Bouguerra Soltani : « Les échanges d’accusations laissent penser que l’après Bouteflika est amorcé »

Tsa; le Mardi 19 Janvier 2016
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Bouguerra Soltani, ancien président du MSP et ex-ministre revient dans cet entretien sur la révision constitutionnelle, la crise économique, les échanges d’accusations entre Nezzar et Betchine…
Vous avez, contre l’avis de votre parti, décidé de prendre part aux discussions sur la révision de la Constitution. Le document révélé par  Ahmed Ouyahia répond-il à vos attentes ?

Bien sûr que non. Paradoxalement ce projet a ignoré  les opinions de la classe politique et  des personnalités nationales ayant pris part aux discussions sur la révision de la Constitution. Par contre, nous avons été surpris de lire des propositions qui à mon sens n’avaient été soumises, par aucune des parties prenante à ces discussions.
Par ailleurs, le projet contient deux ou trois éléments positifs comme l’officialisation de tamazight, la limitation du mandat présidentiel, la réconciliation comme constante nationale. Mais dans son ensemble le document ne répond pas aux aspirations du peuple algérien.
 
Quels sont les articles qui vous interpellent le plus dans ce projet de loi ?

Dans la nouvelle Constitution,  le législateur met sur le même pied d’égalité l’homme et la femme. C’est une erreur de vouloir décréter cette égalité maintenant et tout de suite. Les partis politiques en ont fait l’expérience en  2012 lors des élections législatives. Certains partis et pour se soumettre au Code électoral qui réserve à la femme un quota, à hauteur de 30%, sur les listes électorales et au sein des assemblées élues, avaient  fait appel à des femmes qui  n’avaient rien à voir avec la politique. Cette disposition nécessite à mon sens du temps au moins 20 ans pour asseoir la condition de sa mise en œuvre.
L’article 51 qui exclut  les binationaux des postes de responsabilités  mérite d’être explicité.  Dans ce projet la limitation des mandats présidentiels devient intangible en vertu de l’article 178. Il y a une volonté donc d’imposer ses règles au futur président. Cela n’est pas normal.
Le projet ne fait pas l’unanimité au sein de la classe politique, cela  n’a pas empêché Ouyahia de parler de consensus. Qu’en pensez-vous ?

Pour  parler de consensus, il est impératif de présenter ce projet  au référendum. Si le peuple l’appui, l’opposition n’a qu’à se soumettre à cette volonté. En l’absence d’accord entre le pouvoir et l’opposition, le peuple devient le juge. Le pouvoir a présenté sa Constitution et non celle du peuple et de la classe politique.
Cette Constitution est–elle en mesure d’amorcer « une nouvelle ère de stabilité » et « de liberté » comme le défend le pouvoir selon vous ?

C’est un pacte et  non une Constitution. Ce projet a tardé de quatre ans. Aujourd’hui les Algériens ont d’autres priorités. Il s’agit de la crise qui se profile à l’horizon avec la chute du prix du baril. Le peuple qui n’accorde aucun intérêt à la révision de la Constitution,  demeure préoccupé par les  conditions de vie. La hausse des prix des carburants dans la Loi de finance 2016 aura un impact inéluctable sur les prix des aliments de base ; des transports, etc. Très rapidement on va commencer à ressentir les retombées de ces mesures. Ce n’est pas tout, le pouvoir se trouve devant une situation délicate parce que  selon les experts ; le baril va poursuivre sa chute. À mon avis,  le gouvernement doit dire la vérité au peuple.
Est-ce que le gouvernement dit la vérité en affirmant contrôler la situation ?

Il va tomber s’il dit le contraire, cela n’échappe pas aux responsables. Même avec un gouvernement de génie il serait difficile de faire face à ce qui va venir. La réalité est là. Avec un baril  au-dessous de la barre des 37 dollars, il serait  impossible d’assurer les équilibres budgétaires pendant plus d’une année dans un pays dépendant complètement de la rente pétrolière.
Pour certaines parties cette Constitution ne reflète pas les engagements pris par le président en 2011. Qu’en pensez-vous ?

Ce n’est pas la Constitution du président. C’est la Constitution de son entourage et des partis au pouvoir.
Qui gère le pays donc ?

Le Président assume l’entière responsabilité. Je refuse de penser que des décisions sont prises à son insu. Par ailleurs, les échanges d’attaques et d’accusations auquel nous assistons ces derniers jours laissent penser que l’après Bouteflika est effectivement amorcé.
Vous faites allusion à la sortie du Général Nezzar et la riposte de Betchine ? 

Entre autres.  Il aurait été souhaitable que ces derniers développent leurs témoignes dans leurs mémoires. Ces révélations confirment néanmoins que l’Algérie et pendant plusieurs décennies a été dirigé par le Cabinet noir.
Vous vous êtes opposés aux choix politiques d’Abderrezak Mokri président du MSP, surtout en ce qui concerne sa relation avec le pouvoir. Le temps a-t-il fini par lui donner raison ?

Je suis un homme de dialogue. Je débats, je discute,  j’écoute avant de dire non. J’obéis aux décisions des instances du parti et non aux  injonctions des personnes.

Categorie(s): actualité

Auteur(s): Achira Mammeri

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