Révélations au troisième jour du procès de la BCIA, “217 chèques certifiés en 3 jours pour 4 clients”

Liberte; le Mercredi 31 Janvier 2007
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Le troisième jour du procès de la BCIA s’est ouvert avec l’audition de Adda Larbi, l’ex-directeur de l’agence “Yougoslavie”. Le représentant du ministère public montre un ordre de virement signé en blanc par l’accusé. “Comment ça se fait ?” — “On fait une copie de l’ordre de virement pour inscrire, par la suite, le montant”, répondra Adda. – “Est-ce que des ordres de virement peuvent être signés en dehors des heures de travail ?” —“Jamais”, lâchera Adda. Le procureur parlera, dans la foulée, d’un contrôle effectué par un expert, en décembre 2001, qui a remarqué une escompte de 2 milliards de dinars au profit de Sotrapla et une autre traite, escomptée un mois auparavant d’un montant de plus de un milliard de dinars pour le même client, alors que le solde informatif précisait que les escomptes étaient en dessous de 800 millions de dinars. - “Est-ce que c’est vrai ?” interrogera-t-il. – “Peut-être, si l’expert l’a dit, c’est que c’est vrai”, répondit le prévenu.     Me Nouar, l’un des avocats de Adda Larbi, reviendra sur l’organisation et le fonctionnement de l’agence en insistant sur le volet des traites. — “Qui s’occupe de l’envoi des traites de l’agence vers la compensation ?” demande-t-il à son client. – “C’est le service courrier qui transfère chaque matin les valeurs. – “Qui les transmet au service courrier ?” insiste-t-il davantage. – “C’est le service portefeuille qui confie les valeurs au courrier”, explique Adda pour plus de précisions. – “À quel moment les indemnités sont-elles prélevées ?” — “Lorsque je donne le feu vert pour l’escompte, c’est le service portefeuille qui prélève, à la source, les 10,50% d’intérêt sur chaque traite”.Adda détaillera les différentes opérations bancaires qui généraient des bénéfices pour son agence. “On prenait des intérêts sur les chèques et le commerce extérieur ainsi que sur les traites, on gagnait hassba kbira et on transmettait les états à la direction de la comptabilité à la direction régionale”. Le juge intervient pour demander après la nature de ces gains, “virtuels ou réels”. Adda : “Réels.” Me Nouar interrogera son mandant sur la nature et la périodicité des contrôles, à quoi l’accusé répondra qu’il existe des vérifications internes impromptues, de l’ordre de 6 à 7 vérifications par an, des contrôles régionaux ainsi que des inspections régionales et celles décidées par la direction générale. Il précisera que cette batterie de contrôles avait pour particularité d’être inopinée. Le juge : “Vous ont-ils signifié des anomalies ?” À quoi Adda répond par la négation.      Des contrôles inopinés d’AlgerLe prévenu précisera que les fameuses traites dont il est question ont bel et bien été envoyées le 29 avril et réceptionnées le même jour par l’agence BEA El-Émir d’Oran, “alors que le traitement des valeurs ne nécessite que quelques minutes”. – “La hiérarchie ne vous a jamais signifié de refuser un escompte ou d’annuler une traite ?” interrogera l’avocat de la défense et Adda de répondre : “Jamais”. Me Nouar informera la cour que la direction générale avait envoyé une lettre, le 14 juin 2003, à l’agence “Yougoslavie” en vue d’annuler l’avance sur titre ; Adda avouera son ignorance en avançant sa condition de prisonnier à l’époque. “Même si j’étais toujours en poste, je n’aurais pas pu annuler les traites.”  