François Hollande arcbouté sur la controversée déchéance de nationalité

Tsa; le Mardi 29 Decembre 2015
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Il semble loin le temps où en 1984, dans les coulisses, François Hollande aidait Julien Dray et Harlem Désir à fonder « SOS Racisme ». Après avoir, semble-t-il, longuement hésité, François Hollande a lancé un coup de tonnerre, mercredi dernier, en maintenant dans la réforme constitutionnelle en préparation la mesure de déchéance de la nationalité française aux binationaux qui auraient été convaincus de terrorisme.
Cette mesure est-elle efficace ? Manuel Valls lui-même en reconnaît uniquement la portée « symbolique ». Il est vrai que pour un candidat au martyr ou une action terroriste violente, la menace de la perte de sa carte d’identité nationale ne constitue pas un frein.
La mesure est donc bien « symbolique » et surtout comme le répète le Premier ministre française, la conséquence d’un « état de guerre ». Manuel Valls a dénoncé dimanche l’attitude « d’une partie de la gauche [qui] s’égarait au nom de grandes valeurs en oubliant le contexte » : autrement dit, « l’état de guerre » qu’avait annoncé François Hollande, lors de son discours le 16 novembre devant le Congrès, après les attentats de Paris.
Une mesure de Marine Le Pen
Comme toujours, pour convaincre les indécis, Manuel Valls en a « remis une couche » ces derniers jours. Avec un résultat inverse à ses attentes : les propos du chef de l’Exécutif ont résonné comme une nouvelle provocation et déclenché des réactions indignées chez de nombreux socialistes, et pas des moindres : Jean-Marc Ayrault, l’ancien Premier ministre de François Hollande, et Martine Aubry, la principale rivale de celui-ci dans les primaires qui ont désigné en 2012, le candidat socialiste à la dernière élection présidentielle.
De nombreux élus socialistes rappellent également que cette déchéance fait partie depuis longtemps du programme de Marine Le Pen et d’ailleurs les quatre parlementaires du Front national se sont publiquement félicités et promettent, enthousiastes, de voter la réforme…
Le mot même de « guerre » pose problème : « En France, il n’y a pas d’état de guerre commentait Gilles Kepel le 26 décembre, et nous ne sommes pas menacés par une armée de djihadistes. Si l’on regarde les parcours d’Abaaoud et consorts, on voit surtout des méthodes de truands, qui ont mitraillé des gens à la terrasse des cafés ». L’universitaire poursuit : « Les mesures de police, l’état d’urgence, ce sont des mesures symptomatiques. Comme quand on met un garrot pour stopper un saignement. Faisons attention à ne pas tomber dans le piège tendu par Daesh, qui veut réduire la capacité démocratique de la France ».
Droit du sol

Les républicains de gauche et de droite sont profondément attachés à l’acquis historique du droit du sol : il s’applique notamment aux enfants nés en France de parents étrangers. Ceux-ci obtiennent automatiquement la nationalité à 18 ans, à la condition d’avoir vécu cinq ans en France depuis leur onzième année. C’est d’ailleurs ce qu’a fait le jeune Manuel Valls, né à Barcelone, d’un père espagnol et d’une mère hispano-suisse.
La proximité des futures élections présidentielles pèse également sur ce débat « constitutionnel ». François Hollande n’a pas réussi à ce jour à sortir l’économie française de l’atonie générale européenne et n’a pas non plus réussi à « inverser la courbe du chômage », comme il l’avait promis. Il a regagné un crédit certain auprès de la population en réagissant avec détermination aux attentats de Paris. Joue-t-il une carte « d’homme d’État fort » alors que l’ensemble des partis traditionnels semblent décontenancés par la percée spectaculaire du Front national dans toutes les dernières élections ?
Pour adopter cette réforme constitutionnelle, François Hollande devra néanmoins obtenir un vote favorable des 3/5e du Parlement (Sénat + Assemblée nationale) réuni en Congrès. Une règle qui impose à l’Exécutif de rassembler au-delà de sa propre majorité socialiste s’il veut faire voter son texte par la voie législative et non par référendum.
À cette heure, le Parti socialiste reste, on le sait, très divisé et bon nombre de députés même parmi les plus fidèles à la discipline de parti, vont voter contre ou s’abstenir. Les Écologistes, le Parti de gauche, le Parti Communiste voteront contre. Beaucoup d’élus centristes de gauche et de droite s’interrogent. La droite traditionnelle hésite. Nicolas Sarkozy voit bien qu’il « se fait doubler sur sa droite » par un président socialiste, de surcroît sur une question sécuritaire !
Au résultat, il faudra à François Hollande le vote positif de 555 voix sur les 925 députés et sénateurs qui seront réunis en Congrès pour cette réforme constitutionnelle. Ce n’est pas joué et le vote, quel qu’en soit le résultat, laissera des traces durables à gauche.
« La France a mieux à faire que de se quereller sur une mesure dont tout le monde sait qu’elle n’est d’aucune efficacité, même symbolique, contre le terrorisme », a indiqué le 27 décembre, Julien Dray. Celui-ci est toujours aujourd’hui un très proche de François Hollande. C’est avec le très discret mais constant appui de ce dernier (mandaté alors par François Mitterrand lui-même) que Julien Dray avait, avec Harlem Désir, fondé en octobre 1984, SOS-Racisme !

Categorie(s): actualité

Auteur(s): Pierre Morville, à Paris

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