Les choses de la vie: Peut-on vivre sans printemps ?

Lesoir; le Jeudi 5 Decembre 2013
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Par Maâmar Farah
maamarfarah20@yahoo.fr
Au
début, nous pensions que l’été indien, ce long intervalle qui prolonge
la belle saison au-delà des limites imposées par le calendrier, allait
faire quelques embardées supplémentaires, piétinant les plates-bandes de
l’automne, avant de s’essouffler sur les premières pentes d'octobre. Non
! L’été indien, plus vigoureux que jamais, a poussé, poussé. Jusqu'à fin
novembre. Et, sans crier gare, voilà l'hiver qui arrive en trombes,
bousculant un automne dont on se demande si jamais il a existé ! Et,
dans quelques mois, les naïfs qui attendront le retour du printemps
seront bien servis : on passera directement d'un hiver tardif à un été
torride !
Mince alors, mais où sont passées les quatre saisons ? Jadis, la
Méditerranée était connue pour ses quatre saisons, contrairement aux
autres régions aux climats extrêmes. Les météorologues sont désorientés.
Ils font appel aux climatologues pour nous expliquer un phénomène qui
doit être sérieusement étudié, et pas seulement «traduit» au jour le
jour pour les profanes que nous sommes, à partir des cartes satellites.
Il y a un dérèglement sérieux, c’est sûr ! Ce ne sont pas les
habituelles surprises du vendredi où la pluie inattendue gâche le
pique-nique, ni les petites perturbations que l’on accueille avec le
sourire : il y a un problème assez grave et il nous faut plus qu’un
bulletin météo pour en saisir toute la complexité. En effet, si le
météorologue interroge le ciel pour nous dire s’il va faire beau ou
mauvais le lendemain, il est incapable de nous donner des explications
satisfaisantes sur le long cours. Bien sûr, nos météorologues ont
tendance à nous rassurer. C’est l’anticyclone des Açores... Oui, pas de
doute. Cet anticyclone est devenu aussi populaire que n’importe quelle
marque de lessive. Ou alors, l’air glacial provenant du pôle Nord a été
stoppé dans sa progression vers l’Europe. Habituellement, il se baladait
sans problème ; mais, cette année, il a dû attraper un rhume et s’est
retrouvé au lit... El Niño. Qui ne connaît pas El Niño, petit bambin
joufflu comme un cumulus, léger comme un zéphyr, mais méchant comme une
vague d’ouragan. Non, ce n’est pas El Niño... Et puis, il faut faire
vite avant la pub et le journal ! Conclusion optimiste : le climat
tempéré reviendra bientôt...
Mais si, effectivement, pluies et neiges de «saison» nous réconcilient
avec monsieur Hiver, des spécialistes anglais nous prédisent des années
à venir plus chaudes encore que tout ce que nous avons vu cette décennie
et la précédente ! Une vérité déjà : dix des douze dernières années sont
les plus chaudes depuis 1850. Et puis, il y a les tempêtes, les
ouragans, les typhons, les cyclones, de plus en plus meurtriers.
Accompagnés de tsunamis destructeurs, ces phénomènes imprévisibles font
des ravages et laissent des régions entièrement dévastées. Par ailleurs,
un fait inquiétant est en train d’alerter les experts en climat, mais
aussi les écolos et les industriels du tourisme et des sports de
montagne. Les glaciers sont en train de fondre d’une manière
inquiétante. Selon une étude publiée par l’agence de l’ONU pour
l’environnement, 30 glaciers de référence ont perdu environ 66
centimètres d’épaisseur en moyenne en une année. Mais la perte depuis
trente ans est de l’ordre de 10,5 mètres ! Prévision des climatologues :
les glaciers des Alpes disparaîtront d’ici 2050 ! En Afrique du Nord, le
désert avance plus vite que prévu et les spécialistes prédisent que le
Sahara gagnera une centaine de kilomètres dans quelques décennies,
installant sable et désolation sur une zone connue actuellement comme
étant la steppe et les Hauts-Plateaux. Autant dire que le Sahara sera
aux portes de la Méditerranée dans certaines régions. Saluons quand même
la décision du gouvernement algérien de lancer un second barrage vert,
même si elle a trop tardé...
