Réforme de la Constitution : cinq raisons de douter

Tsa; le Lundi 4 Janvier 2016
40742

Ahmed Ouyahia, chef de cabinet du président Bouteflika, animera, mardi 5 janvier, une conférence de presse consacrée à la présentation des grandes lignes de l’avant-projet de loi de réforme de la Constitution. Le texte a été validé, fin décembre, par le président Bouteflika. Une « réforme » qui devrait aboutir à la fin janvier avec son vote au Parlement. Mais à la veille de la présentation du texte, il existe au moins cinq raisons de ne pas y croire. Les voici :
Un pouvoir incapable de réformer
En plus des intentions du pouvoir, il y a également sa nature. Depuis l’arrivée au pouvoir du président Bouteflika, le pouvoir n’a jamais réussi – volontairement ou par incompétence – à mettre en place une réforme sérieuse et audacieuse et ce dans tous les domaines. Le chaos économique actuel illustre à lui aussi ce manque d’intelligence. Comment alors faire confiance à un pouvoir qui a lamentablement échoué dans tous les domaines pour doter l’Algérie d’une Constitution démocratique ?
La sincérité du pouvoir en cause
Abdelaziz Bouteflika a annoncé une réforme de la Constitution en avril 2011. L’Algérie venait de connaître de sérieux troubles dans le sillage du Printemps arabe. Déstabilisé, le pouvoir avait promis des « réformes démocratiques » dont une révision de la Constitution. Mais cinq ans après cette promesse, aucune réforme démocratique n’a vu le jour. Bien au contraire, une fois le danger du Printemps arabe passé, le pouvoir a repris ses mauvaises habitudes. Le président Bouteflika, pourtant gravement malade, a même obtenu en 2014 un quatrième mandat à l’issue d’une mascarade électorale. Il est difficile aujourd’hui de penser que le pouvoir est prêt à opérer une ouverture démocratique à la faveur d’un nouveau texte.
Réformer la Constitution, pourquoi faire ?
Dans ce contexte, une question se pose : pourquoi le pouvoir cherche-t-il à réformer la Constitution ? Cette demande n’émane pas de la population. Aucun parti sérieux d’opposition n’a demandé une telle réforme. Bien au contraire : les Algériens et l’opposition se méfient de cette démarche, la considérant comme une nouvelle manœuvre du pouvoir. Et pour cause : la Constitution et les textes de loi actuels contiennent suffisamment de garanties et d’ouverture démocratiques, il suffirait de les appliquer. À commencer par l’organisation d’élections transparentes supervisées par une Commission indépendante et des observateurs internationaux. Ce que le pouvoir a toujours refusé de faire.
Une réforme préparée dans l’opacité
L’opacité qui entoure la préparation et la présentation du texte accentue ces doutes sur les intentions du pouvoir. À la veille de la présentation du projet par Ahmed Ouyahia, rien n’a encore filtré sur le contenu du texte. Même le gouvernement n’a pas été destinataire d’une copie. Si le pouvoir était sincère dans sa démarche, il aurait au moins dévoilé les grandes lignes pour sonder l’opinion publique et permettre un véritable débat sur les « réformes » proposées. Il aurait ouvert les médias lourds à l’opposition pour lui permettre de débattre du projet.
Absence de garanties
Enfin, une question se pose : pourquoi réformer une nouvelle fois la Constitution sachant que le président – l’actuel ou le prochain – peut la changer à sa guise et en fonction de ses propres intérêts et objectifs. Bouteflika en est à sa deuxième réforme. La première, en 2008, n’avait qu’un seul objectif : lui permettre de briguer un troisième mandat en 2009. En réalité, la réforme de la Constitution semble obéir à un autre agenda du pouvoir : gérer la maladie du président et préparer la succession.

Categorie(s): actualité

Auteur(s): Samir Allam

Commentaires
 

Vous devez vous connecter avant de pouvoir poster un commentaire ..