Quel avenir pour le partenariat franco-algérien ?

Lesoir; le Mardi 25 Decembre 2012
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Les questions
économiques ont toujours été au centre des relations franco-algériennes.
Un partenariat d’égal à égal reste possible, tout en faisant le travail
de mémoire. Cependant, pour réussir ce partenariat, il convient de
laisser de côté le marketing politique et reconnaître la réalité du
terrain.
LA SITUATION FINANCIÈRE DE LA FRANCE
Le mardi 9 octobre, les députés français se sont prononcés en faveur
du pacte budgétaire européen TSCG (Traité sur la stabilité, la
coordination et la gouvernance) pour sortir de la crise. Ce Pacte
budgétaire impose aux États signataires de limiter à 0,5 % du PIB leur
déficit structurel, c’est-à-dire le déficit hors mesures exceptionnelles
et temporaires. Les économistes français estiment que leur gouvernement
doit trouver 30 milliards d’économies supplémentaires pour respecter ses
engagements. En signant le TSCG, l’Etat français aurait perdu une petite
partie de sa souveraineté, car il est contraint d’accepter des contrôles
en amont. En clair, il doit soumettre au Conseil européen (non élu) son
projet de loi de finances et son projet d’émissions de dette. S’il ne
respecte pas ses engagements, il paiera une amende qui pourrait
atteindre 0,1 % du PIB. Et dans le cas où il ne trouve pas de solution,
il risque de brader les services publics au privé. D’autre part, la
France paie annuellement près de 50 milliards d’intérêts aux banques
privées. En effet, l'article 123 du Traité de Lisbonne, entré en vigueur
le 1er décembre 2009, interdit à la Banque centrale européenne (financée
par les Etats) d'accorder des crédits aux autorités publiques et aux
entreprises publiques. La Banque centrale européenne prête aux banques
privées des sommes colossales à taux d’intérêt de 1 %, puis cet argent
est prêté aux Etats à un taux d’intérêt atteignant 6 % ! Pour les
Français qui cherchent une solution durable à la crise, la renégociation
des traités européens s’avère inévitable. La renégociation du pacte
budgétaire et de l'article 123 du Traité de Lisbonne permettrait au
gouvernement français de régler ses problèmes budgétaires. Sinon, la
situation financière de la France doit susciter beaucoup de points
d’interrogation chez le partenaire algérien qui veut des investissements
durables et socialement responsables. Il faut admettre que dans l’état
actuel, il sera difficile pour le gouvernement français d’investir ou
d’encourager massivement les investissements à long terme, même sur son
sol, car le pacte budgétaire européen exige des solutions rapides.
LE DÉFI DE L'ÉCONOMIE ALGÉRIENNE
Parfois, on a l’impression que notre partenaire européen essaie de
nous enfumer. L’Etat algérien n’a aucun intérêt à s’engager dans des
unions supranationales, sous prétexte de faciliter la mobilité des
personnes et les échanges commerciaux. Les Algériens ne tiennent
absolument pas à ce que les lois votées par l'Assemblée algérienne
soient dictées par des étrangers qui siègent quelque part en
Méditerranée. Pour réussir un partenariat avec l’Algérie, le partenaire
européen doit avant tout cesser de prendre la République algérienne pour
une monarchie pétrolière qui dit oui à tout. Toutefois, reconnaissons
que certains politiciens français essaient tant bien que mal de
construire un partenariat d’égal à égal avec l’Algérie et de rompre avec
les banques qui pourrissent l’économie de leur pays. Le partenaire
français a des opportunités d’investissement importantes en Algérie,
aussi bien dans le secteur industriel que dans le secteur technologique.
En effet, le gouvernement algérien s’apprête à débloquer plus de 200
milliards de dollars pour faire décoller l’économie algérienne. Le
projet de construction d’un pôle de biotechnologie, l’investissement
dans les énergies renouvelables et le plan de relance du secteur
agricole sont autant de marqueurs révélateurs de ses ambitions. Le défi
est sérieux, mais il faut avouer que l’économie algérienne a peu de
chances de réussir son décollage tant que la bureaucratie et la
corruption continuent de pénaliser la société algérienne.
Belhaouari Benkhedda, universitaire

Categorie(s): voxpopuli

Auteur(s): lesoir

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