
qu’était Abane qui se gaussait de ceux qui faisaient la promotion d’une
République algérienne islamique. «Une idée à laquelle ne croyaient même
pas ses concepteurs», plaisanta Si Ouali qui qualifia de honteux,
l’hommage rendu par François Hollande à Messali Hadj et aux ennemis de
la Révolution, alors qu’il a occulté les vrais héros qu’étaient Ben
Mhidi, Abane, Amirouche, Lotfi… dans son discours prononcé dernièrement
à l’APN. Invité à témoigner, Ali Haroun évoquera le révolutionnaire
talentueux, pétri de qualité qu’était Abane «Un visionnaire qui voyait
loin. Les idées contenues dans la plateforme de la Soummam étaient
faites pour le futur de l’Algérie mais malheureusement non appliquées »,
regrettera Ali Haroun qui témoignera encore de l’état d’esprit de Abane
de retour du congrès du CNRA qui s’était tenu au Caire et où Abane était
mis en minorité. «La plateforme de la Soummam était modifiée au congrès
du CNRA du Caire et on ne l’avait appris, témoignera l’ex-membre du HCA,
qu’après l’indépendance.» Moh Clichy, un ancien de l’OS de la Fédération
de France du FLN apportera un témoignage précieux sur Abane qui était
derrière la structuration de la 7e wilaya. Les actions menées par cette
organisation et qui avaient déplacé la guerre dans la métropole étaient
conformes aux instructions et directives de Abane et qui ont été suivies
jusqu’à 1962. Les actions de guérillas menées sur le territoire français
suite aux directives de Abane Ramdane ont déstabilisé le gouvernement
français qui a été obligé d’ouvrir les négociations avec le GPRA, selon
le même orateur.
S. Ait Mébarek

Categorie(s): actualités

Auteur(s): S. Aït Mébarek

Commentaires
 

Vous devez vous connecter avant de pouvoir poster un commentaire ..