Rachid Grim, politologue : « Bouteflika a tenu ses promesses, on est dans la logique de la démocratie apaisée »

Tsa; le Mardi 5 Janvier 2016
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Pourquoi le président Bouteflika a choisi ce timing pour la révision de la Constitution ?
C’est un homme politique qui choisit les bonnes opportunités. 2015 est l’année au cours de laquelle il a repris tous les pouvoirs en éliminant tous ses ennemis. Le général Toufik est parti à la retraite, d’autres généraux sont actuellement en prison. Il n’a besoin de l’avis de personne. À travers cette révision de la Constitution, il nous dit qu’il est le seul à décider. Il nous dit également que contrairement à toutes les analyses notamment celles liées à la succession, je vous laisse une Constitution « normale ».
Que pensez-vous des amendements proposés ?
Globalement, le projet me semble honnête et très équilibré. À l’exception du problème de la succession, il prend en charge toutes les préoccupations exprimées dont l’officialisation du tamazight, l’équilibre des pouvoirs, la saisine du Conseil constitutionnel par l’opposition. On est dans la logique de la démocratie apaisée dont le président de la République avait parlé dans son message (publié) à l’occasion du 1er Novembre dernier où il avait promis une Constitution qui mènerait le pays vers cette démocratie. Donc, le président (Bouteflika) a tenu ses promesses.
Pourquoi le président Bouteflika réintroduit la clause de la limitation des mandats après l’avoir supprimée en 2008 ?
Il ne faut pas oublier que c’est un homme qui pense être quelqu’un d’exceptionnel. C’est un homme qui a un ego très développé, voire surdimensionné et n’a confiance en personne qu’en lui-même. Pour le Président, ce qui est valable pour lui ne l’est pas pour les autres. Mais aujourd’hui, il est vrai que les deux mandats, c’est la norme mondiale. En tous cas, c’est un amendement qu’on ne remettra pas en cause.
Le Président n’a pas plafonné l’âge des candidats à la présidentielle. Est-ce pour se représenter en 2019 ?
Je pense qu’il ne le fera pas même si rien ne dit le contraire. Quoi qu’il en soit, il est à la limite de ses capacités physiques. À travers cette révision, je pense qu’il annonce indirectement qu’il ne fera pas d’autres mandats. Mais on peut comprendre également que le Président ira jusqu’au bout de son quatrième mandat et ne partira pas avant 2019. En cas d’empêchement, c’est le président du Conseil de la Nation qui prend l’intérim durant 90 jours pour préparer des élections (au lieu de 45 jours).
L’opposition reste très critique par rapport à cette révision, notamment en ce qui concerne l’instance de surveillance des élections…
Les partis politiques d’opposition sont dans leur rôle. Dans aucun pays, il n’y a une instance qui gère les élections en dehors de l’État. Je dis bien l’État et non le pouvoir. La vraie question qui sera posée est qui va être dans cette Commission. En fait, tout est dans la crédibilité de l’État et dans le cas de l’Algérie, la crédibilité du ministère de l’Intérieur.

Categorie(s): Entretiens

Auteur(s): Hadjer Guenanfa

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