Outils d’évaluation économique : l’Algérie navigue à vue

Tsa; le Dimanche 3 Janvier 2016
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La présentation du rapport de 2014 de la Banque d’Algérie sur « l’évolution économique et monétaire en Algérie » à l’Assemblée populaire nationale (APN), aura lieu en ce début d’année 2016, soit avec au moins un an de retard. Ce qui rend la majorité des données qui seront présentées obsolètes et sans intérêt.
Mais au-delà du retard, ce délai révèle une situation autrement plus inquiétante : l’Algérie n’est pas dotée d’institutions et d’outils d’évaluation économiques fiables. En d’autres termes, le gouvernement navigue à vue. Explications.
Des institutions pas équipées
Depuis la dissolution du Commissariat au Plan, l’Algérie ne dispose plus d’institution dotées de capacités de prévisions sérieuses. La dernière tentative de mettre en place un ministère de la Statistiques et de la prospective, confié à Hamid Temmar, a lamentablement échoué. Depuis, les équipes recyclées du Commissariat au plan ont été dispersées, démobilisées puis mises en retraite, sans avoir formé et transmis leur savoir-faire et sans avoir constitué une relève, capable de faire des évaluations périodiques rapides et crédibles.
Résultat : aujourd’hui, ni la Banque d’Algérie (BA), ni l’Office national des statistiques (ONS), ni aucun organisme ne sont équipés pour une telle mission.
Pour les chiffres qui concernent la sphère monétaire et financière, la banque centrale est en mesure de transmettre ses données annuelles, regroupées et recoupées, le mois de mars de chaque année. Mais la Banque d’Algérie n’a pas toutes les autres données. Du coup, elle est contrainte d’attendre les éléments de l’ONS, pour la sphère réelle (évolution du PIB, inflation…). Résultat, le rapport sur l’évolution économique et monétaire en Algérie pour une année donnée, n’est complété qu’en juillet de l’année suivante.
Pire : l’ONS qui suit certes une méthodologie de calcul universelle, ne fournit certains chiffres définitifs parfois qu’après plusieurs années. C’est le cas pour les chiffres de l’emploi, notamment. Ce qui pose un sérieux problème : que faire des statistiques sur le chômage, fournies avec trois ou quatre ans de retard ? Dans des pays comme les États-Unis, les chiffres du chômage sont hebdomadaires. En France, ils sont publiés tous les mois.
 Aucune visibilité pour le gouvernement
Dans de telles conditions, comment le gouvernement peut-il mettre en place une stratégie ? Les chiffres arrivent sur la table des décideurs avec plusieurs années de retard. Plus inquiétant encore : aucun organisme n’est en mesure de faire des prévisions. L’ONS fournit des statistiques sur le passé mais ne fait aucune projection sur les années à venir, faute de compétences en la matière.
Ainsi, le gouvernement ne dispose pas d’éléments pour évaluer les résultats récents et encore moins de données pour prévoir et décider de la direction à suivre, sur la base d’éléments chiffrés précis. Ne sachant pas vraiment d’où il vient et encore moins où il va, le gouvernement navigue donc à vue. Et cela se ressent chaque jour dans la politique économique du pays.

Categorie(s): actualité

Auteur(s): Tewfik Abdelbari

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