Il a été enterré jeudi au cimetière de garidi, Le journalisme algérien perd Abderrahmane Mahmoudi

Liberte; le Samedi 17 Fevrier 2007
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Abderrahmane Mahmoudi nous a quittés jeudi dernier pour rejoindre l’éternité. Son entourage familial et ses amis s’y attendaient un peu. Mais dans le même temps, ceux qui ont eu à le côtoyer à le “pratiquer”, comme votre humble serviteur, ont du mal à accepter sa subite disparition, tant cet homme au grand cœur, agitateur d’idées, incarnait la vitalité, la vivacité. La vie, tout court. Tout en se sachant condamné, Dahmane, en homme pugnace, rompu à toutes les batailles, n’a jamais abdiqué. Encore moins devant sa maladie qu’il prenait avec philosophie, recul, voire dérision. Entre deux séances de “chimio”, Dahmane trouvait souvent du ressort, du courage pour être au rendez-vous avec les lecteurs de son quotidien Le Jour d’Algérie. Histoire de leur donner le “ton”, la clé de lecture de la scène politique nationale dont il aura été un des observateurs les plus sagaces et les plus avisés. Les hasards du journalisme ont fait se croiser nos chemins en août 90, date à laquelle il venait de lancer avec Kamal Belkacem le premier hebdomadaire indépendant Le Nouvel Hebdo. Juste quelques mots de sa part, ponctués de son éternel sourire en coin, ont suffi pour me plonger dans cette passionnante “aventure intellectuelle”.L’expérience du Nouvel Hebdo avec son style en totale rupture avec les codes d’écriture convenus aura duré le temps des roses. C’est que le climat politique de l’époque n’était pas encore assez mûr pour un mariage de raison entre les porteurs d’idées et les porteurs de capitaux. Du coup, c’est le divorce. Une partie de l’équipe, Dahmane à sa tête, lance alors “à chaud” l’Hebdo Libéré qui, au bout de quelques numéros seulement, s’impose sur la scène médiatique et s’arrache dans les kiosques. Dans son nouvel habit de directeur de publication, avec les responsabilités de gestion que cela implique, Dahmane est resté lui-même, c’est-à-dire le journaliste, le copain de tous pour qui les notions de hiérarchie et de chefferie comptent si peu. Alors que notre pays venait de basculer dans la spirale de la violence islamo-terroriste, Dahmane imprime à l’Hebdo Libéré une ligne combattante, intransigeante et anti-islamiste qui transparaît chaque mercredi à travers ses éditos au vitriol. L’Hebdo Libéré, avec une équipe de choc, où se côtoyaient Aïssa Kheladi, Nadjib Stambouli, Rezki Metref, Maâchou Blidi, Mohamed Dorbane, K. Ben, Ali Habib, Leïla Heuraoua, Khadidja Zeghloul, Dalila Lakhdar, Mohamed Habili, se pose comme un bouclier de défense de la République contre le péril vert. Mais également contre tous les trafics, comme en témoignent les dossiers d’investigation sur ACT et surtout sur “les magistrats faussaires”. Cette ligne trop indépendante et trop audacieuse que Dahmane a imprimée à son journal à un prix que l’équipe ne tardera pas à payer de sa vie :  l’attentat contre le siège du journal à la rue Hassan-Khemissa en 1993. Bilan : 3 morts, Nadir, le frère de Dahmane qui succombera, le photographe Abdelkader Yacef et le chauffeur qui venait d’être recruté. Cet attentat était un message clair qui ne tarde pas à sonner le glas de l’Hebdo Libéré, acculé au silence. À la tête de cet hebdomadaire, Abderrahmane Mahmoudi a eu une attitude de combattant intransigeant dans ses positions, entier dans sa démarche. Car pour lui, le journalisme ce n’est pas fait pour ramasser de l’argent. Pour courir derrière la vaine gloriole. Pour Dahmane le journalisme est passion et convictions. Il incarnera à jamais pour ceux qui l’ont connu une façon de faire la presse proprement et honnêtement. Adieu l’ami. A. O.

Categorie(s): actualité

Auteur(s): Rédaction nationale

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