Enterrement d’Aït Ahmed : une foule immense, un pouvoir indésirable

Tsa; le Vendredi 1 Janvier 2016
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« La Kabylie n’a pas connu des funérailles qui ont suscité autant d’engouement populaire depuis ceux de Laïmeche Ali ». À Ath Ahmed, village natal d’Aït Ahmed sur les hauteurs d’Aïn El Hammam, dans la wilaya de Tizi Ouzou, ami Saïd, 90 ans, est la mémoire de la région. Il n’a jamais vu autant de monde lors d’un enterrement depuis les funérailles de Laïmeche Ali, un autre révolutionnaire, décédé en 1946, à l’âge de 21 ans.
Ce vendredi 1er janvier, l’enterrement de Hocine Aït Ahmed, un autre grand révolutionnaire, natif de cette région montagneuse de la Kabylie qui a donné tant d’hommes pour la libération de l’Algérie, a drainé des centaines de milliers de personnes. Plus d’un million, selon les organisateurs. Les Algériens, de toutes les régions du pays, ont rendu un hommage exceptionnel à Ait Ahmed, chef historique de la Révolution, et fondateur du premier parti d’opposition en Algérie.

L’enterrement s’est déroulé, comme l’a souhaité le défunt : simple et populaire. Son vœux a été exaucé. Le service d’ordre a été assuré par les habitants et les militants du FFS. Jeudi, la population locale, comme l’affirment plusieurs témoignages, excédée par la « grossière manipulation de la mort d’Aït Ahmed par le pouvoir à travers les images diffusées par l’ENTV » a décidé de renvoyer même la gendarmerie dans ses brigades. La police s’est déployée en force, mais elle est restée discrète.
Près de 700 jeunes bénévoles ont été mobilisés pour assurer l’ordre. Sans succès. Ils n’ont pas tenu une minute après l’arrivée de la dépouille du défunt. « La ferveur populaire a fait que personne ne veuille respecter les consignes », commente un organisateur sur place. En fait, c’était prévisible. À 6h du matin, la placette de Tissirth Nechikh où la dépouille devait être exposée, a été littéralement assiégée. Plus de 5000 personnes y ont passé la nuit. La foule devenait plus compacte à mesure que le cortège funèbre approche.
Les habitants de Tizi Ouzou ont quasiment déserté leurs villages pour se rendre à Ath Ahmed et assister à l’enterrement. Des milliers de personnes sont venues de plusieurs régions du pays.
Les personnalités venues assister aux funérailles sont devenues invisibles pour les journalistes. La foule excitée a fini par s’en prendre au cortège officiel du Premier ministre Abdelmalek Sellal accompagné par plusieurs ministres et le wali de Tizi Ouzou. Seuls les ministres arrivés dans la discrétion ont réussi à assister à l’enterrement. Parmi eux, Ould Ali El Hadi, Mohamed Aissa et Tayeb Zitouni. Sellal a été hué et son cortège caillassé. Il a été contraint de rebrousser chemin. Les personnalités de l’opposition comme Benflis, Hamrouche, Mohcine Belabas, ont été épargnées par la foule. Dans cette région perchée au sommet du Djurdjura et abandonnée par le pouvoir, la population déteste les cortèges officiels. La Kabylie ne s’est pas encore réconciliée avec le pouvoir.

À 11h30, la situation est devenue incontrôlable. L’arrivée de la dépouille d’Aït Ahmed a mis en effervescence la foule. Les barrières de sécurité ont sauté. Ni le fédéral du FFS, ni le directeur des Affaires religieuses, ni Ali Laskri, ni encore Boussad Aït Ahmed n’ont réussi à remettre de l’ordre. La foule est devenue sourde aux appels au calme. À 14h, la dépouille est transportée, sur deux kilomètres, par la Protection civile de Tissirth Nechikh vers le mausolée de l’oncle maternelle du défunt Cheikh Mohand Oulhocine, au centre du village Ath Ahmed. Aït Ahmed a été enterré dans la tombe de sa mère décédée en 1983. Comme il l’a demandé. L’inhumation a été suivie par une prise de parole de Mouloud Hamrouche conformément dit-on aux dernières volontés d’Aït Ahmed. À l’enterrement d’Aït Ahmed, les représentants du pouvoir étaient indésirables.

Categorie(s): actualité

Auteur(s): Imene Brahimi

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