LOUNIS AÏT MENGUELLET HONORÉ À TIZI-OUZOU: Un hommage superlatif

Lesoir; le Mardi 25 Decembre 2012
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Les journées d’étude organisées dernièrement par la direction de la culture autour de la vie et de l’œuvre de Lounis Aït Menguellet ont permis de revisiter le parcours artistique et poétique de l’artiste qui a été salué en des termes élogieux par des universitaires, artistes et le grand public, venus nombreux assister à cet événement.
Un hommage superlatif et en majuscules lui a été rendu par beaucoup
de personnalités qui l’ont côtoyé et accompagné dans son parcours et qui
ont vu en lui l’incarnation du poète chanteur qui a donné ses lettres de
noblesse à la chanson et à la poésie d’expression kabyle qu’il a hissées
au rang de l’universalité. Du coup, d’aucuns comme Hacène Hirèche,
enseignant à l’université Paris 8 (France), n’ont pas hésité à appeler
les responsables politiques et de l’institution culturelle à tout faire
pour rendre possible la consécration de Lounis Aït Menguellet par le
prix Nobel de littérature. «Si le prix Nobel de littérature devait être
décerné un jour à un auteur algérien, il ne le sera que pour Lounis Aït
Menguellet», dira, convaincu, Hacène Hirèche avec la fougue de
l’admirateur sans se départir, pour autant, de la lucidité du chercheur
qui doit s’astreindre à l’objectivité. Ce à quoi il s’est attaché dans
sa conférence donnée la veille et où il s’est livré à un essai d’analyse
d’un poème chanté d’Aït Menguellet. Idurar(les montagnes) est un poème à
travers lequel l’artiste jette un regard contemplatif sur son
environnement (la montagne) qui l’a vu naître. «Avec à la fois passion
et recul, le poète, qui aime à regarder simplement les montagnes du
pays, la solidité des falaises, la permanence des arbres, l’écoulement
de l’eau, collectionne les images à travers lesquelles il nous rappelle
les valeurs qui fondent l’univers kabyle, un univers où sont ancrés les
mythes fondateurs de l’Algérie, de l’Afrique du Nord», analyse le
conférencier pour qui le poète «nous offre une éblouissante illustration
dont les hommes s’abreuvent de leur environnement pour vivre et donner à
voir leur identité et leurs émotions. Là, le regard du poète devient, à
la fois, celui de l’analyste, du sociologue, du philosophe…» Pour leur
part, Flici Kahina, Saïd Chemmakh, tous deux enseignants à l’université
de Tizi-Ouzou, et Allaoua Rabhi, auteur d’une thèse de doctorat sur le
répertoire chanté d’Aït Menguellet et enseignant à l’université de
Béjaïa, ont pris part à ce colloque où, selon la problématique élaborée
pour cette rencontre, «il sera question d’étudier les formes
d’intertextualité présentes dans l’œuvre poétique du poète, ainsi que
l’adaptation dans certains de ses textes». A travers la démarche
analytique d’ensemble, ce sont de nouvelles pistes qui sont proposées
pour la lecture et la compréhension de la poésie d’Aït Menguellet. Le
deuxième jour de cet hommage a été consacré à des témoignages. Des
artistes, des amis et des parents du chanteur sont venus dire avec
beaucoup d’émotion et de vérité sur le parcours de l’artiste dont le
monde a salué le talent et le mérite. Taleb Rabah, Akli Yahiatène, Kamal
Hamadi, Nouara, Rabah Asma et bien d’autres se sont relayés pour dire
tout le bien qu’ils pensent du poète chanteur «qui, raconte Rabah Asma,
a bercé mon enfance» et qui a toujours témoigné «respect et
reconnaissance aux anciens», dira Taleb Rabah, l’un des représentants de
la première génération de chanteurs kabyles. Mais c’est son cousin
Ouahab Aït Menguellet, son cousin et maire actuel de la ville de
Tizi-Ouzou qui a parlé avec beaucoup d’émotion de celui dont il se dit
fier d’avoir participé à l’éclosion et au démarrage de la carrière.
«J’étais convaincu, il y a 40 ans, que Lounis irait loin et qu’il
mènerait loin la chanson kabyle», dira l’actuel maire de la capitale du
Djurdjura, qui rapportera beaucoup d’anecdotes sur les débuts
artistiques de son cousin, Lounis. «C’est à Oran que Lounis enregistrera
son premier disque, chez un chanteur sétifien établi à Oran et
propriétaire de la maison de disques Alhan Al Djazaïr. Celui-ci
n’hésitera pas à accepter d’enregistrer la chanson que j’ai ramenée par
des moyens détournés de la Chaîne II de la Radio nationale grâce à
l’aide de Abdelmadjid Bali, producteur et animateur bien connu de
l’émission enfantine au sein de cette chaîne. Le choix de la ville
d’Oran est venu suite à la condition imposée par l’éditeur algérois
Oasis qui voulait que Lounis chante des textes mélangeant l’arabe et le
kabyle. Ce que nous avons refusé, Lounis et moi», racontera avec
beaucoup d’émotion Ouahab Aït Menguellet qui s’est dit fier d’avoir été
dans l’éclosion de la carrière de son cousin chez qui il dit avoir
décelé, il y a 40 ans, les prémices d’un chanteur et d’un poète qui
marquera son époque et qui enrichira le répertoire lyrique et la poésie
d’expression kabyle.
S. Aït Mebarek

Categorie(s): culture

Auteur(s): S. Aït Mébarek

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