VOYAGE CULINAIRE: Mokh echeikh ou la cervelle des petites gens

Lesoir; le Samedi 29 Decembre 2012
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Par H.
Belkadi
A travers notre voyage culinaire de cette semaine, nous allons
découvrir un autre plat de saison, toujours à base de semoule et qui se
cuisine dans toutes les régions d’Algérie, particulièrement dans les
campagnes où la saison du froid se fait ressentir fortement. Nous allons
découvrir ensemble «mokh echeikh», une fondue à base de semoule.Il tient son nom d’une histoire que nos grands-mères nous
racontaient durant les soirées d’hiver autour du «kanoun». Grands et
petits écoutaient avec une attention particulière la fameuse «hjaïet
Mokh echeikh», ce vieil homme pauvre et malheureux qui parvenait à peine
à faire vivre sa femme et sa fille. Cette dernière était revenue à la
maison de ses parents car sa belle-famille l’avait renvoyée à cause de
sa stérilité. Ainsi, le vieux père sortait tôt le matin pour ne revenir
qu’à la nuit tombée en ramenant avec lui de maigres provisions pour le
dîner familial. Alors, sa vieille femme s’empressait de voir ce que
contenait le couffin que son mari avait déposé sur la table basse de la
cuisine. Ce jour-là, comme les autres jours, il ne contenait pas
grand-chose et il fallait comme de coutume ruser et improviser pour
cuisiner un plat avec les modestes provisions qu’elle avait sous la main
: quelques oignons et un petit sac de semoule. Qu’allait-elle bien
pouvoir faire avec si peu de choses ! Tant bien que mal, elle se met à
son «fourneau». Elle se dirige vers la cuisine et va voir ce qui lui
reste des provisions de la semaine et se réjouit de voir qu’il y a
encore quelques courgettes ramollies, deux gousses d’ail, un peu d’huile
au fond de la petite bouteille en verre que lui avait donnée sa voisine.
Elle se met alors au travail et commence par gratter les courgettes qui
plient sous le couteau. Elles ne sont plus fermes. Alors, elle décide de
les forer et de récupérer la pulpe. Elle confectionne une sauce rouge
avec les épices qu’elle garde en réserve. Lorsque le plat est cuit, elle
s’étonne de constater qu’il ressemble fortement au plat de cervelle de
mouton qu’elle avait un jour mangé durant l’Aïd el Adha passé chez ses
oncles il y a bien longtemps de cela et dont le goût lui était resté
jusqu’à ce jour encore. C’est ainsi qu’elle lui donna le nom de «Mokh
echeikh».

Categorie(s): soirmagazine

Auteur(s): lesoir

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