M. Zaïm Bensaci, Président du Conseil National Consultatif pour la promotion des PME, à Liberté, “Pour plus de compétitivité, il faut un regroupement d’entreprises”

Liberte; le Mardi 30 Janvier 2007
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Reconduit à la tête du Conseil national consultatif pour la promotion des PME, M. Zaïm Bensaci aborde, dans cet entretien, un certain nombre de questions intéressant la vie des entreprises algériennes. Liberté : L’accord d’association signé entre notre pays et l’Union européenne a des implications considérables sur le tissu industriel algérien, particulièrement pour les PME.  Pouvez-vous nous en parler ?Zaïm Bensaci : Il importe, pour nous, que l’ouverture de notre économie se traduise par un surcroît de richesses et des perspectives nouvelles d’expansion pour nos entreprises. Force est de constater que celles-ci restent aujourd’hui en retrait par rapport à leurs concurrents européens tant au niveau de la compétitivité que du pouvoir innovant. Il faut craindre alors que l’ouverture prévue de notre marché ne se traduise par une perte de capacités productives et d’emplois. Prévoyant cette situation, les pouvoirs publics, de concert avec l’Union européenne, ont lancé un ambitieux programme de mise à niveau des PME. Justement. Quelles appréciations portez-vous sur le programme de l’eurodéveloppement PME pour la mise à niveau ?À notre avis, ce programme, dont la nécessité est indiscutable, n’a pas eu de caractère structurant. S’agissant, en outre, de la mise en œuvre d’un processus complexe et exigeant, nous aspirons à améliorer continuellement le dispositif actuel et à œuvrer de sorte que les facteurs managériaux et technologiques à l’origine de certaines carences constatées soient mieux maîtrisés.Par ailleurs, ce programme a peut-être péché aussi par une sensibilisation et une mobilisation insuffisantes des premiers concernés, à savoir les chefs d’entreprise.Et pourquoi, d’après vous ? À mon avis, les aspects “immatériels” mis en avant et qui tiennent essentiellement à l’organisation n’ont semble-t-il pas été suffisamment convaincants pour nos chefs d’entreprise. Ce programme nécessite vraisemblablement une formulation spécifique et une pédagogie adaptée aux attentes de nos managers. Par ailleurs, la fragilité de nos entreprises est parfois à rechercher dans la persistance au sein de l’économie nationale de comportements et de réflexes acquis dans une situation d’économie administrée. Les entreprises algériennes du secteur du BTP n’ont pas bénéficié de ce programme de mise à niveau. Quelle est votre position à ce sujet ? Il faut savoir que nous n’avons pas eu de cesse de déplorer cet état de fait. Encore une fois, nous saisissons l’occasion qui nous est offerte pour insister sur cette exclusion, du  reste, peu compréhensible du secteur du BTP. Il va sans dire que cette situation limite, aujourd’hui, considérablement la portée de la mise à niveau en Algérie. Ceci doit être impérativement corrigé, considérant l’importance du potentiel existant et le caractère structurant et entraînant du secteur du BTP sur le reste de l’économie nationale. Quelles sont, selon vous, les spécificités des PME algériennes ? Les PME algériennes se trouvent pour la plupart dans le cycle de croissance classique d’un business family, c'est-à-dire souvent une entreprise encore gérée par son fondateur. Cette situation nécessite un surcroît d’efforts pour s’adapter à une certaine évolution managériale et améliorer la compétitivité de l’entreprise algérienne confrontée, plus que jamais, à la rude concurrence imposée par l’ouverture inéluctable du marché national. À mon avis, les PME algériennes ont de réelles  potentialités dont elles doivent, néanmoins, prendre conscience et qu’il convient de valoriser par des solutions pragmatiques et adaptées à chaque cas. Que préconisez-vous pour leur mise à niveau ? La définition d’un programme de mise à niveau des PME devrait, à notre avis, figurer parmi les priorités stratégiques nationales et bénéficier de moyens en conséquence. Pour faire front à la concurrence internationale, la PME algérienne a intérêt à revoir ses standards de management et d’organisation. Acquérir un niveau international de compétitivité est, à notre avis, la plus sûre garantie de pérennité pour ces entreprises qui pourraient défendre leur part de marché et internationaliser leurs activités pour tirer avantage des opportunités offertes par les grands courants d’échanges du marché international. La mise à niveau des PME algériennes doit être, ainsi, perçue à la lumière d’une logique d’ingénierie du changement dans les entreprises et leur environnement immédiat pour les porter à un niveau qualitatif supérieur. En ce sens, elle est l’affaire de tous, l’expertise venant en appui pour permettre de dépasser le stade des solutions empiriques et mettre en place des démarches, procédures et systèmes modernes et porteurs de progrès. La mise à niveau doit impliquer, ainsi, dans sa conception et sa mise en œuvre, tous les acteurs nationaux concernés. Les actions de mise à niveau devront donc dépasser le cadre limité des prescriptions formulées par une expertise externe à l’entreprise. De même que pour pérenniser le processus, il nous semble utile d’impliquer davantage l’expertise nationale dans ce qui devrait être de véritables chantiers de changement d’où émergerait l’entreprise algérienne du futur, une entreprise compétitive et moderne, une entreprise citoyenne.Le gouvernement va dévoiler et soumettre à débats sa nouvelle stratégie industrielle. Quelles sont, concrètement, vos propositions ?Il faut privilégier, à notre sens, des approches pragmatiques qui puissent  représenter de réelles perspectives stratégiques et non pas s’enfermer dans des modèles éculés, formalisateurs, voire même sclérosants. Nous estimons, dans ce cadre précis, qu’il faut aller fondamentalement vers de nouveaux concepts et envisager, quand cela est nécessaire, une recomposition du tissu industriel par un regroupement d’entreprises afin d’amener certaines d’entre elles vers une taille critique. Ainsi, l’ensemble reconfiguré (et qui pourrait comprendre aussi bien des entreprises privées que publiques) pourrait constituer, d’une certaine manière, un “champion national”. Un tel regroupement d’entreprises comprendrait des PME dont la taille ne représentera plus alors un handicap, car elles seraient alors fortement soutenues afin de gagner en compétitivité. Quant à la mise à niveau, celle-ci doit se fixer comme but d’aider les PME à lancer des processus innovants et à rechercher l’excellence. Pour cela, il faut trouver les meilleures articulations entre l’ingénierie, la production, la maintenance et l’université. Entretien réalisé par Salim Koudil

Categorie(s): actualité

Auteur(s): Rédaction nationale

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