Nicolas Sarkozy coincé entre Marine Le Pen et Alain Juppé

Tsa; le Samedi 23 Janvier 2016
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« Casse-toi, pauv’ con ! ». C’était la réplique que le président Sarkozy, visitant le Salon de l’Agriculture en février 2008, avait envoyé à un passant qui semblait ne pas l’apprécier. La phrase très éloignée de l’onction présidentielle avait fait le tour de la France. Nicolas Sarkozy reconnait aujourd’hui avoir eu « grand tort d’avoir abaissé » par cette phrase la « fonction présidentielle ».
Dans un livre qui parait le 25 janvier, l’ancien président français passe au crible les erreurs de parcours lorsqu’il était président de la République. Un poste qu’il guigne à nouveau aujourd’hui. Hélas ! Les enquêtes d’opinion ne lui sont pas favorables. Début janvier, un sondage révélait que 74% des Français souhaitent que ni François Hollande ni Nicolas Sarkozy ne soient candidats à la présidentielle, contre 39% qui « acceptent » la candidature de Marine Le Pen… Le trivial « Casse-toi, pauv’ con » résonne à nouveau aux oreilles de Nicolas…
La préparation des prochaines élections présidentielles est un casse-tête pour la droite comme pour la gauche. À l’heure actuelle, le jeu se réduit à quatre acteurs. Marine Le Pen est quasiment assurée d’être, comme son père à l’élection présidentielle de 2002, présente au second tour de l’élection présidentielle des 2017.  Elle pourrait même faire beaucoup mieux que son père : en 2002, à la surprise générale, le premier tour place en tête Jacques Chirac (19,88 %) et Jean-Marie Le Pen (16,86 %). Lionel Jospin n’arrive qu’en troisième position avec 16,18 % des voix, et se retire définitivement de la politique. Les sondages actuels donnent Marine Le Pen en première position au premier tour avec 30 à 35% des voix.
Les socialistes en difficulté
Face à elle, il ne reste aujourd’hui que trois candidats possibles. François Hollande, président sortant sera, sans primaire, le candidat du Parti socialiste. Mais avec plus de 600 000 chômeurs de plus en trois ans, le bilan des socialistes est rejeté par quatre Français sur cinq, ce qui se traduit à chaque élection intermédiaire par une déroute.
« Cependant, la droite n’en profite pas en termes de crédibilité, non seulement parce que le bilan du précédent quinquennat est toujours jugé sévèrement à ce propos, mais aussi en raison du profond désarroi créé par la crise financière de 2008 » explique l’analyste Jérôme Sainte-Marie. De plus, dans une droite encore affaiblie, on ne connait pas encore le nom du candidat qui sera présenté par le parti Les Républicains et d’autres formations centriste. Ils ne sont pas moins de onze à postuler pour les primaires qui désigneront par le vote des militants et sympathisants de droite et du centre, le futur candidat à la présidence de la République.
Pour la primaire chez Les Républicains, Alain Juppé devance largement ses concurrents, selon les sondages. Le maire de Bordeaux récolte en effet 38% des intentions de vote parmi les sondés déjà sûrs de se rendre aux urnes. Un score stable, face à un Nicolas Sarkozy en recul, donné à 29% (contre 37% en octobre). François Fillon et Bruno Le Maire atteindraient 12% des voix, Nathalie Kosciusko-Morizet 4%… Alain Juppé est d’autant plus conforté que de nombreux sondages le donnent gagnant s’il affronte Marine le Pen au second tour de la présidentielle.
Multiplication d’erreurs tactiques
Face à ce rival dans son propre camp, Nicolas Sarkozy a multiplié les erreurs tactiques. Il a tout d’abord voulu contrôler son parti pour apparaître comme le candidat naturel de la droite. L’ancien chef de l’État a remporté en 2014 le vote des adhérents UMP avec 64,5% des voix, devant Bruno Le Maire et Hervé Mariton. Il reprend donc la tête du parti, sept ans après l’avoir quittée. Le parti est renommé en mai 2015 plus tard Les Républicains. Nicolas contrôle l’appareil mais cela n’a pas empêché la multiplication des candidats-président dans son propre parti…
Sarkozy a également voulu contrer la montée croissante de Marine Le Pen en droitisant son discours notamment sur l’immigration et la sécurité. Mais le semi-échec de Les Républicains aux élections régionales fin 2015 a montré que, sur ces dossiers, les électeurs préféraient l’original (Marine le Pen) à sa copie (Nicolas Sarkozy).
Une stratégie pour contrer Juppé
Voyant croître la popularité d’Alain Juppé, les Sarkozystes l’ont d’abord attaqué sur son âge : 70 ans ! 75 à la fin du mandat… Mais dans l’état d’esprit actuel des Français, en rage contre les partis et les hommes politiques, l’âge d’Alain Juppé est devenu un atout de taille : Juppé président saura prendre des risques, il pourrait prendre les mesures nécessaires puisque « inéligible » une seconde fois.
Dernière offensive du camp Sarkozy : Alain Juppé qui défend des positions modérées sur l’immigration et la sécurité – est plutôt contre la déchéance de nationalité – serait en réalité un… candidat de gauche ! Réplique du Bordelais : à l’approche de la primaire, Juppé, publiant un livre (Pour un État fort) « droitise » son discours tout en jouant toujours la carte de l’apaisement et le refus des excès. Du coup, il recueille 72% d’opinions favorables parmi… les sympathisants socialistes !
Aujourd’hui, sans beaucoup de solutions, Nicolas Sarkozy néanmoins connu pour sa pugnacité, va chercher dans les prochains mois à surprendre afin de se retrouver dans la position de Jacques Chirac face à son rival Edouard Balladur (soutenu alors par Sarkozy), tous deux candidats de la droite pour la présidentielle de 1995. Contre toute attente, c’était Chirac, pourtant vilipendé par la presse et son propre camp, qui l’avait emporté.
Dernier atout de Nicolas : il bénéficiera du soutien discret de François Hollande qui préfère de beaucoup affronter Nicolas Sarkozy plutôt qu’Alain Juppé lors du premier tour des présidentielles françaises.

Categorie(s): actualité

Auteur(s): Pierre Morville, à Paris

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