Le capitaine Abdel-Illah, victime des purges de la Wilaya IV

Lesoir; le Jeudi 18 Decembre 2014
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Par son fils, Benaoum Lahcen
En complément à l’article du président de l’association du MALG, M. Daho
Ould Kablia, sur le rôle du GPRA et du MALG en date du 11 décembre 2014,
dans les colones du Soir d’Algérie, je voudrais apporter quelques
éléments d’information complémentaires sur le parcours du militant et
combattant le capitaine Abdel-Illah, chef de la Zone 7, Wilaya V, ainsi
que sur son exécution, cité dans cet article. Le capitaine Abdel-Illah a
milité dès son jeune âge au sein du mouvement national, PPA et MTLD,
pour être ensuite le plus jeune membre de l’Oranais de l’Organisation
spéciale (OS). Il a côtoyé ses aînés dans la clandestinité, entre autres
Souidani Boudjemaâ, Benaoum Benzarga, ce dernier étant le chauffeur du
fameux commando de l’attaque de la poste d’Oran en 1949. Depuis cette
période, le capitaine Abdel-Illah s’est enrôlé dans le mouvement
national et la préparation de la lutte armée.
Le 20 novembre 1954 s’est tenue une réunion en présence de 8 militants à
El Bordj, une localité près de Mascara, chez Benkablia Medjahed, un
militant et théologien, dit le Badissi, pour activer les contacts avec
les responsables de la Révolution. Abdel-Illah était mandaté par ses
pairs pour se rendre dans la région de Tlemcen, prendre attache avec les
responsables de la Wilaya V et se procurer des armes. Le contact eut
lieu avec Larbi Ben M’hidi et Boussouf dans la région de Tlemecen, à Aïn
Medra, pour porter à la connaissance des dirigeants de la Wilaya V
l’achèvement des préparatifs de la Révolution et qu’ils étaient prêts à
recevoir les armes nécessaires pour organiser le maquis Mascaréen. Une
dizaine de personnes ont rejoint Abdel-Illah ce jour-là pour cette
mission. Les responsables de la Wilaya V, tout en acceptant les demandes
de Abdel-Illah, confièrent la tâche à Zahdour, dit Yamani Abdel-Khalek,
lequel, accompagné par la suite d’une soixantaine d’hommes chargés
d’armements provenant du premier chargement du bateau appelé Dina,
arriva dans la région en août 1956. (Source : le livre de Maître Saïd
Benabdellah Une époque et ses paradoxes).
A noter qu’à cette époque de la préparation, Abdel-Illah était le seul
contact avec les responsables de la Wilaya V.
En 1955, Abdel-Illah installa la première cellule du FLN au lieu-dit
café Zitouna, à Baba Ali Mascara. Le café existe toujours dans ce
quartier populaire de Mascara. A cette date, Abdel-Illah était déjà à la
tête de l’organisation politico-militaire de la région de Mascara, qui
relevait en ce temps du maquis du secteur V, qui devient après le
Congrès de la Soumam , les Zones 6 et 7 de la Wilaya V.
En juin 1956, il reçoit des instructions pour rejoindre le maquis avec
une poignée de militants de la première heure. Il fut nommé chef de la
4e région du secteur V sous le commandement de Abdel-Khalek, région qui
s’étendait de Frenda, Aflou, la limite de Saïda, Tissemsilt et une
partie de l’Oursenis (Mallab, Maknassa) à la limite de la Wilaya IV.
C’étaient là les frontières de la 4e région.
La première mission de Abdel-Illah était de permettre une première
pénétration de l’ALN dans la Wilaya de Tiaret, d’arriver à l’Ouarsenis
et faire jonction avec la Wilaya IV.
Après plusieurs jours de la pénétration de l’ALN dans les maquis de
Tiaret, l’arrivée à Matmata (Malaâb) de Abdel-Illah et ses compagnons a
été marquée par le contact de Si Mhamed (chef de zone à cette date, puis
chef de la Wilaya IV par la suite) et la mission conjointe des deux
wilayas pour éradiquer un certain Masmoudi et ses milices estimés à
l’époque à 150 hommes, considérés comme corrosifs pour la bonne marche
de la Révolution. Leur chef était investi d’une mission par les services
militaires français pour infiltrer l’ALN et le FLN et entraver la
progression de la Révolution dans ces contrées lointaines de l’Ouersenis.
Une première réunion a eu lieu entre Abdel-illah et Si Mhamed à Mallab,
en présence de Si Otmane et Si Tarik, pour arrêter un plan afin d’isoler
Masmoudi de son armée et éparpiller ses membres dans les sections de l’ALN.
Ainsi se termina l’affaire Masmoudi. La jonction avec la Wilaya IV a été
établie et chacun a commencé à opérer dans son territoire respectif,
suivant les dispositions hiérarchiques avec une entente parfaite entre
les responsables. Avec le temps, il y eut des incidents entre les
différents responsables des deux Wilayas, IV et V, des confrontations
qui résultaient d’une mésentente entre ces derniers. Cela avait pour
cause (d’après les livres du capitaine Abderahmane Ni haine ni passion
et du Commandant Sekhri Histoire de la Wilaya IV :
- une conception hiérarchique différente dans les deux wilayas ;
- des problèmes d’armements, la IV reprochant à la V d’avoir subtilisé
un lot d’armements qui lui était destiné ;
- le manque de dialogue entre les différents responsables, compte tenu
de l’éloignement des chefs de wilaya.
En 1959, Abdel-Illah était à la tête de la Zone 7 Wilaya V, limitrophe
avec la Wilaya IV. Si Mohamed était Cdt de la Wilaya IV. Selon le livre
de Mohamed Harbi Le FLN Mirage et réalité, en page 391 annexe VI «cadres
supérieurs victimes des purges internes», le capitaine Abdel-Illah a été
tué sur ordre du commandant Si Mohamed Wilaya IV, qui l’accusait d’avoir
soutenu les partisans de l’accord avec de Gaulle. L’exécution s’est
faite en novembre 1959, d’après le message adressé par le commandement
de la Zone 6 parvenu au SRL de la Wilaya V, faisant part de cette
exécution citée dans cet article par M. Daho Ould Kablia et la réaction
positive du colonel Lotfi suite à cette exécution de trop en donnant
l’ordre à ce responsable de la Zone 6 de prendre les mesures nécessaires
afin de stopper ces massacres dans les rangs de L’ALN, cités aussi dans
cet article. Je rappelle par ailleurs quelques dates de cette période :
la rencontre avec de Gaulle à l’Elysée a eu lieu le 10 juin 1960 avec
une délégation de la Wilaya IV, composée de son chef Si Salah, et de ses
deux adjoints, les commandants Si Lakhdar et Si Mohamed, l’ordonnateur
de l’exécution du capitaine Abdel-Illah, au mois de novembre 1959.
Cette rencontre avec le général de Gaulle a eu lieu 6 mois et 11 jours
après l’exécution du capitaine Abdel-Illah en présence du commandant Si
Mohamed.
Nous laissons le verdict à l’Histoire qui jugera les bienfaits et les
méfaits de chacun. Enfin, après cet épisode sombre de notre histoire, il
me semble qu’il est temps de réhabiliter la mémoire de ces vaillants
officiers de l’ALN à titre posthume pour tout les sacrifices qu’ils ont
faits pour la Révolution algérienne.
B. L.

Categorie(s): contribution

Auteur(s): B. L.

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