Révision de la Constitution : le cycle perpétuel de la désillusion

Tsa; le Jeudi 7 Janvier 2016
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L’avant-projet de révision de la Constitution a été présenté, mardi 5 janvier, par Ahmed Ouyahia, directeur de cabinet de la présidence. La révision comprend certaines avancées concrètes telles que l’introduction du tamazight comme langue officielle du pays ou le retour de la limitation des mandats présidentiels, tandis que d’autres dispositions plus conceptuelles demanderont d’abord à être appliquées de façon concrète sur le terrain.
Dans l’ensemble, cette révision de la Constitution semble insipide. Si la promesse de l’instauration d’un « État civil » (une notion qui n’a aucun sens si elle n’est pas synonyme de démocratie) n’est pas encore totalement mise hors de jeu, l’espoir démocratique paraît néanmoins encore plus éloigné qu’avant et ses contours encore plus flous. Aucune mesure concrète n’a été introduite dans l’avant-projet de révision de la Constitution permettant de lutter contre la fraude électorale, fléau endémique qui porte viscéralement atteinte à la démocratie en Algérie. Tant que ce socle vital à la démocratie n’est même pas garanti, aucune disposition pouvant être introduite dans la constitution ne peut avoir effet ou être motif d’espérance.
Alors qu’il s’évertue à clamer la sincérité de sa démarche, le pouvoir ne parvient pas à convaincre un peuple marqué par les désillusions successives. La dernière en date est illustrée par la décision du président d’opter pour un vote au Parlement pour faire adopter la révision de la Constitution. Or, un parlement élu avec un très fort taux d’abstention ne peut raisonnablement pas se présenter comme étant le représentant de la volonté du peuple, surtout lorsqu’existe la possibilité pour le peuple de s’exprimer par voie de référendum.
Soumettre la révision de la Constitution par référendum aurait dû être le chemin pris par le pouvoir s’il y avait eu la moindre sincérité dans sa démarche. Dans un monde idéal, le référendum aurait été organisé par le pouvoir où il aurait démontré sa volonté de faire les choses dans les règles de l’art. La transparence aurait été de mise. Des observateurs de l’Union Européenne ou de l’OSCE auraient été présents, le pouvoir aurait autorisé l’accès au fichier électoral national et pris toutes les dispositions afin que leur travail ne soit pas entravé. Le peuple se serait rendu aux urnes et sa volonté se serait exprimée. Un vote positif aurait conforté le pouvoir actuel dans le chemin qu’il prend, tandis qu’un vote négatif l’aurait poussé à faire mieux. Ou à céder sa place.
Un tel scénario n’aurait pas relevé du fantasme si la volonté sincère des dirigeants actuels était de mettre le pays sur les bons rails de la démocratie. Tout compte fait, « l’État civil » paraît clairement secondaire au pouvoir face à sa priorité de pérennisation du système. L’avant-projet de révision de la Constitution en apporte la preuve.

Categorie(s): actualité

Auteur(s): Yacine Babouche

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