Déchéance, primaire à gauche… François Hollande contesté dans son propre camp

Tsa; le Mardi 12 Janvier 2016
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Christiane Taubira, ministre française de la Justice, a fait à nouveau savoir qu’elle était, comme beaucoup de personnalités de la gauche française, contre la déchéance de la nationalité pour les binationaux. Elle a réaffirmé en fin de semaine qu’une telle mesure n’était à ses yeux « pas souhaitable », son « efficacité » étant « absolument dérisoire ».
Le problème ? Ce sera la même Christiane Taubira qui devra défendre devant les parlementaires, la réforme constitutionnelle. À gauche comme à droite, nul ne nie aujourd’hui l’efficacité très limitée de cette mesure qui pourrait toucher aujourd’hui quelques dizaines de djihadistes coupables ou suspects actuels ou à venir. Ceux-ci ne doivent pas être ébranlés par la possibilité de perdre leur nationalité française et d’être expulsés de France après avoir passé quelques dizaines d’années de prison.
« C’est une mesure symbolique », plaide le premier ministre Manuel Valls. C’est bien le problème. La symbolique ne passe pas : « J’étais effarée que le président Hollande donne satisfaction à une vieille revendication de l’extrême droite et valide la distinction entre ‘Français de souche’ et ‘Français de papier' », explique par exemple Nassera Benmarnia, responsable socialiste marseillaise.
Primaire à gauche ?
La politique économique très libérale menée par le gouvernement hollande depuis 2012 avait déjà suscité à gauche des critiques croissantes, notamment par le fait que les consignes européennes de rigueur et de baisse à marche forcée des déficits avaient interdit une reprise de la croissance, fait exploser le chômage et met en difficulté beaucoup de pays de l’Europe du Sud.
Le tournant très sécuritaire pris par François Hollande après les attentats terroristes de 2015 ont surpris puis courroucé beaucoup d’électeurs de la gauche traditionnelle. Pourquoi l’actuel président de la République française et candidat à sa propre succession se met-il à dos sans trop de raison, beaucoup de ses anciens électeurs ? La réponse se trouve évidemment en 2017, date de la nouvelle élection présidentielle.
Aujourd’hui les quatre acteurs principaux de cette échéance à deux tours sont : Marine Le Pen, François Hollande, Nicolas Sarkozy et Alain Juppé. Ce dernier est aujourd’hui celui des candidats potentiels qui dans les sondages obtient les meilleurs scores. Pour cette raison, son rival dans le même parti, Nicolas Sarkozy, et François Hollande rêvent qu’il soit éliminé lors de primaire de la droite en novembre 2016. Une fois éliminé l’encombrant Juppé, les deux anciens président pensent l’un et l’autre qu’ils seront les mieux placés pour, au second tour, affronter la candidate qui risque d’avoir réuni au premier tour le maximum de voix : Marine le Pen.
Face à cette candidate d’extrême droite, Sarkozy et Hollande ont tous deux déporter leurs discours plus à droite. Nicolas Sarkozy veut rallier les électeurs séduits par Marine Le Pen en durcissant encore son discours déjà très à droite. François Hollande espère gagner des voix au centre et même à droite, en menant une politique très libérale en matière économique et très sécuritaire après les attentats de Paris. Mais François Hollande ne risque-t-il pas par cette réorientation de sa politique, de perdre bien plus à gauche qu’il ne gagnera à la droite de l’électorat ?
Un peu lassé des finasseries tactiques de François, un collectif d’intellectuels a lancé cette semaine l’idée d’une « primaire » à gauche. « Nous appelons à une grande primaire des gauches et des écologistes (…) Nous voulons collectivement choisir notre candidat et non pas qu’il nous soit imposé par en haut, sans débat, sans préparation collective », ont-ils écrit.
Certes, mais il y a peu de chances que cette démarche aboutisse. La direction du PS, certes gênée de l’avouer franchement, est furieusement contre. Mais l’initiative va réveiller à gauche de nombreux débats et François Hollande interpellé par son propre camp devra y répondre. Au moins sur quelques dossiers clé.

Categorie(s): actualité

Auteur(s): Pierre Morville, à Paris

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