Près de 5 milliards de dinars volatilisés après les dépôts de la CNR, Quand le jeune Moumen déplumait les retraités

Liberte; le Jeudi 8 Fevrier 2007
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La Caisse nationale des retraites a perdu 480 milliards de centimes par le dépôt d’une partie de ses fonds à El Khalifa Bank. Sur les placements successifs effectués et qui ont atteint 12 milliards de DA déposés par ses gestionnaires sans l’accord préalable du conseil d’administration, huit seulementont pu être récupérés avant l’arrivée de l’administrateur. Ses gestionnaires sont poursuivis en correctionnel entre autres pour corruption dans le procès de la caisse principale de KB. Abdelali Meziani, le président du conseil d’administration de la CNR au moment des faits et secrétaire national de l’Union générale de l’UGTA, confirmera à la barre que les dépôts ont été effectués après l’autorisation du “bureau du conseil d’administration” de la CNR en date du 16 septembre 2001. C’est sur proposition, dira-t-il, de “Slimane Kerrar, directeur financier” de l’organisme, celui-ci invoquant “un excédent financier” que le bureau a donné son autorisation. Toutefois, la présidente du tribunal criminel relèvera que cette décision relève exclusivement des prérogatives du conseil d’administration. D’autant, ajoutera la magistrate, que le bureau qui comprend 7 membres n’était composé ce jour-là que de 6 membres. Le conseil d’administration n’a semble-t-il jamais été consulté a priori, il l’a été a posteriori. L’accusé mettra en avant le décret 92-07 qui régit le fonctionnement des établissements publics à gestion spécifique. En tout, ce sont près de 12 milliards de DA soit 1 200 milliards de centimes qui seront transférés du Trésor public et du CPA vers El Khalifa Bank, précisera l’accusé. Le premier dépôt a été effectué, selon lui, en octobre 2001 et était de 2 milliards de DA. Quant à la tutelle, il revenait à la direction générale de la CNR de l’aviser en lui envoyant les PV et les décisions prises par le conseil d’administration. La CNR relève de la tutelle du ministre du Travail et de la Sécurité sociale. Interrogé par le tribunal sur l’identité du ministre en 2001 au moment du premier dépôt, Abdelali Meziani ne se souviendra pas précisément de son identité. “Soit Larbi Mohamed Abdelmoumen, soit Abou Djerra Soltani”. La présidente dira qu’il s’agissait d’Abou Djerra Soltani et que ce dernier a déclaré, lors de son audition par le magistrat instructeur, “ne pas avoir été informé”. L’accusé répondra qu’il n’avait pas les prérogatives pour informer la tutelle. Il précisera néanmoins que les “bilans de la CNR vont à la tutelle”. Il a déclaré avoir bénéficié d’une carte de gratuité Khalifa Airways. “Je l’ai considérée comme une mesure d’accompagnement pour les placements des fonds de l’UGTA…”. Il l’a utilisée plusieurs fois, pendant une “année et demie”, sur les lignes domestiques et trois fois pour se rendre à Marseille. Son fils a bénéficié d’un stage de pilote auprès de K. Airways. L’ex-président de la CNR révèlera que sur les 12 milliards de DA déposés auprès de KB, seulement 8 ont pu être retirés avant l’arrivée de l’administrateur provisoire. “Pour les 4 milliards restants, les délais de dépôts étaient dépassés. On aurait dû faire sortir l’argent plus tôt, avant la faillite...”, précisera l’ex-président du conseil d’administration de la caisse. Les 80 milliards de centimes d’intérêt sont également passés à la trappe. La convention de placement a été signée, ajoutera-t-il, par le directeur général et le directeur financier de la caisse. Les intérêts étaient de 10%. Le procureur général mettra en avant que le PV de réunion du bureau était “falsifié”. La présidente révèlera que “Abdelmajid Azzi, secrétaire général de la Fédération des retraités a nié lors de son audition que le bureau ait traité de ce dépôt. Son PV ne comporte pas mention de la phrase relative aux dépôts de la CNR à KB. Il s’agit de deux PV contradictoires”. Les membres du conseil d’administration ont également abondé, selon elle, dans ce sens. L’avocat de la liquidation révèlera pour sa part que le premier dépôt a été effectué le 11 septembre 2001, “avant la réunion du bureau le 16”. Pour le tribunal, la décision prise par le bureau du conseil est “illégale”, ce dernier n’ayant pour prérogative, selon elle, que de déterminer l’ordre du jour. Interrogé par un avocat de la défense, Abdelali Meziani dira que “tous les documents et bilans de la CNR sont transmis au ministre de tutelle”. Lui succédera à la barre Salah Larifi, en sa qualité d’ex-DG de la CNR. Il avait été nommé en mai 2000 jusqu’en