Alors que le président bouteflika ne s’est pas prononcé sur le traité d’amitié, Saïdani jette un pavé dans les relations algéro-françaises

Liberte; le Lundi 22 Janvier 2007
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Le président de l'APN, Amar Saïdani, a tenté de remettre sur le tapis l'arlésienne des relations algéro-françaises, le traité d'amitié, que les deux pays devaient signer au plus tard en 2005, mais qui est toujours en souffrance.Saïdani s'est donné un rôle d'éclaireur auprès de son homologue français Jean-Louis Debré, fidèle parmi les fidèles de Jacques Chirac, en affirmant que la signature de ce traité, censé graver dans le marbre pour toujours l'amitié franco-algérienne, était “possible” avant la fin du présent quinquennat de Jacques Chirac. “C'est possible, si la France fait un effort”, a-t-il toutefois précisé prudemment dans une déclaration à l'AFP, sans que l'on sache que si son propos relevait du ballon d'essai ou du “wishfull thinking” (un espoir propre à M. Saïdani). Il en a même rajouté en affirmant que l'occasion était “unique”, dans la mesure où les deux pays doivent affronter en mai prochain des élections législatives qui pourraient modifier la composition de leurs Parlements respectifs. M. Saïdani qui accompagnait Jean-Louis Debré pour une visite de la région de Djanet, a même déclaré : “M. Chirac comme M. Bouteflika sont des hommes sages. Pour les Algériens, ce sont deux présidents historiques”, qui ont tous deux pris part au conflit précédant l'Indépendance de l'Algérie en 1962, a fait valoir M. Saïdani. Si le traité n'était pas signé avant la fin du mandat de M. Chirac et avant les législatives de mai en Algérie, “la signature sera reportée pour encore longtemps”, a-t-il encore affirmé, ajoutant que “les Algériens font toujours confiance au président Chirac”. Pour positive qu'elle soit, la signature du traité d'amitié entre Alger et Paris avant la fin du mandat de Chirac reste une option pour le moins invraisemblable. Amar Saïdani a-t-il oublié que c'est précisément parce que la France n'a pas voulu faire “cet effort” tant réclamé par l'Algérie de reconnaître les crimes qu'elle a commis entre 1830 et 1962 en Algérie que ce traité a été rangé aux oubliettes ? Hier, ni le chef de l'État algérien ni le président de l'Assemblée française n'ont évoqué la question très controversée du traité d'amitié.À la fin de l'audience marathon de Bouteflika avec la délégation parlementaire conduite par Jean-Louis Debré, les deux hommes se sont refusés, malgré l'insistance des journalistes, à aborder ce sujet. Connaissant les sorties imprévisibles et impromptues du président de l'APN, il est à se demander si cette nouvelle sortie médiatique ne relève pas de l'absence de maîtrise des dossiers. N'avait-il pas suggéré, en juin dernier, un projet de révision constitutionnelle ne limitant pas le nombre de mandats présidentiels et garantissant l'immunité à vie au président de la République ? En affirmant que si ce traité n'est pas signé avant la fin du mandat de Chirac, “la signature sera reportée encore pour longtemps”, Amar Saïdani a visiblement décidé que les perspectives avec la France s'arrêtent en avril prochain ! Autrement dit, pour lui, le traité d'amitié n'a aucune chance d'être signé durant le mandat du successeur de Chirac à l'Élysée, faisant allusion peut-être à une possible victoire du candidat de l'UMP (droite au pouvoir), Nicolas Sarkozy qui n'est pas favorable à la signature d'un traité d'amitié entre l'Algérie et la France. L'actuel ministre français de l'Intérieur ne s'en est d'ailleurs pas caché. Lors de son dernier voyage en novembre en Algérie, Nicolas Sarkozy avait notamment affirmé qu'il avait “toujours pensé que l'amitié n'avait pas besoin d'être gravée dans le marbre d'un traité”. Amar Saïdani n'a pas également hésité à lier le sort du traité d'amitié à la tenue des législatives en Algérie alors que les observateurs politiques s'accordent à dire que ce scrutin n'aura pas un grand impact sur les équilibres au sein du pouvoir en Algérie, encore moins en France. Aussi qu'est-ce qui fait dire au président de l'APN que “les Algériens font confiance au président Chirac” ? Certes Amar Saïdani est officiellement président de l'Assemblée nationale, lieu de représentation des Algériens, mais cela l'autorise-t-il pour autant à engager le peuple algérien sur une position de politique intérieure française. Quand on sait que le traité d'amitié avec la Turquie a été signé en deux temps trois mouvements, l'on est en droit de s'interroger si le traité d'amitié avec la France, qui traîne depuis des années, finira un jour par être signé. À moins que la sortie pour le moins surprenante de Saïdani soit destinée en réalité à faire impliquer l'Algérie dans la campagne présidentielle qui bat son plein actuellement en France et à manifester son soutien à une troisième candidature de Jacques Chirac qui n'a pas encore annoncé s'il briguait ou non un troisième mandat.Rafik Benkaci

Categorie(s): actualité

Auteur(s): Rédaction nationale

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