La gabegie des mots

Tsa; le Lundi 28 Decembre 2015
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Depuis quelque temps, l’Algérie se noie dans la parole. Tout le monde parle et contre-parle. Articles de presse, émissions de radio et de télévision, débats houleux à huis clos ou à ciel ouvert, livres, pamphlets, mémoires, etc.
D’un certain point de vue, on a l’impression que cette logorrhée qui submerge le champ politique algérien est saine et dénote un certain niveau de démocratie concrète et réelle et une certaine conscience politique accrue, aussi bien chez les élites que chez les gens. Car la rue parle, commente, bruisse de rumeurs et de contre-rumeurs, de blagues hautement politiques, etc…
Mais la parole est aussi une forme de violence et des débats houleux mal construits où l’insulte sert d’argument intangible et irréfutable, peut-être dangereux. Peut déborder du cadre strict de l’échange structuré, poli et enrichissant. Quand on voit un député, qui ressemble à un judoka poids lourd, fulminer des insultes et des accusations et des menaces, on a, alors, l’impression d’être sur un ring et non à la chambre des députés. Quand on assiste – médusés – à l’arrestation, au jugement et à la condamnation de généraux de l’Armée nationale, on a l’impression que le navire « Algérie » chavire.
Frustrés pendant longtemps de paroles et de mots, les Algériens sont tombés, maintenant, dans la gabegie des mots.
Attention : les mots sont -aussi – des balles !

Categorie(s): actualité

Auteur(s): Rachid Boudjedra

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