Opposition, 4e mandat et révision de la constitution, Les messages sibyllins du Président

Liberte; le Dimanche 5 Juillet 2015
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“Des pseudo-hommes politiques, soutenus par une presse qui n’a aucun souci de son éthique professionnelle, s’évertuent, matin et soir, à effrayer et démoraliser ce peuple, à saper sa confiance dans le présent et l’avenir. Ce peuple qui n’a pas accordé et n’accordera pas de crédit à leurs sornettes”, s’emportait le président de la République dans son message — qui lui a été en tout cas attribué — à l’occasion de la célébration de la journée du 19 Mars.
Deux mois et demi plus tard, il se ravise, change presque du tout au tout, manquant à peine de se fendre d’un dithyrambe à l’endroit de cette même opposition auparavant diabolisée. Dans son message à l’occasion de la célébration du 53e anniversaire de l’Indépendance nationale, Abdelaziz Bouteflika a exprimé, en effet, sa considération pour les acteurs de l’opposition. (…) “C'est là le message que j'adresse en ce jour de communion nationale, à la classe politique du pays, et au premier chef, aux acteurs de l'opposition à laquelle j'exprime ma considération”, a-t-il fait noter, déclinant ainsi une évolution du discours à l’égard de l’opposition.
D’où vient-il que le chef de l’État encense et tende ainsi la main à une opposition qu’il n’avait de cesse de vouer aux gémonies ? Il s’en ressent chez Bouteflika, en attendant davantage d’éclaircie, comme une concession forcée, un réveil brutal  face à une impasse politique de plus en plus étroite. Même s’il faut encore y soupçonner un brin de ruse et de manœuvre coutumière, il reste incontestable que, faute de soutiens partisans solidaires et entreprenants, le pouvoir s’isole et s’affaiblit continuellement. ça serait donc cette contingence politique qui pousserait Bouteflika, dont le pouvoir est mal servi par la conjoncture économique, à afficher une disponibilité pour un rapport apaisé avec l’opposition.  Une opposition qui a réussi le pari d’une synergie durable, malgré le traitement et l’incessant harcèlement à laquelle elle a été soumise depuis plus d’une année. Si Bouteflika tend la main aux partis de l’opposition, c’est parce qu’il il a à l’idée de parachever “les réformes” politiques qu’il avait promises en 2011, en somme, finaliser la révision de la Constitution qui est demeurée un chantier ouvert depuis plusieurs mois.
Car c’est, entre autres, parce que l’opposition avait boycotté les consultations conduites par Ouyahia en juin 2014 que la révision de la loi fondamentale a traîné en longueur. Bouteflika voudrait, à présent, surmonter l’écueil de l’opposition à travers une offre de composition. Le président de la République, qui semble avoir pris conscience de toute la difficulté qu’il aura à gouverner le restant de son mandat, se met, et pour la première fois, depuis 15 ans, dans l’attitude du responsable qui agit par sacrifice et non par amour du pouvoir. “Vous avez été nombreux à m'interpeller pour que je poursuive la mission dont vous m'aviez déjà honoré trois fois. J'ai répondu à cet appel, acceptant ce sacrifice, malgré ma condition physique actuelle (…)”, a-t-il souligné, poursuivant, assurément, d’atténuer de sa responsabilité propre au cas où l’échec de sa gouvernance est établi. Pour autant, il ne compte pas écourter son mandat.

S.A.I.

Categorie(s): actualité

Auteur(s): Sofiane Aït Iflis

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