À la fin de son audition, la défense a soulevé un point d’ordre concernant la présence de cadres de la Banque extérieure d’Algérie au sein du tribunal, ce que le juge expliquera par le fait qu’ils n’étaient pas cités comme témoins et qu’ils pouvaient, donc, assister à l’audience. La présence du directeur régional de la BEA a été justifiée par sa qualité de représentant de la partie civile, et non de témoin. Le DR pouvait donc être cité et son témoignage se dérouler sans prêter serment, un cas de figure qui a fait tiquer les robes noires qui estiment que le DR pouvait influer sur le déroulement de l’audience. Lotfi Mohamed, 51 ans, chef de service exploitation à l’agence BEA de Sig, est le deuxième accusé à être appelé à la barre. Une agence où un trou de plus de 3 milliards de dinars a été découvert, la somme de 217 chèques certifiés rejetés appartenant à quatre clients d’un montant et de 27 traites. L’accusation reproche à l’accusé d’avoir apposé sa signature sur ces chèques sans qu’ils soient approvisionnés, ce que le prévenu expliquera par le fait qu’il n’exécutait que les ordres de son directeur d’agence, Arjoun Miloud en l’occurrence. Ce dernier est le grand absent à ce procès puisqu’il est décédé, en août dernier, en prison. “C’est le directeur, Allah irahmou wi wassaâ allih, c’est lui qui me disait de signer”, ne cessera de marteler l’accusé. Une déposition qui aura, au moins, le mérite de dérider les présents tant les interventions et les réponses de Lotfi étaient empreintes de cette spontanéité populaire en vogue à l’ouest du pays. “Les chèques portaient un cachet officiel machi zaâqa” ou encore “banka machi rezki” sont autant d’exemples qui ont fait rire plus d’un. Mais Lotfi Mohamed devait répondre de plus sérieux griefs portés par le retour de 217 chèques non approvisionnés appartenant à Selmane Abderrahmane, avec 80 chèques, Reffas Lahcène, 54, Guetti Saâd, 50 et Merabti 33 chèques. – “Pourquoi tu as signé ces chèques ?” demandera le juge. - “J’ai signé sur ordre du directeur.” – “Il a signé, lui ? Toi, Benyettou et Bentayeb vous avez signé ?”  – “Il n’a pas signé les chèques, il me demandait de les signer. Mais pour l’Union Bank, je n’ai pas signé, ce qui veut dire que c’est le directeur qui donne les ordres”. Le juge s’interrogera sur le laps de temps à la certification de ces chèques.   “Je ne faisais qu’exécuter les ordres” “Comment tu expliques alors que ces 217 chèques étaient certifiés en l’espace de trois jours ?” - “C’est l’ordre du directeur, il me disait de signer puisqu’ils étaient approvisionnés”. Le juge insiste : “Explique-nous pourquoi ces 217 chèques ne concernent que 3 ou 4 clients.” Larbi s’en tient à sa politique de défense. “Je n’ai aucun commentaire à faire, je ne peux pas inventer des réponsescomme ça.” – “On pose ces questions parce que tu es l’un des signataires des chèques”, tiendra à clarifier le juge. Ils étaient certifiés par la BCIA et approvisionnés. Pourquoi alors ils ont été retournés ?” L’accusé avoue ne pas connaître la raison du rejet des chèques.La partie civile, au cours de ces questions, mettra l’accent sur la qualité des traites, crédit ou pas, alors que la direction générale avait refusé tous les dossiers de crédit déposés par les clients de l’agence de Sig. – “La traite est-elle un instrument de crédit ?” demandera un avocat de la partie civile. – “La lettre de change est garantie par la banque, et nous nous prélevions des intérêts sur chaque opération”. L’avocat insiste : “Il n’a pas répondu, est-ce une opération de crédit ?” - “Quand un client présente une traite ou un chèque, c’est pareil pour moi”, persiste Larbi. - “Est-ce que vous escomptiez des traites sans l’aval de la DG ?” “Il n’y avait pas d’autorisation pour l’escompte puisque les traites étaient avalisées par la BCIA”.SAÏD OUSSAD 

Categorie(s): actualité

Auteur(s): Rédaction nationale

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