Louisa Aït Hammadouche dans une conférence organisée par l’association RAJ, “L’Algérie est passée à la délibéralisation politique”

Liberte; le Lundi 6 Juillet 2015
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Les mouvements de protestation, en Algérie, ne contestent pas l’État, mais ils contestent beaucoup plus l’absence de l’État, exigeant, à titre illustratif, que les missions du wali et du maire, en tant que représentants des institutions de l’État, soient remplies.

Tel est le constat fait par l’enseignante-chercheure en sciences politiques Louisa Aït Hammadouche-Dris, lors de la conférence qu’elle a animée à Alger, dans la soirée de samedi à dimanche 4 et 5 juillet. Organisée par l’association Rassemblement actions jeunesse (Raj), à l’occasion de la célébration du 53e anniversaire de la fête de l’Indépendance et de la Jeunesse, la rencontre a permis à la politologue de s’exprimer sur “la construction néo-patrimoniale” de l’État algérien, une situation qui a généré, selon elle, “l’affaiblissement” de celui-ci.
L’État algérien, faisant partie du système patrimonial et donc du “système patriarcal”, se serait inscrit par la suite dans le “système néo-patrimonial” où la dimension moderne est mixée à celle plus traditionnelle et où le chef de l’État joue toujours un rôle prépondérant, en étant considéré comme “le père de la nation”. “Nous sommes dans un État où la sphère publique est partiellement privatisée par ceux qui le dirigent”, a indiqué Mme Aït Hammadouche. Cette dernière a en outre observé que “nous sommes dans l’allégeance traditionnelle” combinée aux “instruments modernes”, à l’exemple de la Constitution et des élections. Dans ce cadre, elle notera que depuis 53 ans à ce jour, le pays a eu “des chefs d’État, mais pas de présidents”, jouant plus ou moins de leur “charisme” et usant d’une “autorité historico-morale dans laquelle la légitimité historique était dominante”.
Une autorité qui, dans l’étape suivante, c’est-à-dire du temps de Zeroual, puis pendant le règne de Bouteflika, est “basée sur la sécurité”. Concernant l’allégeance “post traditionnelle”, qui s’appuie sur la clientélisation, elle a soutenu que c’est celle-ci qui mène vers l’affaiblissement de l’État, “car ce dernier est sur deux piliers, patrimonial et moderne”.
La politologue rappellera d’ailleurs la pratique de la politique de “paix sociale”, renforcée par “la clientélisation sélective” ayant pour but de créer “une société civile, financée, cooptée et soutenue” cohabitant avec une autre société civile qui, elle, cherche à s’autonomiser.
Sans oublier d’ajouter “la mise en rivalité” entre les acteurs modernes et les acteurs traditionnels. “Nous assistons à un émiettement progressif de l’arsenal institutionnel”, a déclaré la conférencière, justifiant l’affaiblissement de l’État moderne par celui des “3 pouvoirs institutionnels”, à savoir : les “acteurs” censés gouverner le pays sans  “cohérence gouvernementale”, le Parlement “qui ne légifère pas” et le pouvoir judiciaire devenu “une institution subordonnée”. Pour résumer l’Algérie de 53 ans, l’invitée de Raj a révélé que le pays est passé de “Bouteflika 1”, époque postindépendance se caractérisant par “la construction de la nation”, à “Bouteflika 2”, période de “la délibéralisation politique”. Au cours du débat, elle signalera que la construction d’un État moderne passe forcément par “l’établissement d’un contrat” entre la majorité de la population et l’élite au pouvoir, ainsi que par “l’autonomie de la société par rapport à l’État”. Aujourd’hui, dira-t-elle, “l’Algérie, qui a connu un seul système politique et plusieurs régimes, a besoin de changer de système politique”.

H. A.

Categorie(s): actualité

Auteur(s): Ameyar Hafida

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