LE SOIR DU CENTRE

Lesoir; le Mercredi 26 Decembre 2012
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UNVERSITÉ DE BOUMERDÈS
Wahiba, la puissance de la vie qui transcende un handicap majeur
«Pour mes études, mon handicap n’est pas un problème, » nous
dit-elle. Il y avait de la douceur mais aussi de la force et de
l’assurance dans sa voix.
Pourtant elle est née, il y a 30 ans sans jamais avoir vu la lumière du
jour. Après avoir reçu, il y a quelques années, des mains du Président
de la République sa licence en langue anglaise, Wahiba Temouh,
nonvoyante, a une autre fois enchanté les membres du jury qui lui a
attribué un 17,5 pour sa soutenance au magistère de langue anglaise. De
plus, ce jury proposera à l’Université M’hamed-Bougara de Boumerdès (UMBB)
de la récompenser avec un prix honorifique dans le domaine de la
recherche. «Nous sommes très fiers d’avoir décerné ce diplôme à Wahiba.
C’est la première fois de ma carrière que j’examine un candidat
non-voyant. J’ai relevé la qualité du travail de recherche accompli. Il
aura fallu à la candidate un d’énormes efforts et une grande
détermination pour élaborer un travail d’une telle qualité,» dira le
professeur Hamid Bensaoudi de l’Université d’Annaba qui présidait, ce
lundi, le jury dans lequel siégeaient également les professeurs Si
Abderrahmane Arab de l’UMBB et Salah Bouregbi de l’Université de
Bouzaréah. Saliha Zouane, Karima Benhamid et Mme Merdas du département
des langues étrangères de l’UMBB était fières de leur étudiante. De son
côté, Mohamed Aliouet, doyen de la faculté des sciences (FS) de l’UMBB,
a, exceptionnellement, tenu à assister à cette soutenance. «C’est la
première fois qu’un non-voyant soutient un magistère dans notre
faculté,» dira-t-il. «Wahiba est une véritable force de la nature. Elle
a des capacités mémorielles prodigieuses. C’est ce qui lui a permis de
faire son travail, » pense d’elle Mme Zouane. Wahiba a décroché sa
licence à l’Université de Blida qui ne disposait pas à l’époque de la
filière de magistère en langue anglaise. Elle était donc obligée de
venir régulièrement de Boufarik jusqu’à Boumerdès pour poursuivre ses
études. Lors du concours national des cours théoriques, elle est sortie
major de promotion, avec en sus la meilleure note des cinq promotions
qui ont précédé la sienne. Pour l’obtention de son diplôme, son
promoteur Si Abderrahmane Arab lui a choisi un thème pointu qui
nécessite une culture générale et surtout la réalisation de travaux de
recherche sur la littérature anglaise. «La vision féministe de George
Bernard Shaw,» tel est l’intitulé de cette thèse. Trois œuvres – Mrs
warren’s profession, Man and Superman et Pygmalion — de cet écrivain et
dramaturge anglais, qui a vécu la transition entre les 19e et 20e
siècles, ont été l’objet de ses recherches. «Ces ouvrages sont analysés
en utilisant les trois théories que sont la théorie marxisme-léninisme,
la théorie gynoécocentriste et la théorie socialisteféministe » lit-on
dans la présentation de cette thèse. Modestes et réservés, Yacine,
étudiant à l’EPAU, Nacer, pilote d’avions, ses deux frères, ainsi que sa
sœur enseignante à l’université étaient fiers d’elle. Pour le papa,
fonctionnaire à la retraite, tout le mérite revient à la maman qui a su
veiller sur ses enfants. Wahiba n’a pas, depuis sa naissance, la vue que
nous avons tous, mais elle a assez d’intelligence et de détermination
pour éclairer bien des gens.
Abachi L.

Categorie(s): régions

Auteur(s): Abachi L.

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