Obligation de paiement par chèque, Le gouvernement en atténue la rigueur

Liberte; le Mercredi 8 Juillet 2015
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C’est déjà un moyen de paiement archaïque. Mais, le Premier ministre, Abdelmalek Sellal, trouve judicieux de l’introduire de manière progressive dans les pratiques algériennes. Sans pour autant en fixer un échéancier. Ce qui signifie que tout un chacun peut s’autoriser à passer outre cette obligation.

Censé être obligatoire dans les transactions de plus d’un million de dinars depuis le 1er juillet dernier, le chèque peine à se faire accepter par les Algériens qui continuent à utiliser le cash. Le décret fixant le seuil applicable aux transactions devant être effectuées par des moyens scripturaux (chèque, virement, carte de paiement, prélèvement, lettre de change et billet à ordre) risque, en effet, de s’adjoindre à la batterie des lois promulguées pour ne jamais être appliquées comme l’interdiction de fumer dans les lieux publics ou l’obligation d’achèvement des constructions et le ravalement des façades des immeubles. Et pour cause, le laxisme de l’État.  
Aucun gouvernement n’a pu l’imposer dans les transactions commerciales en Algérie. Et celui de Sellal IV ne déroge pas à la règle. Pire, le Premier ministre, Abdelmalek Sellal, trouve judicieux de l’introduire de manière progressive dans les pratiques algériennes.
C’était le 4 juillet dernier lors de sa visite effectuée dans la capitale, Alger, trois jours après l’entrée en vigueur du décret instaurant cette obligation. Il a déclaré que cela allait être progressif. Sans pour autant en fixer un échéancier.
Ce qui signifie que tout un chacun peut s’autoriser à passer outre cette obligation. Et, on ne manque pas d’arguments, en l’espèce. Notamment pour les transactions hors immobilier. Le chef du groupe parlementaire du FLN, Mohamed Djemaï, a déjà avancé la faible couverture bancaire et les pratiques bureaucratiques des banques qui pourraient ralentir le commerce.
Ainsi, Sellal vient mettre de l’eau dans son propre vin afin de rassurer Mohamed Djemaï et les réseaux de l’informel dans les secteurs concernés par cette l’obligation de passer par les circuits bancaires (équipements industriels matériels roulants, véhicules neufs, pierres et métaux précieux, antiquités et objets d’art). Et à moins qu’un arrêté du ministre des Finances — comme le prévoit ce décret fixant le seuil applicable aux transactions devant être effectuées par des moyens scripturaux — ne vienne expliciter ce sursis de Sellal sur l’application progressive du décret, c’est parti plutôt pour tomber dans la désuétude. Parce qu’en attendant une révolution en la matière avec la dématérialisation des transactions commerciales et le lot d’investissements dans le système logistique qui va avec, le gouvernement n’affiche pas une ferme volonté de transparence. Avec des ambitions mitigées dès le départ, révisant à la baisse les termes du décret d’Ouyahia de juillet 2010, qui a fixé le seuil applicable à 500 000 DA et pour toutes les transactions sans aucune exception, Sellal semble même plier devant les barons de l’informel.
En tout cas, le décret d’Ouyahia n’a jamais été appliqué. Il lui aurait même attiré des ennuis, lui qui a dénoncé à son éjection du gouvernement, en 2012, les interférences de la mafia politico-financière dans la gestion de la chose publique. Des interférences qui pourraient éventuellement expliquer aujourd’hui le discours modéré d’Abdelmalek Sellal.     

L.H.

 

Categorie(s): actualité

Auteur(s): Lyas Hallas

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