Il rentre d’exil et écrit à bouteflika, Le mea-culpa de l’ancien accusateur de Belkheir et Nezzar

Liberte; le Lundi 29 Janvier 2007
3

Profitant des garanties de la Charte pour la paix et la réconciliation nationale, il est rentré  au pays. Abderrahmane Mehdi Mosbah, ancien du FIS dissous, réfugié politique en France depuis 1994, n’est pas un inconnu puisque son parcours a marqué un des plus durs épisodes de la décennie 1990, particulièrement dans l’agitation anti-algérienne en France. En effet, son nom est lié à toute la campagne médiatique contre le régime et aux procès intentés contre les responsables algériens. Son parcours, qui démarre de l’université du Caroubier, alors qu’il était militant du FIS dissous, le mènera jusqu’au cœur du groupe du “Qui tue qui ?” en France. Ce jeune étudiant de Annaba a quitté l’Algérie en 1994 et obtenu le statut de réfugié politique une année après. Le motif, deux arrestations et un internement dans un camp du Sud. En pleine campagne du “Qui tue qui ?”, il rejoint vite les militants des droits de l’Homme, les associations gravitant autour de “la sale guerre”. Il intervient dans les médias, s’associe à toutes les pétitions et collabore aux éditions Hoggar de Abbas Aroua, notamment dans l’ouvrage collectif La Gangrène. Il a témoigné dans le procès intenté par Souadia contre le général Khaled Nezzar, alors ministre de la Défense et déposé une plainte contre le général Larbi Belkheir, directeur de cabinet à la présidence de la République et homme fort du régime, à l’instigation de “Justitia Universalis”, une association hollandaise présidée par un avocat algérien. Son témoignage sera repris dans un ouvrage sur le procès, Habib Souadia, le procès de la sale guerre, édité par La Découverte. Il a été coordinateur du comité de soutien au Dr Salaheddine Sidhoum. On retrouvera retracées également dans le détail ses deux détentions et ses accusations de mauvais traitement par les différents services de sécurité algériens dans un rapport publié en 2003 sur la torture en Algérie, intitulé Algérie, machine de guerre. C’est dire son poids et sa capacité à convaincre grâce à ses témoignages et ses entrées dans le monde des médias français. Avec ses acolytes, il a mené une campagne de déstabilisation soutenue par une frange de la classe politique française qui a entretenu le flou sur les auteurs des attentats et des massacres. Récemment revenu en Algérie, il a écrit une lettre dans laquelle il explique ses choix et son adhésion à la politique de réconciliation nationale. “En rendant un homme à sa famille, en prenant en charge les victimes du conflit ou en offrant une garantie de sécurité à ceux qui rendent les armes, l’État consolide l’ouvrage national en réconciliant chaque famille avec elle-même et par voie de conséquence avec l’État. En réconciliant la nation, l’État se réapproprie la légitimité et le peuple sa souveraineté.” Cette “sentence” n’est pas d’un homme politique faisant campagne pour le président de la République, mais d’un islamiste en exil qui se repent et fait son mea-culpa après avoir, des années durant, plaidé, crié et joué dans les forums, médias et associations en Europe contre l’Algérie, régime et responsables. Il reconnaît avoir milité contre son pays, mais avoue que son combat était pacifique, durant ses douze années d’exil. “En exil, j’ai milité pour que les principes des droits de l’Homme l’emportent sur l’arbitraire de tous les bords, par les seuls moyens légaux et pacifiques qu’encadrent les conventions internationales auxquelles adhère notre pays”, a confié Abderrahmane Mehdi Mosbah, puisque c’est de lui qu’il s’agit, tout en justifiant son choix de l’exil par la fuite de “la guerre”. Par affection, mais surtout conviction, il rentre au pays, dit-il, par devoir et par “choix politique”. “En tant que musulman, mais aussi en ma qualité de défenseur de la dignité humaine, il est vital que je soutienne ceux, parmi mes frères des deux côtés de la ligne de discorde, qui par le passé et à ce jour, œuvrent pour l’arrêt de l’effusion de sang”, lit-on dans la missive. Il entend également se présenter comme un exemple à suivre, notamment pour les réticents qui sont restés dans les maquis. “Aussi avais-je choisi de rentrer (…) pour dire à mes compatriotes, qui avaient emprunté la voie des armes, celle de la guerre, qu’un autre choix est désormais possible”, a-t-il écrit. Cette voie a permis, a-t-il précisé, “grâce aux efforts et la contribution d’Algériennes et d’Algériens sincères, à beaucoup de personnes dans ma situation de rejoindre leur famille en toute sécurité. D’autres ont été libérées des prisons, beaucoup de licenciés ont retrouvé leur poste de travail et des familles souffrant les pires famines ont été prises en charge par les instances gouvernementales”, affirme celui dont le nom a figuré dans la majorité des pétitions initiées en Europe durant la décennie du terrorisme et dénoncé l’option militaire dans la lutte contre les groupes armés.  “La lutte, rectifie-t-il enfin, est dans le strict cadre pacifique pour le changement, la pluralité et l’alternance politique.” Aussi dénonce-t-il ceux qui continuent “la tragédie nationale” et prolongent les souffrances des Algériens. “Je n’ignore pas que certains, le plus souvent pour de basses considérations personnelles dont la haine, la vengeance et l’ambition, préfèrent le statu quo à une quelconque évolution et prêchent contre toute vertu de notre religion, des principes humains et de l’intérêt général”, écrit-il encore en prenant position clairement : “Je tiens à leur signifier clairement mon désaccord, à les inviter à regarder leurs propres responsabilités. À faire preuve, en ce sens, de courage politique.” Le mérite, selon Mosbah, revient au président Bouteflika qui “s’est dévoué à cette rigoureuse tâche de réconciliation nationale”. Et d’apporter la preuve des assurances et garanties qui ont été offertes par la Charte pour la paix et la réconciliation nationale. “Ses résultats concrets, que l’humble témoin que je suis a pu vérifier de ses propres yeux, forcent le respect”, lit-on dans la lettre. Avant de rendre hommage et de saluer le président de la République. “Il appartient à cette humble voix citoyenne, comme à toutes les voix patriotiques justes de le saluer, le soutenir et l’encourager dans cette laborieuse, mais unique voie”, a-t-il conclu. Malgré le ton “militant et politique” de la lettre, le passage du retour en Algérie est décrit avec beaucoup d’émotion. Aujourd’hui, il rentre au pays avec un message sur fond de regret, mais surtout décidé à apporter sa contribution à la réussite de la réconciliation nationale. Il fait son mea-culpa, convaincu de s’être trompé.Djilali Benyoub

Categorie(s): actualité

Auteur(s): Rédaction nationale

Commentaires
 

Vous devez vous connecter avant de pouvoir poster un commentaire ..