Cinq ans après la chute de Ben Ali, la Tunisie renoue avec les manifestations

Tsa; le Vendredi 22 Janvier 2016
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Actualisé à 12h50.  Le ministère de l’Intérieur a décrété un couvre-feu nocturne sur tout le territoire national. À débuter à partir de ce vendredi 22 janvier 2016 de 20h00 à 5h00 du matin.
Depuis quelques jours, la situation est tendue dans plusieurs villes de la Tunisie. Cinq après la chute du régime de Ben Ali, de violentes manifestations ont éclaté dans plusieurs localités du pays. Cette fois, les manifestants réclament du travail et de meilleures conditions de vie dans un pays touché de plein fouet par la crise économique et où le chômage a grimpé fortement ces dernières années.
La colère est partie de Kasserine, berceau de la révolution de 2011. L’élément déclencheur est un jeune kasserinois, Ridha Yahyaoui, tué, le 17 janvier, par électrocution après avoir menacé de se suicider en s’immolant par le feu, raconte le site Business News. « Derrière l’acte désespéré de ce jeune de 28 ans, un haut fonctionnaire, le délégué de la région en l’occurrence, qui a éliminé sa candidature de la fonction publique au profit d’un autre, suite à un concours public », ajoute le média tunisien.
Les habitants de la ville sont alors sortis dans la rue pour manifester leur colère. Le fonctionnaire a été limogé mais la décision n’a pas suffi à calmer les esprits. Le mardi 19, les violences éclatent à Kasserine, rapidement rejointe par d’autres villes. Hier, jeudi de violents affrontements ont opposé les forces de l’ordre aux manifestants dans plusieurs régions.
Une marge de manœuvre étroite
Jeudi soir, des incidents ont eu lieu dans plusieurs localités et quartiers du Grand Tunis, notamment à Ettadhamen. Plus tôt dans la journée, des dizaines de jeunes ont battu le pavé jeudi à l’Avenue Habib Bourguiba à Tunis en solidarité avec les manifestations organisées dans différentes villes du pays.
Le Premier ministre Habib Essid a écourté sa visite en Europe, où il participait au Forum de Davos, et annoncé qu’il présiderait samedi un Conseil des ministres exceptionnel pour répondre aux revendications des manifestants. Mais la marge de manœuvre du gouvernement reste étroite.
Un pays fragilisé par le terrorisme
Cinq ans après le départ de Ben Ali, la Tunisie a certes réussi sa transition démocratique. Mais sur le plan social, la situation est extrêmement difficile. Le terrorisme et les attentats ont fait fuir de nombreux touristes, ce qui a fragilisé ce secteur pourvoyeur en devises et en emplois pour le pays. Les investisseurs étrangers ont également déserté le pays, lui préférant le Maroc, réputé plus sûr. Les promesses d’aide internationale tardent à se concrétiser. Et l’inaction du gouvernement du président Caid Essebsi est régulièrement pointée du doigt.
« Nous mettons en garde depuis longtemps sur le fait que cinq ans ont passé et que le dossier du développement et de l’emploi n’a pas pris sa part. Espérons que cette manifestation de la part de la population de Kasserine ne tombera pas dans l’oreille d’un sourd », explique Houcine Abassi, le Secrétaire général de la centrale syndicale UGTT.

Categorie(s): actualité

Auteur(s): Samir Allam

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