Ammi Tahar

Tsa; le Lundi 4 Janvier 2016
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Il s’est éteint il y a quelques jours. Il était solide comme un roc, svelte comme un jeune homme de vingt ans et le verbe haut de son Oued Souf natal. Il s’agit de Tahar Ben Aïcha dit Ammi Tahar décédé à un âge qui frôle les quatre-vingt-dix ans et qui a illuminé la vie mystique et culturelle algérienne pendant une soixantaine d’années. Homme-tambour, il touchait à tout et surtout à l’Islamologie qui le fascinait littéralement. Érudit de haut niveau, il maniait la langue arabe comme personne et était une référence sûre de l’exégèse coranique qu’il a dépoussiérée et sur laquelle il a travaillé toute sa vie pour en faire ressortir le côté absolument progressiste et humaniste
Issu des écoles coraniques de Oued Souf qui ont toujours été des lieux d’apprentissage avant- gardistes de la lecture coranique et qui se distinguaient par la finesse de leur analyse et la mysticité de leurs maîtres. Puis, il partit à la Zitouna de Tunis où il eut comme professeurs d’éminents cheikhs tels Fadel Ben Achour, Abdelhamid Legmati et d’autres encore qui dispensaient, à l’époque, une théologie du progrès et de l’ouverture, et une histoire de l’Islam extrêmement audacieuse.
Ainsi Tahar Ben Aïcha fut cet historien rigoureux de l’Islam en tant que marxiste, toujours du côté des maudits de la terre et des « Moustadaafines ». Il fut aussi ce théologien « communiste » qui éclairait la vision mystique et politique des hommes avec la passion du musulman vrai, juste et efficace, obsédé par l’égalité sociale.
Il fut aussi ce réalisateur qui produisit des dizaines de films sur l’Islam dans le monde, dont son fameux et magnifique décagone sur les Républiques musulmanes de l’ex-URSS : l’Ouzbekistan, le Tadjikistan, le Kazakhstan, le Turkmenistan, l’Azerbaidjan, etc…
Cette production brillante qui lui a été commandée par la Télévision nationale de l’époque eut un succès retentissant et permit aux Algériens de connaître un autre Islam (l’asiatique) qui donna sa splendeur à la civilisation musulmane, à travers ces joyaux que sont les villes de Tachkent, Boukkara, Samarcande, etc…
En plus d’être ce théologien musulman et mystique, Ammi Tahar se disait le « dernier des communistes Algériens ».
Il avait -aussi -un sens de l’humour fait de finesse et de tendresse qui pouvait être – aussi – décapant.
Ammi Tahar ? Une énigme de l’intelligence et de la bonté réunies.

Categorie(s): actualité

Auteur(s): Rachid Boudjedra

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