MANDELA EST MORT: L’humanité orpheline

Lesoir; le Samedi 7 Decembre 2013
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Il a fêté ses 95 ans en juillet. Nelson Mandela a
tiré sa révérence ; il ne s’est pas éteint car les grands hommes ne
s’éteignent pas. «Je suis Algérien, disait-il en reconnaissance à
l’Algérie d’alors.»
Il restera vivant et son combat un exemple pour tous les hommes épris de
liberté et de justice. Il a tant donné : les plus belles années de sa
vie - dont 27 ans en détention - pour son combat contre la forme la plus
abjecte de domination des peuples, l’Apartheid, qui a fait de son pays
une vaste prison pour les populations noires.
Sa victoire et celle de son peuple acquises, il devient le premier
président Noir d’Afrique du Sud. Avec l’élégance qui caractérise
justement les grands hommes, il quitte le pouvoir et ne s’y accroche pas
comme une sangsue, cette espèce si répandue en ces temps qui courent !
Le combat de Mandela va rencontrer dans le début des années soixante,
celui de la lutte algérienne pour la libération nationale.
Si le système de domination coloniale en Algérie diffère de l’Apartheid,
leur socle à tous les deux est identique : domination d’êtres humains
par d’autres ; spoliations, racisme, massacres, assassinats… Le jeune
avocat qu’était devenu Nelson Mandela, qui militait déjà en tant
qu’étudiant contre l’Apartheid, accompagné de Robert Reisha, futur
représentant de l’Afrique du Sud en Algérie indépendante, fut envoyé par
l’ANC (Congrès national africain) pour rencontrer des responsables de l’ALN,
quittant pour ce faire clandestinement l’Afrique du Sud. L’ANC était
alors à un tournant dans sa lutte anti-Apartheid.
Face aux exactions répétées des tenants du pouvoir raciste, suite aux
très nombreux massacres perpétrés à Soweto, Sharpeville… et aux
multiples assassinats de militants, l’organisation a décidé d’une autre
étape de son action en passant de la lutte non violente à la lutte
armée.
Le mouvement national algérien ayant connu ce passage, il devenait
important pour les combattants sud-africains de se rapprocher et de
profiter de l’expérience algérienne.
C’est ainsi qu’accueillis très secrètement dans la zone de l’Etat-major
Ouest, ils auront, raconte Nourredine Djoudi, qui fut l’interprète et le
témoin privilégié de cette rencontre et plus tard ambassadeur d’Algérie
à Pretoria, à s’informer, des journées et des nuits durant, auprès de
Cherif Belkacem et antérieurement avec Chewki Mostefaï et Mohamed Lamari,
des questions liées «à la préparation des conditions nécessaires au
déclenchement de la lutte armée : choix rigoureux et formation des
premiers combattants, stockage des armes, des munitions, des aliments et
des médicaments…».
Et à propos justement de la formation, l’Algérie s’engage alors à former
les combattants de l’armée anti-Apartheid d’Afrique du Sud alors même
que le pays était encore sous domination française. A l’indépendance,
Ben Bella invite Mandela en 1962 au défilé militaire.
Financement de l’ANC et ouverture de camps d’entraînement militaire pour
les combattants sud-africains sont alors fournis ou mis à disposition.

La mise sous les verrous en 1964 par les autorités de Pretoria de
Mandela et sa condamnation à la prison à vie ne vont pas faire fléchir
le soutien et l’assistance de l’Algérie au combat anti-Apartheid. A sa
libération en 1990, après 27 ans d’enfermement, Mandela se souviendra de
ce que l’Algérie a apporté à son combat et à celui de son peuple.
Il consacre sa 1re visite à notre pays, cette même année 1990 et déclare
alors : «Je suis algérien, je suis arabe, je suis musulman», poursuivant
qu’il a été le premier Sud-Africain à avoir été entraîné aux armes en
Algérie. «Quand je suis rentré dans mon pays pour affronter l’Apartheid,
je me suis senti plus fort.»
Khedidja Baba Ahmed

Categorie(s): actualités

Auteur(s): Khedidja Baba Ahmed

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