Grande émotion hier à la Coupole Mohamed-Boudiaf, Sadi, l'adieu aux larmes…

Liberte; le Samedi 10 Mars 2012
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Lorsque Saïd Sadi, qui venait tout juste de clore son discours et d'annoncer le passage de témoin, va à sa rencontre, Ali Yahia Abdennour, malgré le poids de ses 91 piges et sa silhouette frêle, l'étreint et écrase une larme. L'image est fort émouvante pour deux personnages aux destins atypiques. L'emblème national sur les épaules, Saïd Sadi embrasse ses convives d'un jour, des représentants de partis marocains, tunisiens, un opposant syrien et d'autres figures venues lui témoigner leur gratitude. Des jeunes filles, des cadres du parti et même des députés contiennent difficilement leurs larmes. “Pourquoi quitte-t-il maintenant ?” se demande-t-on.Le geste a été d’autant émouvant que jamais, peut-être, dans les annales politiques algériennes, un dirigeant d’une formation politique n’a renoncé à son poste. D’où les interrogations. C'est qu'une nouvelle page venait de s'ouvrir. De s'écrire. On spéculait, on supputait et on s'interrogeait. “Que deviendrait le parti sans lui ?” Hier, à la coupole Mohamed-Boudiaf, décorée aux couleurs du parti, l'annonce par Saïd Sadi de son retrait de la présidence du RCD a fait l'effet d'un séisme au sein des militants et des cadres du parti. Hormis quelques initiés au parfum depuis la veille, bien avant pour d'autres, peu s'attendaient à ce coup d'éclat de leur président. Jusqu'au paragraphe consignant l'annonce, on ne désespérait pas de voir celui qui a présidé aux destinées du parti plus de deux décennies durant renoncer à sa décision déjà parvenue aux oreilles de plusieurs militants. Peine perdue. Aux congressistes, debout, qui manifestaient leur désaccord avec sa décision par des sifflements, il lance à la cantonade : “Il y a autant de Saïd Sadi qu'il y a de militants. C'est parce que des générations ont étouffé d'autres générations que l'Algérie est aujourd'hui dans une impasse historique.”C'est par cet argument et d'autres que Sadi a fini par avoir raison des dernières résistances, arrachant une standing-ovation à l'issue de son discours. Le représentant de l'opposition syrienne apporte de l'eau à son moulin. “Ne lui demandez pas de revenir sur sa décision. C'est une décision sage et un exemple pour tous les partis et le monde arabe”, déclare-t-il sous un tonnerre d'applaudissements. Pour l'ancien chef de gouvernement, sous Boudiaf, Sid-Ahmed Ghozali, “la décision est hautement politique”. “Ne perdons pas espoir !” ajoute-t-il. Cela suffit pour entendre entonner le fameux slogan cher aux démocrates. “Djazaïr hourra démocratia”. “Algérie, libre et démocratique”. Et les jeunes y tiennent, malgré les coups que leur parti ne cesse de recevoir. Déjà peu avant le début des travaux, la sonorisation a été subtilisée. “On a volé l'Algérie, donc la sono, ce n'est rien”, ironise Sadi. Les bus qui devaient acheminer les congressistes ont été bloqués quelque part, alors qu'un groupe de jeunes filles, se présentant comme une prétendue délégation de M'sila, a dû être refoulé à l'entrée, grâce à la vigilance des organisateurs. Un autre intrus, se présentant comme journaliste, mais refusant de décliner son identité, soupçonné appartenir aux RG, a été évacué manu militari de la salle. Désormais, déchargé de la présidence, Saïd Sadi veut rester militant. Car les défis sont encore nombreux. Même s'il dit qu'il se rendrait utile sur d'autres créneaux, il a déjà le mérite d'avoir animé la scène publique dans un environnement gagné par les renoncements et l'opportunisme. La place de la religion dans la cité, tamazight, l'abrogation du code de la famille, les droits de l'Homme, la résistance au terrorisme et le rééchelonnement de la dette sont désormais inscrits au registre des combats initiés et menés par le RCD. Alors, adieu aux larmes…
K K

Categorie(s): actualité

Auteur(s): Rédaction nationale

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