Déclarations de Sarkozy sur l’Algérie : entre vérités et provocations

Tsa; le Dimanche 17 Janvier 2016
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Nicolas Sarkozy s’est fait remarquer mercredi dernier lors d’une conférence tenue aux Émirats arabes unis. Durant son intervention, l’ex-président français a affiché clairement sa préférence pour le Maroc, affirmant que « tout le monde n’a pas la chance d’avoir un souverain comme le roi du Maroc » et soulignant que ce dernier « a modifié la Constitution au moment du Printemps arabe. Il a pris des risques politiques considérables qui ont garanti la paix au Maroc ». Il a réaffirmé publiquement la position de son pays sur le dossier sahraoui, en affirmant que « la France a été toujours pour la marocanité du Sahara occidental ». Une provocation à l’égard de l’Algérie pour qui l’indépendance du Sahara occidental est une affaire de décolonisation.
Nicolas Sarkozy, chef du parti Les Républicains (ex-UMP, opposition) a aussi saisi l’occasion pour tacler une nouvelle fois l’Algérie en déclarant que « dès qu’on dit un mot [sur l’Algérie], ça devient une polémique ». Comme lors de sa visite à Tunis en juillet dernier, l’ex-président français a, en outre, affirmé une nouvelle fois que « la question du développement et de la modernisation [de l’Algérie] est posée ».
Les déclarations de Sarkozy ont fait réagir un haut fonctionnaire du ministère des Affaires étrangères qui a fustigé, sous couvert d’anonymat, « ces sorties malveillantes à l’égard de l’Algérie » qui seraient « d’une légèreté irresponsable ». La question de la forme que prend la sortie médiatisée de l’ex-chef de l’État, notamment sa maladresse, mérite en effet d’être posée. Lorsqu’il prend position aussi ouvertement pour le camp marocain, Nicolas Sarkozy discrédite toute opinion qu’il pourrait formuler vis-à-vis de l’Algérie. L’ex-président français offre même un parfait exemple d’ingérence à ne surtout pas commettre lorsque l’on convoite la plus haute fonction de l’État français. D’autant que sa dernière ingérence dans les affaires d’un pays du Maghreb, la Libye, s’est terminée dans un bain de sang.
Pourtant, sur le fond, les déclarations de Sarkozy ne devraient intrinsèquement pas être polémiques. L’Algérie a en effet un problème de modernisation. Par manque de diversification économique, les perspectives du pays se sont assombries aussi vite que les cours du pétrole se sont effondrés. Rarement d’ailleurs, l’avenir de l’Algérie n’a paru aussi brumeux. L’ex-président français dit aussi vrai lorsqu’il évoque la célérité de la révision constitutionnelle au Maroc, en contraste total avec la révision de la Constitution algérienne qui a mis cinq longues années à accoucher d’un texte, décevant au demeurant. Surtout, Nicolas Sarkozy est loin d’être le seul homme politique ou diplomate étranger (français ou autre) à partager cette vision d’une Algérie aux potentialités inexploitées, voire gâchées.
Si l’ex-président a choisi d’exprimer publiquement son opinion, contrairement à d’autres qui réservent la leur aux cercles privés uniquement, c’est parce qu’il sait que lancer une opération séduction à l’égard du pouvoir algérien n’a que peu de chances de porter ses fruits, eu égard à la relation fusionnelle qu’a développée le président français François Hollande avec le président Bouteflika. Il a exprimé publiquement un avis partagé par de nombreux autres responsables politiques français. Ce qui n’est pas courant.
Le fait que Nicolas Sarkozy expose son avis publiquement pose les bases quant à la suite des événements, notamment en ce qui concerne la relation entre l’Algérie et la France. Les officiels algériens s’empresseront de rappeler que Sarkozy n’est plus chef de l’État français, qu’il n’occupe plus de haute fonction et que les relations entre la France de l’actuel président François Hollande et l’Algérie n’ont jamais été aussi bonnes. Nicolas Sarkozy est néanmoins l’actuel président du parti Les Républicains, l’un des principaux partis français et il existe une probabilité réelle qu’il soit le candidat de son parti lors des prochaines élections présidentielles françaises en 2017. Si Nicolas Sarkozy venait à occuper à nouveau la plus haute fonction de l’État français, le pouvoir algérien saura à quoi s’en tenir.

Categorie(s): actualité

Auteur(s): Yacine Babouche

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