Maladresses, contrevérités et dérapage : ces arguments surprenants employés par Ouyahia pour défendre la nouvelle Constitution

Tsa; le Mardi 5 Janvier 2016
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Ahmed Ouyahia a présenté ce mardi 5 janvier l’avant-projet de révision de la Constitution. Lors de la conférence de presse qui a suivi la présentation des grandes lignes du projet, le directeur de cabinet de Bouteflika a défendu bec et ongles le texte du Président. Non sans difficulté.
Tout au long de son face-à-face avec la presse, Ahmed Ouyahia a été peu convaincant sur de nombreux points. Mais il est resté imperturbable, même lorsqu’il a dû défendre l’indéfendable et expliquer l’inexplicable. Comme à l’accoutumée, il a dû recourir à des arguments à la fois erronés, souvent surprenants, pour justifier certaines dispositions de l’avant-projet en question.
Première question compliquée : pourquoi Ahmed Ouyahia, qui a défendu en 2008 avec « arguments » la fin de la limitation des mandats présidentiels, défend-il aujourd’hui la disposition qui les rétablit ? La réponse est surprenante : « En 2008, il y avait une demande de la part de la société civile (pour un troisième mandat, NDLR). Bouteflika est une personnalité particulière. J’avais dit que sa candidature était un sacrifice de sa part pour éviter au pays de sombrer dans la violence ».
Ahmed Ouyahia ne dit pas comment cette « demande du peuple » s’était exprimée à l’époque. Mais en apportant cette réponse, il fait un aveu de taille : en 2008, la Constitution a bien été amendée uniquement pour permettre à Bouteflika de briguer un troisième mandat. Le texte a été amendé uniquement pour le Président. Mais ce même Ouyahia critique, dans la même conférence de presse, « ceux qui ont tendance à dire que chaque chef d’État a sa Constitution ».
Obama mal élu ?
Mais le plus surprenant est sans doute l’explication donnée par le chef de cabinet du Président pour justifier le recours à un Parlement peu représentatif pour amender la Constitution. Ouyahia, sans hésiter, évoque le cas des États-Unis. « Le président Barack Obama, dont la sagesse est déterminante pour la stabilité du monde, a été élu avec moins de 50% » de participation, a-t-il répondu au journaliste qui mettait en avant le fait que l’actuelle APN a été élue avec un taux de participation très faible. Mais l’argument d’Ouyahia est faux : comme le montre ce tableau qui recense les taux de participations aux élections américaines, Barack Obama a été élu avec un taux de participation de 57,1% en 2008 et réélu avec un taux de 57,5% en 2012.
Autre argument avancé par M. Ouyahia : le Parlement européen a annulé les prérogatives des parlements nationaux. Là encore, c’est faux. Les parlements nationaux disposent de pouvoirs et de prérogatives beaucoup plus étendus que le Parlement européen. C’est la Commission européenne, qui n’est pas élue, qui dispose d’ailleurs de vrais pouvoirs en Europe.
Maladresse
Autre disposition défendue maladroitement par Ouyahia : le candidat pour la présidentielle doit « résider depuis au moins 10 ans en Algérie ». Pourquoi ? « Il faut être fier d’être algérien et de partager le quotidien des Algériens », a expliqué Ouyahia. Un nouveau discours qui tranche avec ce qu’on a l’habitude d’entendre jusqu’ici. Du moins, quand il s’agit d’évoquer la « traversée du désert » du président Bouteflika qui a duré plus de 16 ans. L’argumentaire d’Ouyahia porte également un jugement maladroit sur les Algériens qui résident à l’étranger, d’autant plus qu’il intervient quelques jours seulement après l’enterrement d’Ait Ahmed, une personnalité politique qui a choisi l’exil tout en restant fière d’appartenir à ce pays.
Enfin, Ouyahia a défendu la décision des autorités – qui restera en vigueur après l’adoption de la nouvelle Constitution ! – d’interdire les manifestations à Alger, reprochant à l’opposition, tantôt de chercher la surmédiatisation de ses activités, tantôt de provoquer la violence. Il est allé loin en qualifiant de « fascistes » ceux qui ont manifesté, en 2014, contre le quatrième mandat, en allusion au mouvement Brakat. Un véritable dérapage.
Dans ce contexte, Ouyahia a révélé le sens du mot «  consensus » tel que l’entend le pouvoir : « Convaincre seulement ceux qui veulent dialoguer avec nous. L’opposition est libre de contester ». Sur la base de cette définition singulière, Ouyahia décrète « consensuelle », la prochaine Constitution.

Categorie(s): actualité

Auteur(s): Achira Mammeri

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