Cela fait longtemps que la presse aborde les excès du climat qui
laissent des bilans catastrophiques. Mais, préoccupés par des problèmes
plus terre-à-terre, les humains ne prêtaient guère attention à ces
constats alarmants, et encore moins aux avertissements des spécialistes
nous invitant à limiter l’émission de certains gaz dits «à effet de
serre» et à changer nos habitudes de vie.
Cependant, ces mêmes experts n’arrivent pas à se mettre d’accord sur la
cause de ces changements déroutants du climat. La politique, en
s’invitant dans leur débat, les empêche de désigner le même coupable.
Résultat : la communauté scientifique se divise en deux. Le premier camp
affirme que le réchauffement, comme le refroidissement, sont des cycles
naturels et que, si la Terre se trouve aujourd’hui dans une situation de
redoux, ce n’est la faute de personne. Et de nous citer des phases
similaires qui ont jalonné l’histoire de notre planète.
Le second camp est plus catégorique : il n’y a rien de naturel dans la
dégradation actuelle. L’homme en est responsable. L’effet de serre qui
fait pousser les températures et déstabilise les saisons est le résultat
des émissions de gaz divers. Cela va des vapeurs dégagées par les
activités industrielles au gaz carbonique de nos voitures, en passant
par d’autres types d’émanations provenant des climatiseurs, des
réfrigérateurs, et même des petites bombes aérosol que nous utilisons
quotidiennement. Certains pays sont montrés du doigt. Les Etats-Unis
d’Amérique apparaissent comme le principal pollueur de la planète. Mais
il y a aussi d’autres nations qui participent activement à la
dégradation de la couche d’ozone et à l’effet de serre. Nous citerons,
par exemple, la Chine qui, pour faire fonctionner son gigantesque parc
industriel, a besoin d’énormes quantités de matières polluantes, à
l’instar des produits énergétiques. Son taux de croissance époustouflant
est l’arbre qui cache la forêt.
Il faut plus que l’alarmisme des climatologues pour gagner cette
nouvelle guerre contre le réchauffement du climat, menace mortelle pour
la Terre. L’implication des politiques est une nécessité absolue en ces
temps où l’ultralibéralisme installe une forte mentalité de profit qui
tourne le dos aux questions écologiques. Pourtant, les opinions
paraissent plus sensibilisées que jamais par la cause de la nature. De
par ses effets sur leur vie quotidienne, ce réchauffement n’est plus une
vue de l’esprit ou un sujet réservé à l’élite scientifique. Les pouvoirs
politiques, très liés aux milieux industriels, ne sont pas connus pour
être des adeptes de la protection de l’environnement.
Au moment où les armes tonnent plus que jamais, avalant les centaines de
milliards de dollars, il est scandaleux que les gouvernements concernés
ne trouvent pas l’argent nécessaire pour la protection de
l’environnement. Le chemin est encore long. Mais puisse ce climat
totalement déboussolé, — où les quatre saisons montrent parfois le bout
de leur nez en une seule journée —, donner à réfléchir aux décideurs. La
planète bleue n’appartient pas seulement à notre génération.
Elle est aussi le bien de nos enfants et de nos petits-enfants. Dans
quel état allons-nous la leur léguer ? Réfléchissons-y tous ensemble et
mobilisons-nous pour que les saisons retrouvent leur cycle naturel.
Ainsi, les enfants pourront voir de leurs propres yeux ce qu'ils
apprennent dans les livres : oui, les feuilles mortes sont le signe de
l'automne et le printemps est bel et bien la saison de la nature en
éveil, des fleurs égayant les champs et des papillons virevoltant dans
les prés. Cependant, au rythme où vont les choses, ce rêve semble
irréalisable car la voracité du capitalisme, poussé de plus en plus vers
ses extrêmes par une Droite plus injuste que jamais et une Gauche
désormais alliée du grand capital, fera en sorte que la nature
continuera d'être dévastée, donnant libre cours aux folies du climat et
à ses furies meurtrières.
M. F.

Categorie(s): chronique du jour

Auteur(s): M. F.

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