Monnaie : le Renminbi chinois est en route

Tsa; le Mardi 29 Decembre 2015
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La monnaie chinoise deviendra bientôt l’une des pièces maîtresses d’un système monétaire international multipolaire. Par Paola Subacchi, directrice de recherche en économie internationale, Chatham House.
Le prix Nobel Robert Mundell a dit un jour, « les grandes puissances ont de grandes monnaies ». Il semble que la Chine, dont Mundell a longtemps conseillé le gouvernement, ait pris cette notion à cœur, cherchant pendant de nombreuses années à convaincre le Fonds monétaire international d’ajouter le renminbi au panier de devises qui déterminent la valeur de l’actif de réserve du FMI, le droit de tirage spécial (DTS). Et voici que le FMI a effectivement décidé de le faire, ce qui équivaut à un énorme vote de confiance en la capacité de la Chine à jouer un rôle majeur dans la finance internationale.
De nombreux acteurs de marché, cependant, restent sceptiques quant à la décision. Est-ce que le renminbi appartient vraiment à la même catégorie que le dollar américain, l’euro, le yen japonais et la livre sterling dans le système monétaire international ?
Des progrès remarquables
Sûrement, la Chine a fait des progrès remarquables au cours d’une période relativement courte. Depuis 2009, la part du commerce de la Chine libellée en renminbi a augmenté de moins de 1% à plus de 20%. Et le renminbi se classe maintenant au quatrième rang parmi les monnaies mondiales utilisées pour les paiements internationaux.
Mais la part du renminbi dans les paiements mondiaux, 3%, est loin derrière celle du dollar (45%) et de l’euro (27%). En outre, la croissance de l’utilisation du renminbi pour régler des transactions commerciales a été largement concentrée dans la région Asie-Pacifique, et plus particulièrement pour les transactions entre la Chine et ses voisins. De plus, la demande pour les actifs libellés en renminbi reste relativement faible, avec seulement 1,5% du total des dépôts bancaires en renminbi détenus en dehors de Chine.
Une monnaie internationale en devenir
Le contraste entre le renminbi et ses homologues composant le panier des DTS est saisissant. Les montants en renminbi sur le marché obligataire international représentent seulement 0,5% du total mondial, contre 40% émis en dollars, 41% en euros, près de 10% en livres et 2% en yen. La valeur des prêts libellés en renminbi – 188 milliards (29,2 milliards de dollars américains) – est minuscule, surtout quand on considère que près de 50% du total des dettes bancaires internationales sont libellées en dollars, environ 30% en euros, 5% en livres et environ 3% en yen. Et le renminbi représente entre 0,6 et 1% des réserves mondiales en devises détenues par les banques centrales, alors que le dollar et l’euro comptent pour 62% et 23%, respectivement.
Une puissance économique et financière en devenir
En bref, contrairement au reste des monnaies dans le panier des DTS, le renminbi est une monnaie internationale en devenir, tout comme la Chine est une puissance économique et financière en devenir. En effet, comme la plupart des pays en développement, la Chine reste un « créancier immature » qui prête principalement en dollars; et si elle avait besoin d’emprunter sur les marchés internationaux, elle devrait émettre la plupart de sa dette en dollars, et non en renminbi. De toute évidence, la position de la Chine dans la finance internationale ne correspond pas à son statut dans le commerce international.
Néanmoins, il existe un net sentiment que le renminbi deviendra un acteur clé dans les marchés financiers mondiaux. Après tout, contrairement à d’autres pays en développement – même les grands pays comme le Brésil, l’Inde et la Russie – la Chine a une économie qui est assez grande pour fournir la masse critique nécessaire au développement de sa monnaie.
Ne pas chercher à remplacer le dollar

En outre, les dirigeants chinois sont déterminés à faire passer des réformes – en particulier du secteur bancaire et des entreprises publiques – qui aideront à faire avancer cet agenda de développement. Ils ont clairement fait savoir que l’un de leurs principaux objectifs pour les cinq prochaines années est de réduire l’écart entre la position internationale du renminbi et celle des « grandes monnaies » mondiales, en promouvant l’utilisation du renminbi au-delà de la région Asie-Pacifique.

Il est important de noter, cependant, que les dirigeants chinois ne semblent pas chercher à remplacer le dollar en tant que monnaie internationale dominante. Leur approche – basée sur la conviction qu’un système monétaire international plus diversifié, et donc plus liquide, contribuerait à une économie mondiale plus équilibrée et moins volatile – est plus pragmatique.
Vers un système de devises multipolaire
Anticipant le passage d’un système basé sur le dollar (et, plus largement, dominé par les USA) à un système multi-devises et multipolaire, les dirigeants chinois jettent les bases pour assurer à leur pays (et sa monnaie) une des places au sommet, aux côtés d’autres grandes puissances.
Cet objectif semble certainement réalisable. En effet, l’évaluation il y a plusieurs mois de la Directrice générale du FMI, Christine Lagarde, des chances que le renminbi rejoigne le panier des DTS – la question est « non pas si cela arrivera, mais quand » – semble s’appliquer développement financier au sens large de la Chine. Alors que certains pays – les États-Unis et le Japon, en particulier – sont loin d’être enthousiastes à ce sujet, il est difficile de nier ce qui semble inévitable (aucun des deux pays ne s’est formellement opposé à la décision du DTS lorsque elle est venue). Et, avec l’augmentation du poids financier de la Chine, nul doute que son rôle dans la gouvernance économique mondiale se renforcera également.
Compte tenu de tout cela, il n’est pas surprenant que la réforme du système monétaire international et de sa gouvernance figureront en bonne place au sommet du G-20 de l’année prochaine, organisé par la Chine, qui assurera la présidence tournante du groupe. On ne sait pas encore comment la Chine va façonner le débat. Mais le simple fait que cela se déroulera au sommet du G-20, plutôt qu’au G-7, longtemps dominant, indique clairement que le système économique et monétaire mondial est en train de changer pour de bon.
Traduit de l’anglais par Timothée DemontPaola Subacchi, directrice de recherche en économie internationale à Chatham House, est l’auteur du livre à paraître The People’s Money : How China Is Turning the Renminbi into a World Currency (Columbia University Press). © Project Syndicate 1995-2015.

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Categorie(s): economie

Auteur(s): Paola Subacchi - En partenariat avec La Tribune

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