Rencontre avec l’homme qui avait aidé Aït Ahmed à s’évader de la prison d’El Harrach

Tsa; le Dimanche 3 Janvier 2016
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Trois jours après l’enterrement de Hocine Aït Ahmed, son village natal où il repose désormais pour l’éternité auprès de ses aïeux, ne désemplit toujours pas.
La placette principale de ce village situé à environ 10 kilomètres du chef lieu d’Aïn El Hammam, sur les hauteurs de Tizi Ouzou, est en effervescence ce dimanche après midi.
Les membres de la famille du défunt continuent de recevoir de nombreux visiteurs des quatre coins du pays comme en témoignent les numéros des plaques d’immatriculation des véhicules.

Caillassage du cortège de Sellal, présence d’Ali Benhadj
De leur côté, les habitants s’affairent à préparer la veillée du troisième jour prévue dans la soirée. En attendant, les visiteurs et les habitants du village discutent du déroulement des funérailles du leader de l’opposition au régime post indépendance, des personnalités présentes, de la venue de l’ex-numéro 2 du FIS dissous, Ali Belhadj et le caillassage du cortège de la délégation de Sellal. Les avis sont partagés. « Je n’ai aucune estime pour les gens du pouvoir, mais dans un enterrement, en principe, on ne doit pas chasser quelqu’un qui vient présenter ses condoléances », regrettent certains. « Il n’a rien à faire ici. Comme disait Karim Tabbou, le meilleur hommage que les gens du pouvoir peuvent rendre à Si l’hocine c’est de se taire et s’éclipser », répliquent d’autres.
Devant la tombe de Hocine Aït Ahmed, des inconnus continuent de se recueillir, de lire la « Fatiha« , de déposer des fleurs et d’allumer des bougies qui à chaque fois qu’elles s’éteignent, Bouchra, la fille du « Zaim » vient les rallumer. « Ce matin, il y avait beaucoup plus de monde. Depuis l’enterrement, le flux de visiteurs est incessant », explique M’hend, un vieux militant du FFS, connu de tout le village.

Sur les lieux, on croise Saïd Khelil, ancien cadre du FFS, Rachid Aït Ahmed, le petit cousin du chef historique qui a été arrêté aux côté de Hocine Aït Ahmed, en 1964 et Si Mohand Chrif Abdelaoui, responsable de la zone 3 de la zone autonome d’Alger durant la Révolution. C’est lui qui a organisé l’évasion de Hocine Aït Ahmed de la prison d’El Harrach le 1er mai 1966 après deux longues années de détention.
Évasion de la prison d’El Harrach
« Aujourd’hui, avec la mort de si l’Hocine, je me sens mort moi aussi », dit-il, la gorge nouée. « C’est moi qui l’a fait évader de la prison d’El Harrach en 1966 », rappelle t-il. « J’ai gardé le secret pendant 41 ans et c’était Si l’Hocine lui-même, qui l’a révélé en 2007 devant les responsable du parti » a-t-il ajouté.
« Ce jour-là (évasion), il m’avait demandé de me faire accompagner de femmes et de filles et surtout d’une femme grande de taille comme lui. Nous sommes ressortis, lui couvert d’un hayek (voile), bras dessus bras dessous pour tromper la vigilance des gardiens, jusqu’à la Renault 4 de son beau-père, en stationnement à l’extérieur. Quelques centaines de mètres plus loin, il s’engouffre dans une BMW noire de l’un de ses amis pour prendre une destination inconnue », raconte-t-il.
Abdelaoui avait échappé de justesse à une vaste opération militaire des troupes de Tahar Zbiri, qui agissaient sous les ordres de Ben Bella, lors de l’arrestation d’Aït Ahmed en 1964 à Aït Zellal, à quelques kilomètres du village natal du fondateur du FFS. Ce n’est pas le cas de Rachid Aït Ahmed, cousin du chef historique. « J’étais en compagnie de Si l’Hocine lorsqu’on a été arrêté dans une maison qu’on devait quitter sur insistance de Si Mohand Cherif Abdellaoui mais où on est quand même retourné sur insistance de certaines personnes sur place », raconte Rachid Aït Ahmed qui a été, lui, libéré la veille de l’évasion de Hocine Aït Ahmed de la prison, avant d’être arrêté de nouveau, 24 heures, après pour passer huit mois en prison.

Trois jours après l’enterrement d’Aït Ahmed, son village natal ne désemplit pas. L’occasion pour ses anciens compagnons de raconter le parcours de l’homme. En fin de journée, sur la route menant vers Tizi Ouzou, des files interminables de camions militaires de l’ANP quittent les ravins pour regagner un camp militaire proche. Ils ont dû assurer, discrètement, la sécurité de l’enterrement.

Categorie(s): actualité

Auteur(s): Imene Brahimi

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