LES ISLAMISTES ANNONCENT LEUR VICTOIRE AU RÉFÉRENDUM SUR LA CONSTITUTION EN ÉGYPTE: Le passage en force des Frères musulmans

Lesoir; le Lundi 24 Decembre 2012
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L’Egypte est plus que jamais à la croisée des chemins. Hier, les Frères musulmans, qui dirigent désormais le pays, ont accompli la deuxième phase du passage en force pour imposer une nouvelle constitution inspirée de la Charia. Le parti au pouvoir, le Parti pour la liberté et la justice, branche politique de la confrérie, et la presse gouvernementale de la même obédience ont annoncé, hier, une large victoire du «oui» au référendum sur la Constitution.
Kamel Amarni - Alger (Le Soir) - La deuxième phase de ce vote tenue
samedi dernier dans dix-sept gouvernorats a ainsi conforté les résultats
de la première phase du 15 décembre dernier. L’annonce des résultats
officiels est, certes, attendue pour aujourd’hui lundi. Mais d’ores et
déjà, le parti de Mohamed Morsi et sa presse annoncent 64% de suffrages
favorables à la nouvelle Constitution, avec un taux de participation
estimé à 31%. Le PLJ se permet même de commenter la victoire anticipée :
«Le peuple égyptien continue sa marche vers la finalisation de la
construction d’un Etat démocratique moderne après avoir tourné la page
de l’oppression.» Ce à quoi réplique l’opposition laïque, fédérée dans
le Front du salut national, par le rejet pur et simple de ses résultats
«qui sont dus à la fraude, aux violences et aux irrégularités », a
expliqué l’un de ses dirigeants lors d’une conférence de presse. Une
opposition qui annonce sa décision consistant à faire appel et de saisir
la haute commission chargée de superviser le référendum. Un référendum
qui divise l’Egypte comme jamais et dont le processus connaît des pics
dangereux d’affrontements de rue, entre les deux camps dont les plus
sanglants, début décembre, avaient fait 8 morts. La confrontation risque
de connaître une dangereuse escalade avec cet entêtement du président
Morsi et de ses troupes islamistes à mener l’opération jusqu’au bout, en
dépit du rejet violent exprimé par l’autre moitié du pays, de la
démission du procureur général de l’Egypte, imité par le vice-président
et la détermination du Front du salut national à la faire avorter. Selon
le FNS, le texte constitutionnel controversé est «restrictif, répressif
et ne respecte pas la diversité de l’Egypte». Ce qui est tout à fait
vrai, du reste. Faisant de la duplicité dans le discours et la
propension à la traîtrise leur seconde doctrine, depuis l’émergence de
leur mouvement en 1928, dans la ville d’Ismaïlia, le mouvement des
Frères musulmans de Hassan El Bana, le plus ancien, le plus structuré et
le plus dangereux de tous les mouvements islamistes, est en train
d’accomplir, en cette fin 2012, ce qu’il a toujours fait : abattre
définitivement l’opposition laïque avec laquelle il s’était un moment
allié après la chute de Moubarak, exactement de la même manière avec
laquelle il s’était allié avec l’armée qu’il laminera par la suite, et,
auparavant encore avec Moubarak contre la gauche, Sous Anouar Sadat, les
Frères avaient scellé une alliance avec le «Raïs» contre l’extrême
gauche et les communistes, avant de l’assassiner en 1981. Ils avaient
également soutenu Gamal Abdenasser contre le roi Farouk en 1952. C’était
la tentative d’assassinat ratée contre Abdenasser qui leur a valu la
plus grande vague de répression de leur histoire, 20 000 d’entre eux
finiront en prison et leur leader, Said Kotb, condamné à mort et
exécuté. C’est dire à qui les démocrates égyptiens ont réellement
affaire. Des islamistes foncièrement fanatiques et qui, en plus,
agissent pour la première fois de leur histoire en position de force !

K. A.

Categorie(s): actualités

Auteur(s): K. A.

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