Forum de “Liberté” consacré à la Fac centrale d’Alger, Le collectif d’universitaires appelle à la sauvegarde du site

Liberte; le Mercredi 1 Juillet 2015
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Dans leurs interventions, les représentants du collectif n’ont eu de cesse de s’interroger sur le devenir du site historique de l’université d’Alger.
L’état des lieux de la Fac centrale d’Alger est inquiétant : “Dégradation des locaux et perte de collections” ; “absence de conditions de conservation” ; “risque d’anéantissement d’un patrimoine important, témoin de l’histoire de l’exploration de l’Algérie” ; “atteinte à la recherche et à la science” ; “mépris vis-à-vis des enseignants universitaires et de l’intelligence”… La sonnette d’alarme a été tirée par le collectif d’universitaires algériens, toutes générations et toutes spécialités confondues, dans la soirée du 29 juin, lors du Forum de Liberté. Dans leurs interventions, les représentants du collectif n’ont eu de cesse de s’interroger sur le devenir du site historique de l’université d’Alger. La géologue Fettouma Chikhi s’est étendue sur les “trésors” que recèle “l’unique université au XIXe siècle”, citant, notamment, les quatre salles de collections dédiées à la science et à la recherche, les nombreux ouvrages de la bibliothèque universitaire, dont certains datent de 1756, tous les travaux effectués, thèses comprises, les spécimens rassemblés et les revues collectionnées. Elle a également abordé le processus d’abandon de la Fac centrale d’Alger, entretenu depuis plusieurs années par les problèmes de “tutelle” et les menaces de déménagement. “Nous courons vers l’anéantissement de ce patrimoine, alors il faut faire vite pour le sauver”, a-telle averti. Le Pr Nadia Bouguedoura, spécialiste en biologie végétale, s’est, pour sa part, beaucoup attardée sur l’importance des “herbiers” réalisés par des scientifiques étrangers, puis complétés par ceux d’Algérie, dont certains remontent aux années 1900, voire bien avant, en insistant sur l’utilité des 160 000 planches de plantes d’Alger dans la recherche. Pour la conférencière, il urge de sauvegarder “les nombreux spécimens encore en bon état” et la direction actuelle de la recherche est capable, aujourd’hui, de contribuer à la réhabilitation de l’herbier et même de la bibliothèque, à travers un financement.
 
“Nous sommes dans une guerre de mémoires”
L’autre intervenante est la moudjahida Zoulikha Bekkadour. “L’université que j’ai connue en 1955 agonise aujourd’hui. Le jardin botanique est, quant à lui, à l’abandon. Pourtant, cette université de 5 hectares, devenue Fac centrale, avait accueilli des personnalités extraordinaires”, a-t-elle souligné. L’ancienne conservatrice de la bibliothèque de la Fac centrale, cette même bibliothèque, qui, à la veille de l’Indépendance du pays, avait été incendiée par l’OAS, a rappelé le dévouement du personnel à l’époque, pour sauver le maximum de livres. Refusant “la régression”, elle a déclaré que les Algériens, en particulier les universitaires, n’ont pas “le droit de se taire”, alors que des étudiants, tels que Rachid Amara, Abderrahmane Taleb et Maurice Audin, morts dans le combat libérateur, avaient fréquenté les bancs de “la doyenne des universités algériennes”. “En 1962, nous avons fait des prouesses alors que nous avions peu de moyens et de compétences. Pendant ces dernières 50 années, l’Algérie avait les moyens. Mais qu’a-t-on fait de cet argent ?”, s’est-elle demandée, avant d’ajouter : “Ce pays avait toutes les possibilités pour être l’exemple, mais la volonté politique n’existe pas. Ceux qui dirigent le pays ne l’aiment pas.”
Au cours du débat, d’autres membres du collectif se sont exprimés sur le sujet. Pour la sociologue Fatma Oussedik, la préservation d’un héritage de la période coloniale suscite des questions sur “le rapport du pouvoir avec l’université”. “Nous sommes dans une guerre sur la mémoire du pays, car défendre la société et la nation, c’est défendre ses mémoires”, a-t-elle indiqué. De son côté, l’historien Daho Djerbal est revenu sur l’ordre donné aux enseignants de se préparer à quitter les lieux, notant que “le pouvoir académique a été piétiné par le pouvoir administratif”. D’autres encore ont parlé de “rumeurs” et de “convoitises” sur le terrain
(5 hectares), ainsi que de l’idée d’installer une académie des sciences qui dépendrait de l’armée et d’autres structures sur “d’autres sites” de la Fac centrale. Mais, tous ont appelé au classement et à la sauvegarde l’université d’Alger (Fac centrale), comme “monument historique appartenant au patrimoine national” et à la réhabilitation du site dans sa vocation de “haut lieu de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique”. Enfin, Fettouma Chikhi a annoncé que des dossiers explicatifs de la situation, enrichis de propositions, ont été déposés aux ministères de l’Enseignement supérieur et de la Culture, ainsi qu’à la présidence de la République.

H. A.

Categorie(s): actualité

Auteur(s): Ameyar Hafida

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