Mahdi Bouslama, président de la FINA à Liberté, “La mise à niveau des entreprises est loin d’être la solution”

Liberte; le Dimanche 4 Fevrier 2007
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Le président de la Fondation pour l’Industrie nationale algérienne dresse un constat sans complaisance du secteur de l’industrie et plaide pour une stratégie de relance où l’État est appelé à mettre en œuvre des mesures incitatives d’ordre fiscal et parafiscal, particulièrement pour l’acquisition des équipements en plus d’une protection douanière.Liberté : En quoi consiste les missions et les objectifs de la Fondation pour l’Industrie nationale algérienne et où en êtes-vous avec la cérémonie du 28 février prochain pour la remise des médailles du Mérite industriel ?M. Mahdi Bouslama : Crée en 2004, la Fondation s’est assignée la mission de faire reconnaître le rôle et l’utilité économique et sociale de l’entreprise et de l’entrepreneur dans le développement de l’économie nationale en tant que source essentielle de création de richesse matérielle et de bien-être social. Car, sans entreprises performantes et sans capitaines d’industrie audacieux, il ne saurait y avoir de développement économique et social durable. C’est la raison pour laquelle nous avons pensé à instaurer la tradition de primer chaque année les industriels qui se sont distingués en leur remettant la Médaille du mérite. Dans sa 3e édition, la cérémonie aura lieu le 28 février et les préparatifs vont bon train. Les entreprises présélectionnées sont au nombre de 30 jusqu’à présent et le comité de choix n’en retiendra que 10 d’entre elles. Les critères ne s’arrêtent pas uniquement au résultat financier et aux agrégats économiques, mais tiennent compte aussi de l’implication sociale (plans de communication et de formation), l’intégration des jeunes au niveau de l’entreprise et de l’investissement.        Quel constat faites-vous du secteur de l’industrie dans le pays ?Le secteur industriel est à la traîne. C’est la conséquence du coup d’arrêt de l’industrialisation qui a eu lieu, pratiquement, à la fin des années 70. De 1980 à 1999, il n’y a pas eu de réels investissements. Ce laps de temps a été émaillé par la crise financière de 1986 qui a contribué à achever le peu d’activités industrielles qui subsistaient. Le parc des industries existantes est vétuste et obsolète. Ceci explique en grande partie le recul de la performance dans la production, voire la disparition de pans entiers de notre industrie. La fermeture des usines, notamment dans le domaine du textile, demeure la meilleure illustration.Le gouvernement s’attelle actuellement à élaborer une stratégie à même d’assurer la relance de l’industrie. Quelle est votre opinion là-dessus ?Pour être honnête, pas grand-chose dans la mesure où notre connaissance de ce fameux document se limite à ce que nous avons lu dans la presse du moment que nous n’avons pas été associés à cette démarche. Cela ne nous empêche pas de soutenir que la mise à niveau des entreprises, qui est déjà adoptée, est loin d’être la solution car ce procédé va produire les mêmes effets qui ont conduit les entreprises à la ruine, du moins, pour celles dépendantes dans leur fonctionnement, de l’importation des matières premières et des produits semi-finis pour la transformation avec une plus-value qui ne permet pas de dégager un cash-flow  intéressant. Les spécialistes soutiennent que l’on assiste à une désindustrialisation pour preuve que la part du secteur dans la formation du PIB a chuté de 18% à environ 6%. Comment expliquez-vous cette situation et comment redresser la barre ?La désindustrialisation est en effet réelle. Le secteur subit une concurrence déloyale accentuée par l’importation massive de produits, en général, de qualité inférieure. L’investissement est carrément découragé. Pour remédier à une telle situation, il faudrait, inéluctablement, recourir à des mesures incitatives d’ordre fiscal et parafiscal, particulièrement, pour l’acquisition des équipements en plus d’une protection douanière, chose d’ailleurs prévue dans l’accord d’association. Il est primordial, de mon point de vue, d’instaurer l’exonération pour les matières premières et réorienter l’investissement vers la valorisation des ressources naturelles existantes dans le pays. Si on analyse les importations actuelles pour les besoins économiques, on s’aperçoit que la facture est très lourde.Dans certains pays, l’industrie s’appuie sur un réseau de PME lesquelles s’adaptent facilement à l’environnement concurrentiel. Quelles sont les mesures que vous préconisez pour encourager la création de PME en Algérie ?Le développement des PME est un excellent moyen à même de prendre en charge de nombreux aspects économiques. Pour cela, il faudrait qu’il existe des entreprises d’envergure pour garantir l’épanouissement des PME. Ce qu’il nous faut, et j’insiste sur ce point, ce sont des entreprises industrielles qui reposent sur la valorisation de nos ressources naturelles, y compris dans le secteur des hydrocarbures. Nous n’avons pas suffisamment d’entreprises de transformation et c’est le cas pour la pétrochimie. Idem pour le domaine minier et le phosphate.Considérez-vous le secteur de l’industrie comme pourvoyeur d’emploi, notamment pour ce qui relève des services et de l’agriculture ?Indéniablement. Le secteur de l’industrie est une source directe de la création d’emploi et en aval elle en crée à travers des dispositifs tels que la microentreprise et les PME. Lorsque nous parlons d’une industrie performante, cela implique le développement de l’agro-industrie, et d’une agriculture à la hauteur des attentes  découleraient des produits de transformation et ainsi se créeront de nombreux postes d’emploi. Quelles mesures proposez-vous pour la relance de l’industrie en Algérie ?Nous sommes convaincus que si les pouvoirs publics, dans la nouvelle stratégie, réorientent l’investissement, aussi bien public que privé, vers la valorisation des ressources naturelles, cela assurera, indéniablement, un avenir prometteur pour le secteur. Il est difficile de travailler dans les conditions actuelles notamment pour ce qui est du foncier, l’accès au crédit et les obstacles d’ordre bureaucratique. L’industrie et l’agriculture doivent être complémentaires et, pour cela, il faudrait, coûte que coûte, et très vite, régler la question du foncier agricole et l’ouvrir à l’entreprise. Entretien réalisé par Nabila SaÏdoun

Categorie(s): actualité

Auteur(s): Rédaction nationale

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