Hocine Aït Ahmed parle de Messali Hadj et de son épouse

Tsa; le Vendredi 1 Janvier 2016
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Le 4 Octobre 2003

M. Jean-Paul Vinchelin

Maire de Neuves-Maison

Vice-Président du Conseil Général

Cher Monsieur,

Je suis au grand et vif regret de ne pouvoir être présent aux cérémonies qui doivent célébrer aujourd’hui la mémoire d’Émilie Busquant qui a marqué la longue odyssée du mouvement national algérien. Les graves impondérables qui marquent la conjoncture actuelle dans mon pays m’empêchent d’accomplir un devoir et aussi de partager avec vous l’émotion que suscite cette noble et belle figure de notre histoire.
Hélas ! Loin de se résorber la crise qui, à huis clos déchire, ruine et ensanglante notre société depuis onze années, semble chargée de périls encore plus incontrôlables. Je vous prie de présenter mes excuses auprès des proches du regretté couple Busquant Messali ainsi qu’auprès des camarades qui assistent à cette commémoration.
Le souvenir que j’ai gardé de ma première rencontre avec Emilie et Sid L’Hadj au retour d’exil de celui qui avait été pour moi à peine sortie de l’adolescence au delà d’un mythe, un personnage fascinant reste l’un des temps les plus forts de ma mémoire. « Être désappropriées de l’Histoire, c’est peut-être finalement l’Histoire la plus importante et le plus ordinaire qui arrive quotidiennement aux femmes ». Je souscris totalement à ce propos d’Arlette Farge, qui constitue l’une des leçons fondamentales de la philosophie de l’histoire humaine.
Fusionner la mémoire et le pouvoir, la mémoire et le mâle, l’histoire et le pouvoir machiste, demeure l’éternelle escroquerie qui hypothèque l’humanité. Aussi bien, je suis heureux que la personnalité de Madame Busquant Messali commence à sortir de l’oubli. L’Algérie et la France lui doivent beaucoup : non seulement parce qu’elle a partagé jusqu’au bout les luttes et les souffrances de son mari, mais parce que ce grand leader lui doit d’avoir situé sa vision et ses combats, hors de l’intégrisme nationaliste, comme algérien mais à la fois comme compagnon internationaliste des travailleurs français, comme africain descendant d’esclave et tout simplement comme être humain.
C’est sans doute, grâce au dévouement à l’humilité et à la culture de gauche de cette grande dame, que la modernité chez Messali ait pu se concilier avec le respect des traditions. Une modernité existentielle vécue dans le côte à côte et la convivialité, et non pas un simple placage à la mode sans effet sur les mentalités et les comportements. Je salue du fond du cœur cette célébration. Elle n’est que justice et je souhaite que les deux peuples qu’elle a aimés réussissent à sortir des sentiers battus pour trouver les vrais chemins d’un partenariat crédible au service de toutes les catégories sociales.

Avec mes plus chaleureuses salutations.

Hocine Aït Ahmed

Categorie(s): actualité

Auteur(s): Hocine Aït Ahmed

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