PAIEMENT PAR CHèQUE, Les spécialistes restent sceptiques

Liberte; le Jeudi 2 Juillet 2015
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Certains économistes restent sceptiques concernant l’application sur le terrain du décret fixant le seuil applicable aux paiements devant être effectués par les moyens de paiement scripturaux à travers les circuits bancaires et financiers.
Le décret exécutif, publié au Journal officiel, rend obligatoire, à partir du 1er juillet 2015, le paiement par les moyens de paiement scripturaux, à travers les circuits bancaires et financiers, toutes les transactions dépassant le seuil de 5 millions de dinars pour les transactions immobilières et d'un million de dinars pour l’achat de véhicules neufs, d’équipements industriels, de yachts ou bateaux de plaisance, de biens de valeur auprès des marchands de pierres et métaux précieux, d’objets d’antiquité et d’œuvres d’art ainsi que de meubles et effets mobiliers corporels aux enchères publiques.
Le professeur Abdelhak Lamiri, consultant en économie et management estime que les banques algériennes “ne sont pas prêtes”. Selon M. Lamiri, la mesure vise trois objectifs. Il s’agit d’absorber la masse monétaire circulant en dehors du circuit bancaire. L’Algérie fait également face à ses engagements internationaux. Le professeur Lamiri évoque dans ce cadre les conventions internationales de lutte contre le terrorisme, le trafic de drogue… Cette mesure entre, également, dans ce cadre.
Le troisième objectif concerne la transparence dans les transactions financières, qui est un principe de bonne gouvernance. “On ne peut pas atteindre ces objectifs avec cette seule mesure prise d’une manière isolée”, soutient Abdelhak Lamiri qui avance deux raisons. La première, les opérateurs économiques ont le droit de fractionner les paiements et ils vont l’utiliser.
Ils peuvent dans un contrat prévoir le fractionnement du paiement d’une transaction pour ne pas utiliser le chèque et les autres moyens de paiement scripturaux. La deuxième raison, indique M. Lamiri, c’est que “les banques ne sont pas préparées à gérer les énormes sommes qui vont entrer et sortir”. Pour preuve, le professeur Lamiri cite les retards dans la délivrance des carnets de chèques. “Si vous demandez un carnet de chèques, il ne vous sera pas remis tout de suite. Si on multiplie les demandes de carnets de chèques par 10, cela va prendre des mois pour obtenir un carnet de chèques”, a-t-il estimé, prévoyant des goulots d'étranglement pour les opérations.
Il évoque également le retard accusé par l’Algérie, en matière de monétique. “On est le pays le plus faible dans le Maghreb”, a-t-il constaté. Le directeur de la régulation de la monétique au ministère des Finances, Moaâtassim Boudiaf, avait indiqué, en mai dernier, que l’Algérie comptait 2 876 terminaux de paiement électronique.
Seuls 120 ont généré des transactions en 2014. “Le paiement cash se poursuivra. Il y aura certes une légère diminution d’utilisation du cash. Dans l’immobilier cela va accroître les sous-déclarations. Une petite partie de la masse monétaire informelle sera intégrée vers le formel. Mais cela ne sera pas suffisant”, a estimé le professeur Lamiri, plaidant pour la modernisation des systèmes bancaires et monétaires. La solution réside également dans l’intégration du secteur informel dans le secteur économique formel, en réduisant les taxes, en allégeant les procédures administratives et accordant des incitations.

M. R.

Categorie(s): actualité

Auteur(s): Rabhi Meziane

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