mai 2002. Il invoquera également le décret 92-07 et les taux d’intérêts de KB. Il ne dira pas qui a proposé un tel transfert, se contentant d’invoquer “la décision du bureau”. Face aux questions répétées de la présidente quant au fait qu’il s’agissait d’une décision du bureau et non du conseil d’administration, il répètera “dans la réalité…”. Il a selon lui informé le ministre de tutelle de l’époque de la décision du bureau du conseil d’administration du transfert des dépôts de la CNR vers KB. Il s’agissait pour lui de “Mohamed Larbi Abdelmoumen”. Ce ministre aurait été informé “une semaine après la décision du bureau”. Il avait un délai de 30 jours pour répondre. “Le ministre n’a pas répondu. Il n’a ni donné son feu vert ni émis le veto”, a-t-il précisé. Ses affirmations quant à l’identité du ministre du Travail ne passeront pas avec le PG qui reviendra à la charge. Le magistrat rappellera que les dépôts ont commencé en septembre et octobre 2001 et que Salah Larifi a été nommé en mai 2000. Au temps de qui ? “Abou Djerra Soltani”. L’accusé se refusera à dire réellement qui était sa tutelle au moment des faits bien que le parquet ait relevé les “contradictions” dans ses déclarations à l’instruction où il a cité “Soltani” et au tribunal où il dira “Abdelmoumen”. “Même si je l’ai dit, je me suis trompé. Le ministre à ce moment-là c’était Larbi Abdelmoumen.” Il persistera dans ses déclarations malgré la réalité des faits. Il dira également ne pas avoir reçu de “pression” pour ces dépôts. Il confirmera les dires de Abdelali Meziani quant aux dépôts et au préjudice occasionné à la CNR. Les dépôts ont, selon ses dires, été effectués le 6 octobre 2001. Il a bénéficié également d’une carte de gratuité qu’il a considéré comme un “semblant de cadeau”. Son fils a aussi bénéficié d’une formation de pilote. Un avocat de la défense ne pourra s’empêcher de poser la question qui brûlait tout le monde. “L’accusé a-t-il une appartenance partisane ou politique ?” Question refusée par la présidente. Slimane Kerrar, directeur des opérations financières de la CNR, a également comparu hier. Il a déclaré avoir exécuté les décisions du bureau du conseil d’administration qui s’était réuni le 16 septembre 2001. Chargé du dépôt, il dira que le premier transfert de 2 milliards de DA a été déposé à l’agence KB de Zighoud-Youcef en octobre de la même année. La convention de placement était déjà élaborée. Des dépôts successifs ont eu lieu par la suite : “1 milliard de DA le 20 novembre, 1 milliard le 28 novembre, 1,8 milliard puis 4 milliards le 18 février, 2 milliards le 19 mars puis 2,78 milliards le 31 mars 2002.” Sur la base d’un seul PV et d’une seule convention de placements. Le renouvellement des dépôts annuels arrivés à terme s’est effectué par “reconduction tacite”. Face à l’insistance du tribunal Slimane Kerrar reconnaîtra avoir reçu le montant d’un million de DA de la part des responsables de KB. “Ils m’ont proposé une voiture mais j’en avais déjà une. Alors je leur ai dit de me les donner en argent. C’était un prêt que j’ai remboursé avec les intérêts.” À la présidente, il reconnaîtra néanmoins avoir reçu la somme à son bureau dans une “enveloppe”. “C’est trop gros 100 millions de centimes dans une enveloppe. À la gendarmerie, vous avez déclaré les avoir reçus dans un sac en plastique noir”, dira la présidente. Il a confirmé avoir reçu une carte de gratuité de Khalifa Airways.Le tribunal a également entendu hier l’ancien adjoint du liquidateur Djamel Tidjani, qui a déclaré avoir reçu l’accord du liquidateur. Moncef Badsi réitérera n’avoir donné aucun accord pour la compensation de Foudad Adda. Djamel Tidjani dira alors qu’il lui semblait l’avoir reçu et qu’il s’agissait d’un malentendu. Différents témoins ont aussi été entendus. Notamment un agent de la police aux frontières, chargé des avions privés, Rachid Saadi, qui a affirmé que Rafik Khelifa lui a “offert” une Toyota Yaris, alors qu’il était en fonction à l’aéroport d’Alger. “Il m’a envoyé chez Didine (Badreddine Chachoua) qui m’a orienté vers le directeur financier de Toyota. Celui-ci m’a établi tous les documents de la voiture en mon nom”, a-t-il précisé. Il n’aura pas “versé un centime ni signé aucun document avec KB”. Des propos qui auront choqué plus d’un dans l’assistance. Différents présidents de clubs sont également venus témoigner sur les conventions de sponsoring signées avec Khalifa. Abou Djerra Soltani et Abdelmajid Sidi-Saïd seront entendus samedi par le tribunal criminel.Samar Smati

Categorie(s): actualité

Auteur(s): Rédaction nationale

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