Alger s’est invitée au Centre Les Glycines, L’urbanisme dans tous ses états

Liberte; le Mardi 30 Juin 2015
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“Si tu veux connaître ma ville...” C’est le thème de la conférence organisée au centre Les Glycines, à Alger, et animée par Halim Faïdi, architecte, urbaniste et scénographe.
Dans la soirée du 28 juin, les participants, rassemblés dans le jardin du centre, ont eu droit à un véritable “voyage aérien”.
Rehaussé de petites bougies et entouré d’arbres et de verdure, l’endroit, envahi par les étudiants et enseignants de l’École polytechnique d’architecture et d’urbanisme (Epau), offrait un visage accueillant et avait quelque chose de magique. On se serait cru dans une séance de cinéma muet, sauf que le film, qui est en réalité la projection de cartes, de plans, de dessins et de photographies aériennes, commenté par M. Faïdi, s’est transformé en une sorte de “promenade” dans la ville d’Alger et ses différents recoins. Pendant plus de deux heures, l’enfant d’El-Biar a su accrocher son auditoire, accompagnant son exposé de témoignages, de rappels historiques, mais parfois de blagues ou d’expressions algéroises croustillantes, qui ont le pouvoir de détendre l’atmosphère et de maintenir intacte l’attention des nombreux participants. Cela, sans cesser de faire le va-et-vient entre le passé culturo-architectural et un présent, devenu inquiétant dans l’ensemble.
Dans son intervention, l’animateur n’a rien lâché au hasard, s’interrogeant sur “le projet de société”, plaidant pour “le retour de la mosquée à sa vocation première” et pour celui de “la mixité fonctionnelle et sociale” de la ville, se désolant de la disparition de la mer de la vue de ses habitants, de la démolition de l’immeuble La Parisienne et de la casse dont est victime La Casbah. “La Casbah d’Alger est un concentré de mémoires ; ce n’est pas un musée mais un quartier d’Alger qui est en train de tomber”, a-t-il déclaré, appelant à la protection de ces mémoires. “Mon passé est dans mon présent et mon avenir est dans mon présent”, dira-t-il encore, en notant que “l’architecture est faite pour marquer le temps”. Plus loin, l’architecte s’en est pris, notamment, aux cités-dortoirs et aux cités AADL, qu’il a qualifiées de “bâtiments obsolètes” qui masquent “l’identification” et qui donneront “des intégrismes plus tard”. Il a aussi fait état des dysfonctionnements sur le terrain, citant le cas des trottoirs “non homogènes”, l’inaccessibilité de la ville aux handicapés, l’anarchie des commerces disposés “n’importe où”.
À propos de la construction des trémies, l’intervenant a estimé qu’elles sont “des accélérateurs de flux”, en regrettant l’inexistence de véritable “régulation des flux”. Tout cela est le résultat, selon lui, de l’absence de concertation et de communication.
Concernant le rapport étroit entre Alger et la mer, M. Faïdi remarquera que “la mer est un territoire pacificateur”, sans omettre les bienfaits de l’iode. D’après lui, les incohérences dans la ville viennent du fait que l’on ne distingue pas le milieu urbain du milieu rural et parce que “des ruraux gèrent la ville”. “Dans le milieu urbain, 70% du territoire est un territoire de partage et seuls 30% sont un territoire privé fait de maisons, de jardins, etc.”, a soutenu l’auteur de la rénovation des Galeries algériennes d’Alger, tout en rappelant tous ces espaces squattés et “colonisés” par des citoyens et commerçants, sous le prétexte qu’ils leur appartiennent.  
Pour rappel, M. Faïdi, diplômé de l’Epau, a reçu en 2002 le Prix national d’architecture et d’urbanisme et le Prix du président de la République pour la conception du nouveau siège du ministère des Affaires étrangères à Alger.

H.A.

Categorie(s): actualité

Auteur(s): Ameyar Hafida

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