LE FCE FAIT LA RADIOSCOPIE DE L’ÉCONOMIE ALGÉRIENNE, Les politiques suivies ont mené à l’impasse

Liberte; le Jeudi 15 Mars 2012
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L’Algérie, qui devait vaincre le chômage dès les années 1980 et atteindre le niveau de développement de l’Espagne, est loin, très loin de ces objectifs arrêtés en 1966.L’économie algérienne a besoin de politiques structurelles. Notre pays a besoin de vision. Il faut relancer l’effort de prospective. Les politiques conduites depuis l’Indépendance semblent avoir mené les acteurs économiques nationaux à l’impasse. C’est du moins le constat dressé, hier, à l’ouverture du symposium : “De l’urgence d’une nouvelle politique économique moins dépendante des hydrocarbures”, organisé à l’hôtel El-Aurassi par le Forum des chefs d’entreprise et placé sous le signe du 50e anniversaire de l’Indépendance de notre pays. “Un tel débat nous a semblé opportun en étant ressenti comme un besoin de fond pour tous ceux qu’intéressent le devenir de l’économie algérienne”, a indiqué le président du Forum des chefs d’entreprise, Réda Hamiani. “Comment, en effet, après un demi-siècle de développement caractérisé incontestablement par d’importantes réalisations, mais aussi par des tâtonnements et des échecs, comment ne pas être tenté de s’arrêter un moment pour jeter un regard rétrospectif lucide sur nos réussites et sur nos échecs, et réfléchir à la voie la plus sûre pour poursuivre avec succès le développement de notre pays sans risque de rééditer nos erreurs passées”, précise M. Hamiani. En matière de conduite de politique économique, le tableau est plutôt sombre. L’Algérie, qui devait vaincre le chômage dès les années 1980 et atteindre le niveau de développement de l’Espagne, est loin, très loin de ces objectifs que s’était fixée la stratégie adoptée en 1966, relève le professeur Abdelmadjid Bouzidi dans sa communication, passant en revue les quatre périodes de politique économique, mettant en exergue les hésitations et les tâtonnements, fluctuant en fonction des prix du pétrole. M. Bouzidi estime que la croissance économique de 5%, aujourd’hui, est extensive, éphémère et coûteuse. Certes, le chômage a baissé mais son traitement est social et les emplois créés sont précaires. Le professeur Bouzidi parle, plutôt, de politique de gestion des chômeurs et du chômage. Abdelmadjid Bouzidi relève également l’absence de politique de l’offre. Les expériences réussies dans d’autres pays à travers le monde, révèlent, d’une façon encore plus forte, le retard que devrait combler notre pays. Chiffres à l’appui, Mouloud Hédir, conseiller au FCE, a montré le chemin qui reste à faire pour égaler les performances réalisées, en matière de croissance, des exportations de produits industriels, des politiques de diversification des exportations. Les Émirats arabes unis ont réussi à réduire la part des exportations d’hydrocarbures dans les recettes d’exportations totales de  88,3% en 1980 à 35% en 2010. En Égypte, la part des exportations des hydrocarbures est estimée à 34,5% en 2010 alors qu’elle était de 66,7%. En Indonésie, cette part était de 75,8% en 2008. Elle n’est que de 39,4% en 2010. En Algérie, la part des exportations d’hydrocarbures dans les recettes d’exportations totales a été de 98,6% en 2010 contre 98,9% en 1980. En d’autres termes, notre économie reste dépendante des hydrocarbures. Comment a-t-on fait pour nous retrouver dans ce piège ? Est-il normal que nous dépendions soit des énergies fossiles, soit des énergies renouvelables ? Sommes-nous incapables de produire autre chose ? Qui est responsable de cette situation ? s’interroge Omar Ramdane, président d’honneur du forum. “Nous sommes tous responsables. J’ose dire nous sommes tous devenus des rentiers, tout au moins nous avons accepté la logique de la rente. C’est cette logique de la rente qui nous procure le confort matériel et intellectuel”, regrette Omar Ramdane, soulignant l’urgence de sortir de cette logique. “Nous avons les moyens. Nous avons les hommes. Nous avons l’aisance financière pour compter sur nous-mêmes et élaborer une stratégie de développement et de croissance et faire émerger notre pays”, plaide Omar Ramdane. C’est le pari que fait le Forum des chefs d’entreprise en organisant le symposium et avançant 50 propositions pour contribuer à tracer les contours d’une démarche qui viserait à transformer notre économie en une économie moins dépendante des hydrocarbures. “Le forum a pris ses responsabilités. Nous nous engageons sur ce programme et nous sommes prêts à le défendre. Nous sommes convaincus que si nous faisons confiance à nos entreprises, à nos hommes d’affaires, à notre élite économique ici et à l’étranger, nous avons les moyens pour qu’au bout de 10 à 15 ans, nous puissions nous passer grandement de la rente des hydrocarbures”, insiste le président d’honneur du FCE, précisant que les membres de cette organisation se disent prêts à s’engager sur des objectifs, citant l’exemple des médicaments. “J’avais dit que nous étions tous responsables de cette situation de dépendance par rapport aux hydrocarbures, nous serions tous des irresponsables si demain nous ne nous engageons pas dans une nouvelle politique”, lance Omar Ramdane. Il est devenu patent aujourd’hui que les blocages dont souffre l’économie algérienne sont dus à un défaut de gouvernance : absence de vision économique, rôle non défini de la place de l’État dans la sphère économique, une administration démotivée et forcée à naviguer à vue, participation quasi inexistante des autres parties prenantes (entreprises, société civile…) dans les choix de politique économique.
M R

Categorie(s): actualité

Auteur(s): Rédaction nationale

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