Déchéance de nationalité : François Hollande joue l’opinion publique… contre sa propre majorité

Tsa; le Vendredi 1 Janvier 2016
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Il faut le reconnaître : le président français, dans ses traditionnels vœux aux Français pour l’année 2016 qui s’ouvre, s’est montré plutôt très habile dans un exercice d’équilibrisme en cette difficile fin d’année 2015, marquée par le terrorisme et le marasme économique. Longtemps considéré comme un homme de l’appareil socialiste, très pro-européen et plutôt libéral sur le plan économique, François Hollande s’est affiché dans sa déclaration télévisuelle comme un homme d’État « au-dessus des partis », critique vis-à-vis de la Commission européenne, et quasi- keynésien dans l’engagement de l’État en matière économique qu’il promet pour l’année qui vient.
Revenant sur la polémique qui secoue la gauche autour de son projet constitutionnel visant à étendre la déchéance de nationalité aux binationaux nés en France, François Hollande, affichant sa nouvelle stature « d’homme fort » de l’État, a renvoyé le Parlement à « ses responsabilités » : « Le débat est légitime. Je le respecte. Il doit avoir lieu », a-t-il déclaré alors que l’adoption du texte s’avère difficile (on estime que 200 députés du PS auraient plus que des états d’âme aujourd’hui, à le voter). Avant de prévenir : « En 2016, nous lutterons contre le terrorisme. Oui sûrement, intensément ». Que ceux qui refusent de prendre les mesures nécessaires en supportent demain l’opprobre public…
Car, en reprenant une mesure proposée par le Front national et reprise par la droite traditionnelle, François Hollande sait qu’il heurte son propre camp. Mais il joue clairement la carte de l’opinion publique. Les premiers sondages indiquent en effet que 85% des Français approuvent la mesure – dont 62% sont « tout à fait favorables » et 5% seulement y seraient tout à fait opposés. Dans le climat paranoïaque actuel, François Hollande aurait proposé le rétablissement de la peine de mort pour acte de terrorisme, il aurait certainement obtenu une majorité de sondages favorables…
« La patrie » française, avant l’Europe
Plus étonnant dans le discours présidentiel a été l’exaltation des valeurs de la patrie française… contre les manquements actuels de l’Europe, avec des propos que ne critiquerait pas l’eurosceptique Jean-Pierre Chevènement : « L’Europe, elle a réussi de grandes choses. Mais elle a révélé des insuffisances qui la mettent aujourd’hui en péril », invitant les 28 à « sécuriser ses frontières ».
Quant à la situation économique, François Hollande lui-même reconnaît que la France est dans une situation d’urgence en matière de sécurité, elle est également « dans une situation d’urgence en matière économique » ! Surprenant parce que l’aggravation du chômage, la faiblesse d’investissements des entreprises, la crise de la demande ne sont pas pour le moins des facteurs accidentels mais ont bien des causes structurelles avec des effets négatifs que les différentes mesures prises par le gouvernement depuis trois ans n’ont pas réussi ni à résoudre, ni même à contenir.
Quant aux mesures de redressement annoncées, elles butent surtout sur la nécessité d’un fort investissement financier de l’État français, contrainte très contradictoire avec l’objectif réclamé par Bruxelles, d’un déficit public de 3% en 2017.

Categorie(s): actualité

Auteur(s): Pierre Morville, à Paris

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