Démission de Chadli Bendjedid : son frère raconte

Tsa; le Samedi 9 Janvier 2016
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Le président Chadli Bendjedid a « démissionné par conviction et n’avait pas été poussé à la démission par les militaires ». Dans un entretien au quotidien Echourouk publié ce samedi 9 janvier, Khelifa Bendjedid raconte des détails sur la démission de son frère Chadli Bendjedid, le 11 janvier 1992. « Il a jeté l’éponge parce qu’il pensait que c’était l’une des solutions pour permettre au pays de sortir de la crise », affirme-t-il.
Feu président Chadli avait démissionné le 11 janvier 1992, dans un contexte de grave crise politique. L’Armée venait d’annuler le premier tour des premières élections législatives pluralistes de l’histoire de l’Algérie qui ont eu lieu le 26 décembre 1991 et qui ont été remportées par le FIS dissous.
« Feu Chadli a passé des journées très difficiles entre le 26 décembre et le 11 janvier 1992. Il était abattu psychologiquement. Il était profondément choqué par la victoire du FIS », raconte son frère Khelifa.
La victoire de l’ex-FIS au premier tour des législatives a mis le président Chadli dans une position difficile. « Juste après l’annonce des résultats, il s’est réuni avec les responsables de l’Armée au siège des forces terrestres à Aïn Naâdja (Alger), en présence de l’ancien ministre de la Défense, Khaled Nezzar. Il a attiré l’attention des responsables militaires sur la gravité de la situation. Il leur a demandé d’assumer leurs responsabilités et qu’il n’allait pas assumer seul la responsabilité », ajoute Khelifa Chadli.
Après cette réunion, l’Armée a décidé d’interrompre le processus électoral. « Les dirigeants de l’Armée ont compris que Chadli voulait démissionner. J’ai reçu un appel téléphonique de Chadli le 7 janvier. J’étais à Oran. Il m’avait demandé de venir à Alger. J’avais aussitôt pris l’avion pour la capitale. Une fois sur place, j’ai été accueilli par mon frère le colonel Malek Benjedid, qui était le chef de la première région militaire. Il m’a dit que le président était démissionnaire. J’ai passé la nuit chez lui et le lendemain, le 8 janvier, j’ai rencontré le président dans sa résidence. Alors il m’a dit qu’il allait démissionner et qu’il m’a demandé de venir à Alger pour m’informer », raconte l’ancien wali de Constantine.
Le même jour, alors que les deux frères discutaient, le général Benkortbi, à l’époque directeur du Protocole de la présidence, rejoignait les deux hommes. « Il est arrivé avec une feuille écrite à la main. Je ne savais pas que c’était la démission. Après l’avoir lue, Chadli l’a signée et l’a remise au général Benkortbi », raconte Khelifa Bendjedid, en précisant que feu le président Chadli voulait annoncer sa démission le 9 janvier. « Le général Benkortbi lui a dit que le groupe des militaires voulait qu’il patiente jusqu’au 11 janvier », affirme Khelifa Bendjedid.
L’ancien wali de Constantine affirme que son frère voulait démissionner et céder le pouvoir depuis 1984. « Après son arrivée au pouvoir, il a entamé une série de réformes, mais en 1984, et pour la première fois, il avait évoqué l’idée de démissionner et de transmettre le flambeau ». « Mon frère m’a dit : j’ai repris le flambeau de Boumediène dans des conditions spéciales, je veux le transmettre au peuple dans des conditions normales », révèle Khelifa Benjedid, en affirmant que les événements du 5 octobre 1988 avaient profondément choqué feu le président Chadli. « Il ne pensait pas que les choses allaient se détériorer jusqu’à aboutir à des affrontements sanglants ».

Categorie(s): actualité

Auteur(s): Riyad Hamadi

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