L’audience reportée au 21 février, Al-Kadhafi prend en otage le procès Echourouk

Liberte; le Jeudi 15 Fevrier 2007
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En appel, le procès intenté par le Guide libyen contre le quotidien Echourouk El-Yaoumi, qui devait se tenir hier, a été reporté au 21 février prochain. Ce report est dû à deux motifs différents : un nouvel avocat de la défense s’étant constitué, il a demandé à avoir du temps pour prendre connaissance du dossier. Le second motif est d’un tout autre ordre. Arrivés devant la salle d’audience, les accusés d’Echourouk apprennent par un policier que la séance n’a pas commencé. Le magistrat, qui était pourtant dans la salle, s’impatienta et a déclaré les accusés absents. L’avocat de la défense les fera rentrer, mais “vu la tension, nous avons jugé qu’il serait plus utile de reporter le procès”, a indiqué Anis Rahmani, directeur de la rédaction du journal. Ce report, qui n’est pourtant pas volontaire, a mis le responsable de la publication dans l’embarras. Cela d’autant qu’il peut encore se reproduire (le report), prenant ainsi le journal en otage. C’est comme une peine avec sursis, et “on s’attend à tout à n’importe quel moment”, a indiqué notre interlocuteur.  Loin de vouloir faire de cette affaire une crise diplomatique entre l’Algérie et la Libye, le responsable de la rédaction du journal estime néanmoins qu’elle en charrie une du moment que d’anciens responsables algériens apportent leur soutien à la partie plaignante. Situation d’autant plus difficile à imaginer pour le responsable d’une publication qui ne cesse d’étonner avec sa tendance au professionnalisme qu’elle devrait logiquement et raisonnablement bénéficier de soutien et d’appui dans cette affaire qui n’est pas sans rappeler un certain sens de la fierté typiquement algérienne. La crainte aujourd’hui est qu’un tel procès fragilise toute la presse algérienne privée dont le cas d’Echourouk servira de leçon pour “ses adversaires”. Toutefois, il espère qu’on évite les pressions et qu’on laisse la justice faire son travail. Espoir peut-être aléatoire puisque la demande du témoignage des Touareg algériens introduite par la défense demeure suspendue. Il n’y a pas eu de refus catégorique, mais on estime, selon la réponse, qu’il n’est pas encore temps de faire appel à “leur avis”. Pour que cela aboutisse, considère M. Rahmani, il faut du courage politique et des garanties pour le magistrat. “Car, le témoignage des Touareg est clair”, a-t-il précisé. Une absence, volontaire ou pas, qui donne toute sa dimension politique à cette affaire. Parce qu’il s’agit avant tout, dans l’article mis en cause, de témoignages et de positions des Touareg algériens qui ont non seulement refusé, mais dénoncé la proposition d’Al-Kadhafi de création du Grand-Sahara. Et Al-Kadhafi ne manque par de propositions déstabilisatrices et de décisions surprenantes et inattendues. La plus récente a été celle d’instaurer le visa pour les ressortissants de l’UMA, proposition appuyée par un argumentaire pour le moins impromptu de son chef de la diplomatie. Des responsables algériens n’ont pas tardé également à afficher leurs soupçons quant à la sincérité de cette décision. Décodé : non seulement elle n’est pas innocente (pas neutre, dixit le ministre de l’Intérieur, Yazid Zerhouni), pas constructive, non plus. Une position qu’on retrouve parmi la presse algérienne, notamment Echourouk. Position qui lui a valu un dépôt d’une plainte, une lourde peine et un appel reporté.Djilali B.

Categorie(s): actualité

Auteur(s): Rédaction nationale

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